Introduction en bourse du Slip Français
Points clés :
- Une marque très connue en France (60 % de notoriété) mais encore faiblement implantée (4 % de part de marché).
- Un pivot stratégique majeur entre 2023 et 2025 ayant permis le retour à la rentabilité.
- Une transformation structurelle vers un modèle industriel intégré (production internalisée et montée en puissance des usines).
- Une introduction en Bourse combinant financement de croissance et sortie partielle d’investisseurs historiques.
Ce qu'est vraiment Le Slip Français
Fondée en 2011, Le Slip Français est une entreprise française spécialisée dans les sous-vêtements, vêtements et accessoires fabriqués en France. À contre-courant d’une industrie textile largement délocalisée, la marque s’est construite autour d’un positionnement fort : proposer des produits Made in France, en s’appuyant sur un réseau d’ateliers partenaires répartis sur le territoire. Son ton décalé, son identité bleu-blanc-rouge et son engagement pour la production locale lui ont permis de se différencier sur un marché très concurrentiel.
Au fil des années, l’entreprise a développé son activité via son site e-commerce, ses boutiques physiques et différents partenaires de distribution. Elle revendique plus de 850 000 clients et bénéficie d’une notoriété élevée : selon YouGov, 60 % des Français connaissent aujourd’hui la marque.
Sur le plan financier, Le Slip Français a réalisé un chiffre d’affaires de 21,1 millions d’euros en 2025 et affiche un retour à la rentabilité après plusieurs années difficiles. Cette amélioration constitue une étape clé pour l’entreprise, qui souhaite désormais financer une nouvelle phase de développement via son introduction en Bourse.
Si la marque est bien identifiée du grand public, son potentiel de croissance reste important. Malgré une notoriété de 60 %, elle ne représente encore qu’environ 4 % du marché français des sous-vêtements masculins. Autrement dit, Le Slip Français dispose encore d’une marge de progression sur son marché principal, sans même tenir compte des opportunités liées à de nouvelles catégories de produits ou à une expansion internationale.
C’est ce potentiel que l’entreprise met en avant auprès des investisseurs : transformer une marque connue du grand public en un acteur capable de gagner durablement des parts de marché tout en conservant son positionnement Made in France.
La transformation stratégique : du cadeau haut de gamme au produit du quotidien
Pour comprendre cette introduction en Bourse, il faut revenir sur le virage stratégique engagé par Le Slip Français depuis 2023. Après plusieurs années difficiles, l'entreprise a profondément revu son modèle économique.
D'une crise à un changement de cap
Après avoir atteint 24,4 M€ de chiffre d'affaires en 2019, la marque a été durement touchée par la crise sanitaire et le ralentissement de la consommation. Son activité est retombée à 18,75 M€ en 2023, avec deux exercices consécutifs dans le rouge.
Plutôt que de conserver un positionnement très premium, la direction a choisi de miser sur les volumes : le prix moyen des produits a été réduit, l'offre a été simplifiée (-30 % de références) et le réseau de boutiques a été presque entièrement fermé au profit du digital.
Un pivot qui porte ses fruits
Les premiers résultats sont encourageants. En 2025, Le Slip Français affiche un chiffre d'affaires pro forma de 21,1 M€, une marge d’exploitation de 10%, un résultat net positif de 604 000 € et une dette nette ramenée à 3,5 M€, contre 7,2 M€ deux ans plus tôt.
Ces chiffres restent toutefois à interpréter avec prudence : les données pro forma intègrent une année complète d'activité de Bonne Nouvelle, alors que les comptes audités ne couvrent que trois mois. L'écart reste limité, mais mérite d'être signalé.
Le pari de l'intégration industrielle
Au-delà du redressement financier, la stratégie repose sur un autre pilier : l'intégration de la production. Depuis 2023, Le Slip Français a acquis ou créé plusieurs usines afin de mieux contrôler sa fabrication, améliorer ses marges et sécuriser son savoir-faire Made in France.
C'est probablement le véritable enjeu de cette IPO : financer la transformation d'une simple marque de vêtements en un groupe textile intégré, capable de créer davantage de valeur sur l'ensemble de sa chaîne de production.
Comment l'entreprise gagne-t-elle de l'argent ?
Les chiffres clés du modèle économique
Le Slip Français repose désormais sur un modèle simple : fabriquer en France des produits du quotidien (sous-vêtements, chaussettes, pyjamas...) et les vendre principalement en direct aux consommateurs via son site internet. En 2025, 81 % des ventes sont réalisées en ligne, ce qui permet à l'entreprise de limiter les intermédiaires et de préserver ses marges.
Grâce à son intégration industrielle, le coût de fabrication d'un boxer produit par l’usine Bonne Nouvelle est estimé à environ 6 €, pour un prix de vente moyen de 20 €. Cette maîtrise de la chaîne de valeur contribue à une marge brute de 59 % en 2025.
Un coût d'acquisition très compétitif
L'un des principaux atouts de la société réside dans son faible coût d'acquisition client (CAC), estimé à seulement 15 € pour un panier moyen d'environ 80 € TTC. À titre de comparaison, de nombreux acteurs du e-commerce dans la mode dépensent plusieurs dizaines d'euros, voire plus de 100 €, pour attirer un nouveau client.
Cet avantage s'explique en grande partie par la notoriété de la marque, qui limite le recours à la publicité payante, mais aussi par un taux de réachat annuel de 42 %, signe d'une clientèle fidèle.
Un modèle qui bénéficie de l'effet d'échelle
La direction estime que le seuil de rentabilité opérationnel est atteint à partir d'environ 400 000 boxers vendus à 20 €. Les volumes commercialisés en 2025 dépassent déjà ce niveau, ce qui signifie qu'une hausse des ventes pourrait désormais se traduire plus rapidement par une amélioration des marges
La stratégie à horizon 2030
Accélérer la pénétration du marché français
L'objectif est de passer de 4 % à 8 % de parts de marché sur les sous-vêtements masculins en France d'ici 2030, sur un marché estimé à près de 500 M€. Pour y parvenir, l'entreprise prévoit d'accélérer ses investissements marketing (TV, web, réseaux sociaux), de développer son programme de fidélité et de renforcer ses outils CRM.
La direction met également en avant le caractère « résilient » de son marché. Les sous-vêtements répondent à un besoin récurrent, ne sont pas menacés par l'intelligence artificielle et, contrairement à d'autres segments de la mode, échappent largement à la montée de la seconde main. Il faut reconnaître que peu de consommateurs se ruent sur les boxers d'occasion…
Le made in France As a Service
L'un des axes de développement mis en avant par la direction consiste à ouvrir les capacités de production du Groupe (Bonne Nouvelle, Fier(T)) à d'autres marques souhaitant fabriquer en France sans disposer de leur propre outil industriel. L'entreprise estime que ce marché B2B représente un potentiel important, mais cette activité reste aujourd'hui à un stade encore précoce. Il est donc difficile d'évaluer, à ce stade, la part qu'elle pourrait réellement capter ou sa contribution future aux résultats.
La feuille de route industrielle prévoit l'extension progressive de la gamme produits : chaussettes (2026), t-shirts et sweats (2026-2027), jeans (2027), sacs et casquettes (2028), linge de lit (2029).
La structure de l'IPO
Sur les 12 M€ de l'opération initiale :
5 M€ (augmentation de capital) vont à la société pour financer sa croissance.
7 M€ (cession d'actions) vont aux actionnaires actuels qui vendent leurs titres — principalement ECP (Experienced Capital Partners) et 360 Capital Partners, présents au capital depuis 2015-2016, qui sortent après une décennie d'investissement.
Autrement dit, plus de la moitié des fonds levés lors de cette IPO ne financeront pas le développement de l'entreprise, mais permettront à des investisseurs institutionnels de récupérer leur mise.
La valorisation est-elle raisonnable ?
À un prix d'introduction de 14,80 € par action, la valorisation pré-IPO ressort à environ 14 M€, soit près de 19 M€ après augmentation de capital. En intégrant la dette nette (3,5 M€), la valeur d'entreprise (Enterprise Value) atteint environ 22 à 23 M€.
Sur cette base, Le Slip Français est valorisé autour de :
11 fois son EBITDA 2025
1,1 fois son chiffre d'affaires
32 fois son résultat net (PER)
Ces niveaux de valorisation se situent dans le haut de la fourchette pour une entreprise textile traditionnelle, mais restent cohérents avec un scénario de croissance et de montée en puissance industrielle.
La valorisation n’apparaît donc ni particulièrement attractive ni excessive. Elle repose surtout sur l’hypothèse d’une exécution réussie du plan stratégique.
Le principal point d’attention reste simple : la capacité de l’entreprise à transformer sa notoriété en parts de marché réelles, tout en maintenant sa rentabilité dans un modèle encore en transformation.
Conclusion
Au final, Le Slip Français ne propose pas une IPO fondée sur une promesse technologique ou une croissance spectaculaire, mais sur la transformation progressive d'une marque de consommation en un groupe industriel intégré. La société affiche des premiers résultats encourageants, mais l'investissement repose encore largement sur sa capacité à exécuter son plan stratégique et à convertir sa forte notoriété en parts de marché. Pour les investisseurs, le potentiel existe, mais il s'accompagne d'un risque d'exécution qui ne doit pas être sous-estimé.
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