Prévisions chocs
Prévisions "chocs" 2026
Saxo Group
Responsable de la stratégie des matières premières
Janvier restera comme un mois marquant sur les marchés des matières premières. L’indice Bloomberg Commodity Index s’apprête à terminer le mois en hausse d’environ 12 %, une performance dépassée seulement à de rares reprises sur les 45 dernières années, la plus récente lors du rebond post-crise de 2009. Contrairement à certains épisodes passés tirés par un seul segment, le mouvement a été relativement large : les métaux précieux et l’énergie ont mené la hausse, les métaux industriels ont contribué, tandis que l’agriculture a affiché un profil plus contrasté.
Si la performance “headline” est impressionnante, les conditions de marché sous-jacentes appellent à la prudence. La volatilité a fortement augmenté, au point de commencer à détériorer la liquidité, en particulier sur les métaux précieux, où la formation des prix devient plus erratique. Lorsque la volatilité passe du statut de symptôme à celui de moteur, les marchés peuvent aller trop loin dans un sens comme dans l’autre, parfois sans avertissement.
La volatilité extrême est désormais la caractéristique dominante. À mesure que les amplitudes de prix s’élargissent, les banques et teneurs de marché deviennent moins enclins à porter du risque, la liquidité se contracte et les mouvements peuvent s’auto-alimenter. Cela ne signale pas nécessairement un sommet imminent, mais la marge d’erreur s’est nettement réduite, ce qui exige davantage de discipline, notamment sur la taille des positions, la gestion du risque et les attentes.
Le pétrole et, plus largement, le secteur de l’énergie s’acheminent vers deux semaines consécutives de hausse. Le gaz naturel américain a mené le mouvement plus tôt dans le mois, après une tempête hivernale sévère ayant perturbé la production et dopé la demande de chauffage. Les prix ont fortement progressé, illustrant à quel point les équilibres de court terme peuvent se tendre lorsque la météo et les contraintes d’infrastructure se combinent.
Sur le pétrole, l’attention s’est de nouveau portée sur la géopolitique. Le regain de préoccupations autour d’un scénario de durcissement face à l’Iran a ravivé les craintes de perturbations d’offre au Moyen-Orient, poussant brièvement le Brent au-dessus de 70 USD le baril, et obligeant certains intervenants, entrés dans l’année en anticipant un reflux vers la zone des 50 USD sur la base d’un excès d’offre, à réévaluer leurs hypothèses. Ces craintes se sont atténuées après un mois marqué par des perturbations, mais elles pourraient revenir rapidement si des barils du Moyen-Orient devenaient indisponibles, même temporairement. Cet épisode rappelle que, malgré des capacités excédentaires ailleurs et une production hors OPEP en hausse, les prix du pétrole restent très sensibles aux risques géopolitiques extrêmes, tout en bénéficiant de leur rôle d’actif liquide et facilement accessible dans un contexte d’intérêt accru pour les actifs tangibles.
Cela dit, cette prime de risque pourrait rester davantage volatile que véritablement directionnelle. La question clé pour les marchés n’est pas uniquement de savoir si les tensions s’intensifient, mais aussi si le président américain Trump accepterait le coût politique d’une hausse des prix de l’essence dans une année électorale où le pouvoir d’achat et l’inflation restent au centre des préoccupations. Cette contrainte politique pourrait, in fine, limiter l’ampleur et la durée d’un mouvement haussier principalement alimenté par la géopolitique, même si les risques “headline” demeurent élevés.
En conséquence, le pétrole pourrait rester pris entre des forces contradictoires : une option géopolitique haussière d’un côté, et des facteurs politiques et de demande de l’autre. Pour les traders comme pour les investisseurs, cela plaide pour la prudence lorsqu’il s’agit d’extrapoler des pics de court terme en tendances de long terme.
Cela dit, cette prime de risque devrait rester davantage volatile que véritablement directionnelle. Une question clé pour les marchés n’est pas seulement de savoir si les tensions s’intensifient, mais aussi si le président américain Trump serait prêt à accepter le coût politique d’une hausse des prix de l’essence dans une année électorale où le pouvoir d’achat et l’inflation restent au centre des préoccupations des électeurs. Cette contrainte politique pourrait, in fine, limiter l’ampleur et la durée d’un mouvement haussier d’origine géopolitique, même si les risques de court terme restent élevés.
En conséquence, le pétrole devrait rester pris entre des forces contradictoires : un potentiel géopolitique haussier d’un côté, et des considérations politiques et liées à la demande de l’autre. Pour les traders comme pour les investisseurs, cela plaide pour la prudence lorsqu’il s’agit d’extrapoler des pics de prix de court terme en tendances de long terme.
Les métaux précieux et industriels ont connu une semaine de trading frénétique avant que l’élan ne s’essouffle brutalement. Jeudi, l’or, l’argent et le cuivre ont tous inscrit de nouveaux records, avant de fortement reculer à mesure que des signaux généralisés de repli du risque apparaissaient et que le dollar américain rebondissait.
Le président Trump a nommé l’ancien gouverneur de la Fed, Kevin Warsh, comme prochain président de la Réserve fédérale. Warsh est largement perçu comme plus « hawkish » que plusieurs autres profils évoqués, ayant précédemment quitté la Fed en désaccord avec l’utilisation d’outils de politique monétaire non conventionnels tels que l’assouplissement quantitatif. En amont de ces annonces, les marchés actions ont réagi négativement, les rendements des obligations américaines de long terme ont légèrement progressé, et le dollar s’est redressé après avoir touché plus tôt dans la semaine un plus bas de quatre ans, déclenchant un net retournement sur l’ensemble des métaux.
Le cuivre constitue un cas d’école. Les prix ont bondi d’environ 11 % jusqu’à un record de 6,58 USD la livre à New York, avant de retomber nettement sous 6 USD. Si les grands thèmes macroéconomiques de long terme, tels que l’électrification, la transition énergétique et les contraintes sur l’offre minière, restent porteurs, plusieurs facteurs microéconomiques de court terme ne justifient pas des niveaux aussi élevés. Parmi eux figurent la forte hausse des stocks visibles suivis par les trois principales bourses de contrats à terme, désormais à un plus haut pluriannuel, un écart spot/3 mois sur le London Metal Exchange en contango, reflétant une offre abondante à court terme, ainsi qu’une prime du cuivre de Yangshan par rapport à Londres à un plus bas de 18 mois. Dans ce contexte, la récente envolée présentait une tonalité clairement spéculative, ce qui accroît le risque de replis marqués à mesure que les positions sont réduites.
L’or et l’argent racontent une histoire légèrement différente, mais tout aussi importante. Les fortes hausses mensuelles ont rendu les conditions de négociation de plus en plus difficiles. Les teneurs de marché se montrent plus réticents à prendre et conserver du risque, ce qui se traduit par une liquidité plus fine et des écarts achat/vente plus larges. Cela a été particulièrement visible jeudi et vendredi, lorsque l’or a évolué dans une amplitude proche de 500 USD, et l’argent, d’abord dans une zone d’environ 15 USD, avant de voir cette amplitude s’élargir à 23 USD vendredi, sous l’effet combiné de prises de bénéfices et de déclenchements d’ordres stop.
De tels mouvements ne sont pas le signe de marchés sains et ordonnés. Ils reflètent plutôt une dégradation de la liquidité, où des flux relativement modestes peuvent provoquer des variations disproportionnées. Dans ces conditions, l’exécution efficace des ordres de protection comme des objectifs de prise de bénéfices devient plus complexe, augmentant le risque de sortir de positions pourtant correctement structurées. Si les raisons fondamentales de détenir de l’or demeurent solides – préoccupations budgétaires et d’endettement persistantes, demande soutenue des banques centrales, incertitude géopolitique et besoin de diversification des portefeuilles – la hausse de ce mois rend le métal jaune plus exposé à une phase de repli. Nous anticipons que tout recul pourrait susciter de nouveaux intérêts, avec le seuil des 6 000 USD évoqué comme un repère potentiel de progression à terme.
L’argent, de son côté, pourrait à terme peiner à suivre l’or, d’autant plus que la baisse du ratio or/argent signifie qu’il ne peut plus être considéré comme « bon marché » par rapport à l’or. Sa forte dépendance, en temps normal, à la demande industrielle pourrait devenir un facteur de freinage, certains utilisateurs finaux, notamment dans le solaire, cherchant de plus en plus des matériaux alternatifs afin de préserver leurs marges. Par ailleurs, une hausse de l’offre issue du recyclage est attendue dans les prochains mois, à mesure que des détenteurs monétisent des barres, de l’argenterie et des bijoux, après une multiplication par sept des prix sur la dernière décennie.
En dehors des métaux et de l’énergie, l’agriculture a présenté un tableau plus nuancé. Les prix du blé ont progressé sur fond d’inquiétudes liées aux dégâts potentiels du gel hivernal dans certaines régions des États-Unis et autour de la mer Noire. Les risques liés au froid, combinés aux incertitudes sur la couverture neigeuse, ont ajouté une prime météorologique à un moment où les stocks mondiaux sont déjà plus tendus que ces dernières années.
Des prix de l’énergie plus élevés apportent également un soutien indirect via les liens avec les biocarburants et la hausse des coûts des intrants, même si cela reste un facteur secondaire plutôt qu’un moteur principal. Ailleurs au sein du complexe agricole, les performances sont restées contrastées, certaines matières premières « softs » continuant de sous-performer après que les mouvements de prix extrêmes de l’an dernier ont mis en évidence la rapidité avec laquelle la demande peut se contracter lorsque les prix vont trop loin.
La performance de janvier a renforcé le rôle des matières premières comme outil de diversification dans un contexte d’incertitudes macroéconomiques et géopolitiques élevées. L’ampleur et la largeur du mouvement sont notables, et l’argumentaire de long terme en faveur des actifs tangibles demeure intact. En revanche, la rapidité et la violence des mouvements récents, en particulier sur les métaux, invitent à aborder le marché avec respect.
Il s’agit d’un marché où la patience, la discipline et la flexibilité comptent davantage que la conviction seule. La volatilité n’est plus un simple bruit de fond ; elle façonne les comportements, la liquidité et les résultats. À l’approche de février, la question clé n’est pas seulement de savoir si les prix peuvent continuer à progresser, mais s’ils peuvent le faire de manière plus ordonnée. Tant que la liquidité ne s’améliore pas et que la volatilité ne se normalise pas, la prudence reste de mise.
Cela étant, nous estimons que l’argumentaire de long terme en faveur des matières premières reste solide, soutenu par des tendances structurelles telles que la déglobalisation, la hausse des dépenses de défense, la dédollarisation, la décarbonation et l’érosion monétaire, et renforcé par la progression de la demande d’électricité, la croissance démographique, les contraintes climatiques et des années de sous-investissement de la part des producteurs. Depuis son point bas atteint pendant la pandémie en 2020, l’indice Bloomberg Spot a progressé de 143 %, une reprise significative mais encore modeste au regard des grands supercycles des années 1970, lorsque l’indice avait gagné environ 700 %, et de la période de la fin des années 1990 à 2008, durant laquelle l’industrialisation de la Chine et de l’Inde a alimenté un rally de plus de 450 %.