Comment l'entreprise gagne-t-elle de l'argent ?
Les chiffres clés du modèle économique
Le Slip Français repose désormais sur un modèle simple : fabriquer en France des produits du quotidien (sous-vêtements, chaussettes, pyjamas...) et les vendre principalement en direct aux consommateurs via son site internet. En 2025, 81 % des ventes sont réalisées en ligne, ce qui permet à l'entreprise de limiter les intermédiaires et de préserver ses marges.
Grâce à son intégration industrielle, le coût de fabrication d'un boxer produit par l’usine Bonne Nouvelle est estimé à environ 6 €, pour un prix de vente moyen de 20 €. Cette maîtrise de la chaîne de valeur contribue à une marge brute de 59 % en 2025.
Un coût d'acquisition très compétitif
L'un des principaux atouts de la société réside dans son faible coût d'acquisition client (CAC), estimé à seulement 15 € pour un panier moyen d'environ 80 € TTC. À titre de comparaison, de nombreux acteurs du e-commerce dans la mode dépensent plusieurs dizaines d'euros, voire plus de 100 €, pour attirer un nouveau client.
Cet avantage s'explique en grande partie par la notoriété de la marque, qui limite le recours à la publicité payante, mais aussi par un taux de réachat annuel de 42 %, signe d'une clientèle fidèle.
Un modèle qui bénéficie de l'effet d'échelle
La direction estime que le seuil de rentabilité opérationnel est atteint à partir d'environ 400 000 boxers vendus à 20 €. Les volumes commercialisés en 2025 dépassent déjà ce niveau, ce qui signifie qu'une hausse des ventes pourrait désormais se traduire plus rapidement par une amélioration des marges
La stratégie à horizon 2030
Accélérer la pénétration du marché français
L'objectif est de passer de 4 % à 8 % de parts de marché sur les sous-vêtements masculins en France d'ici 2030, sur un marché estimé à près de 500 M€. Pour y parvenir, l'entreprise prévoit d'accélérer ses investissements marketing (TV, web, réseaux sociaux), de développer son programme de fidélité et de renforcer ses outils CRM.
La direction met également en avant le caractère « résilient » de son marché. Les sous-vêtements répondent à un besoin récurrent, ne sont pas menacés par l'intelligence artificielle et, contrairement à d'autres segments de la mode, échappent largement à la montée de la seconde main. Il faut reconnaître que peu de consommateurs se ruent sur les boxers d'occasion…
Le made in France As a Service
L'un des axes de développement mis en avant par la direction consiste à ouvrir les capacités de production du Groupe (Bonne Nouvelle, Fier(T)) à d'autres marques souhaitant fabriquer en France sans disposer de leur propre outil industriel. L'entreprise estime que ce marché B2B représente un potentiel important, mais cette activité reste aujourd'hui à un stade encore précoce. Il est donc difficile d'évaluer, à ce stade, la part qu'elle pourrait réellement capter ou sa contribution future aux résultats.
La feuille de route industrielle prévoit l'extension progressive de la gamme produits : chaussettes (2026), t-shirts et sweats (2026-2027), jeans (2027), sacs et casquettes (2028), linge de lit (2029).
Sur les 12 M€ de l'opération initiale :
5 M€ (augmentation de capital) vont à la société pour financer sa croissance.
7 M€ (cession d'actions) vont aux actionnaires actuels qui vendent leurs titres — principalement ECP (Experienced Capital Partners) et 360 Capital Partners, présents au capital depuis 2015-2016, qui sortent après une décennie d'investissement.
Autrement dit, plus de la moitié des fonds levés lors de cette IPO ne financeront pas le développement de l'entreprise, mais permettront à des investisseurs institutionnels de récupérer leur mise.
La valorisation est-elle raisonnable ?
À un prix d'introduction de 14,80 € par action, la valorisation pré-IPO ressort à environ 14 M€, soit près de 19 M€ après augmentation de capital. En intégrant la dette nette (3,5 M€), la valeur d'entreprise (Enterprise Value) atteint environ 22 à 23 M€.
Sur cette base, Le Slip Français est valorisé autour de :
Ces niveaux de valorisation se situent dans le haut de la fourchette pour une entreprise textile traditionnelle, mais restent cohérents avec un scénario de croissance et de montée en puissance industrielle.
La valorisation n’apparaît donc ni particulièrement attractive ni excessive. Elle repose surtout sur l’hypothèse d’une exécution réussie du plan stratégique.
Le principal point d’attention reste simple : la capacité de l’entreprise à transformer sa notoriété en parts de marché réelles, tout en maintenant sa rentabilité dans un modèle encore en transformation.
Conclusion
Au final, Le Slip Français ne propose pas une IPO fondée sur une promesse technologique ou une croissance spectaculaire, mais sur la transformation progressive d'une marque de consommation en un groupe industriel intégré. La société affiche des premiers résultats encourageants, mais l'investissement repose encore largement sur sa capacité à exécuter son plan stratégique et à convertir sa forte notoriété en parts de marché. Pour les investisseurs, le potentiel existe, mais il s'accompagne d'un risque d'exécution qui ne doit pas être sous-estimé.
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