Prévisions chocs
Prévisions "chocs" 2026
Saxo Group
Responsable de la Stratégie Investissement
Mandat clair : selon les projections de la NHK, le PLD serait en passe d’obtenir une majorité des deux tiers à lui seul, offrant à la Première ministre Takaichi une forte marge de manœuvre politique.
Un soutien budgétaire probable : notre scénario central est que des mesures de relance sont à venir, mais les marchés privilégieront des dispositifs ciblés, limités dans le temps et financés.
Carte des marchés : soutien de court terme pour les actions grâce à la lisibilité, la courbe des JGB pourrait d’abord se pentifier puis potentiellement s’aplatir, le JPY reste sensible à la crédibilité budgétaire et au suivi de la BoJ.
L’élection anticipée au Japon a livré un résultat net. À mesure que les résultats se précisent, la NHK projette que le PLD au pouvoir est en passe d’obtenir une majorité des deux tiers à lui seul à la Chambre des représentants (465 sièges), un niveau de victoire inédit pour le parti. La coalition au pouvoir avec le Parti de l’innovation du Japon était en position de sécuriser plus de 300 sièges, suffisamment pour passer outre un veto de la Chambre haute. Au total, cette victoire très large donne à la Première ministre Takaichi un mandat solide et nettement plus de latitude pour agir sur le plan politique.
Un résultat tranché est généralement favorable à court terme, car il réduit l’incertitude politique, autrement dit une « prime de lisibilité ». Notre scénario central est que des mesures de relance budgétaire sont à venir, c’était d’ailleurs largement l’objectif de ces élections : obtenir un mandat fort pour accélérer l’agenda domestique.
Selon nous, les éléments positifs devraient l’emporter sur les négatifs pour les marchés. Une supermajorité élargit la marge de manœuvre sur les baisses d’impôts, la relance budgétaire, la défense et la politique industrielle, tout en augmentant la probabilité d’une cohérence accrue des décisions, de plus de flexibilité, et de moins de surprises.
Le principal point à surveiller à moyen terme est la nature de la relance : sera-t-elle ciblée, limitée dans le temps et financée (plutôt favorable aux marchés), ou au contraire ouverte et sans borne claire (ce qui raviverait des inquiétudes sur le financement, la dynamique de dette et les risques géopolitiques) ?
Avec un mandat solide, le gouvernement peut faire passer des mesures plus rapidement et avec moins de compromis. Cela peut être favorable aux marchés si cela se traduit par une politique plus lisible et plus cohérente.
Mais une victoire écrasante a aussi un double effet :
Elle peut encourager des ambitions budgétaires et sécuritaires plus importantes (avec des questions sur les émissions, la soutenabilité de la dette et les primes de risque).
Ou, au contraire, créer un espace de pragmatisme : un dirigeant en position de force a moins besoin d’adopter des postures de campagne, et davantage d’incitation à protéger sa popularité en modérant les propositions les plus sensibles pour les marchés.
Un mouvement de soulagement est plausible : la clarté politique et un mandat fort soutiennent en général l’appétit pour le risque.
Où la relance pourrait se matérialiser (selon les priorités affichées par Takaichi) : le gouvernement a régulièrement présenté son agenda comme une expansion budgétaire « responsable et proactive », avec un accent sur une croissance tirée par l’investissement. Concrètement, cela peut soutenir des segments liés à la défense, à l’IA et aux infrastructures numériques, aux semi-conducteurs, et aux chaînes d’approvisionnement stratégiques / matériaux critiques (y compris les thématiques liées aux terres rares), en plus de dépenses plus larges visant à renforcer les priorités économiques et de sécurité nationale.
La solidité de la hausse dépend toutefois du marché obligataire. Si les annonces budgétaires ravivent rapidement la volatilité sur les JGB, notamment sur la partie très longue de la courbe, les actions pourraient passer d’un rallye généralisé à un marché de rotation sectorielle.
Dans ce scénario de rotation :
Les bénéficiaires liés aux politiques publiques (défense, capex stratégique, thèmes d’investissement domestiques) pourraient mieux résister.
Les expositions sensibles aux taux et à duration longue pourraient sous-performer si les rendements remontent.
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Le résultat de l’élection peut être positif pour les obligations s’il se traduit par une politique plus cohérente et moins de concessions imprévues.
Mais le risque clé est qu’un mandat fort devienne un feu vert à une expansion budgétaire plus large et/ou insuffisamment financée. Si les marchés entendent « plus de dépenses » sans financement crédible ni séquençage clair, c’est généralement sur la partie très longue (30–40 ans) que les tensions apparaissent en premier.
Selon nous, à première vue, le mix politique de Takaichi plaide pour une pentification de la courbe : l’accent mis sur une expansion budgétaire « responsable et proactive » pourrait pousser les rendements longs à la hausse, tandis qu’une préférence pour un environnement monétaire plus accommodant pourrait maintenir la partie courte plus ancrée. Cette logique peut dominer juste après l’élection, surtout après une performance plus forte que prévu du parti au pouvoir. D’ailleurs, les rendements des JGB à 30 ans montent déjà en ce début de lundi.
Cependant, cette pentification initiale pourrait ne pas durer. Même si les besoins d’emprunt augmentent avec la relance et les baisses d’impôts, les décideurs pourraient hésiter à ajouter trop d’offre sur la partie très longue. Ces maturités ont déjà beaucoup bougé et restent volatiles. Cela peut inciter le ministère des Finances à orienter les émissions vers des maturités plus courtes, ce qui, avec le temps, mettrait davantage de pression haussière sur les rendements de la partie courte.
Le yen peut ajouter une autre force d’aplatissement. Des dépenses budgétaires plus importantes et des baisses d’impôts peuvent maintenir la pression inflationniste élevée et les taux réels bas, ce qui peut accentuer la faiblesse de la devise. Si la dépréciation du yen se répercute sur l’inflation et le coût de la vie, la BoJ pourrait être amenée à remonter ses taux davantage que ce que le marché anticipe, ce qui ferait monter les rendements courts et aplatirait la courbe.
La réaction du yen dépendra surtout du mix de politiques :
Risque négatif pour le yen : si la communication post-électorale ravive les inquiétudes sur des baisses d’impôts non financées et des émissions plus importantes, le yen peut rester sous pression, et les discussions autour de « 160 » peuvent revenir.
Facteur de stabilisation : si la communication bascule vers le pragmatisme et la discipline budgétaire (mesures ciblées, financement clair, rythme maîtrisé), le yen peut se stabiliser et la volatilité se réduire, surtout si les positionnements étaient déjà tendus avant le résultat.
Allègements ciblés, langage plus clair sur le financement, rythme maîtrisé → les rendements des JGB se stabilisent, la volatilité du yen s’apaise, et les actions peuvent prolonger leurs gains.
Forte impulsion budgétaire avec peu de détails sur le financement + agenda sécuritaire plus affirmé → les rendements longs montent, le yen s’affaiblit, et les actions entrent davantage en rotation qu’en rallye généralisé.
Ce résultat répond à la question « qui gouverne ? ». Les marchés vont désormais se concentrer sur la question « comment gouvernent-ils ? » — et tout dépendra de savoir si la supermajorité devient un mandat pour une mise en œuvre disciplinée ou pour une ambition budgétaire plus large et plus rapide.