Points clés :
- Des informations selon lesquelles l’administration Trump aurait présenté à l’Iran une proposition en 15 points ont donné aux marchés une raison d’intégrer la possibilité d’une pause des hostilités, même si un règlement durable semble encore lointain.
- L’Iran a toutes les raisons de résister à une diplomatie publique. Maintenir la pression sur les marchés de l’énergie, les routes maritimes et le sentiment de risque global lui donne un levier à la table des négociations.
- Mais les guerres n’ont que rarement besoin de se terminer pour que les marchés touchent leur point bas. Les investisseurs ont tendance à se repositionner dès que la probabilité d’une nouvelle escalade commence à diminuer.
- Cela signifie que la vraie question n’est plus seulement de savoir quelles zones pourraient rester vulnérables si le conflit s’aggrave, mais aussi quelles parties du marché méritent une surveillance accrue si des canaux informels sont actifs et que les marchés commencent à regarder au-delà de la guerre.
Les marchés réagissent à la possibilité d’une diplomatie, pas à sa preuve
Les informations selon lesquelles l’administration Trump aurait présenté à l’Iran une proposition en 15 points ont soutenu un mouvement de soulagement sur les marchés mondiaux. Le pétrole s’est replié par rapport à ses récents sommets, les contrats à terme sur actions se sont raffermis, et certaines des stratégies les plus marquées de stagflation ont commencé à se dénouer.
Cela ne doit pas être interprété comme un signal crédible que la paix est proche.
L’Iran a publiquement nié des négociations directes, et du point de vue de Téhéran, cette position est stratégiquement cohérente. La pression sur les prix de l’énergie, les flux maritimes et les conditions financières globales reste l’une des rares sources de levier significatif dont il dispose encore. Il y a donc peu d’incitation à abandonner ce levier prématurément, surtout si les tensions de marché renforcent sa position de négociation.
Dans le même temps, il serait imprudent de supposer que la diplomatie est absente simplement parce qu’elle n’est pas visible. Dans ce type de conflits, le discours public et les négociations privées divergent souvent fortement. Les marchés comprennent cette dynamique et ont également tendance à s’infléchir avant que l’issue politique ne soit formellement établie.
Pour les investisseurs, l’objectif n’est pas de prédire la fin exacte du conflit. Il s’agit d’évaluer quelles parties du marché ont été le plus fortement décotées par les craintes d’escalade, et quelles zones pourraient mériter une attention accrue si la probabilité d’une détérioration supplémentaire commence à reculer.
Pourquoi les marchés peuvent toucher un point bas avant la fin de la guerre
Il y a trois raisons à cela :
Premièrement, les marchés anticipent une direction, pas des titres isolés. Si les investisseurs commencent à penser que la prochaine étape est plus probablement une négociation qu’une escalade, les actifs risqués peuvent se redresser même si le flux d’actualités reste négatif.
Deuxièmement, les plus grands gagnants lors d’un choc géopolitique deviennent souvent la source de financement du rebond une fois la panique dissipée. Cela signifie que le retournement peut être rapide.
Troisièmement, le marché est passé ces dernières semaines d’un pur positionnement sur le risque de guerre à un positionnement sur le risque de stagflation. Si le pétrole se calme, même modestement, et que la probabilité de nouvelles perturbations diminue, cela ouvre un espace de respiration pour les segments les plus pénalisés du marché.
Dans ce contexte, plusieurs zones pourraient mériter d’être surveillées si un mouvement de soulagement commence à se construire.
10 zones à surveiller si les marchés commencent à regarder au-delà du conflit
1. Marchés actions asiatiques les plus exposés au choc pétrolier
Les marchés d’Asie du Nord comme le Japon et la Corée du Sud, très sensibles aux chocs liés aux importations d’énergie, pourraient être parmi les premiers à se stabiliser si le pétrole se détend et que les risques sur le transport maritime diminuent.
Le point clé ici est la sélectivité. Une distinction importante sera à faire entre les marchés avec des bilans domestiques solides et une flexibilité politique, et ceux qui semblent simplement bon marché après la baisse.
Le risque est qu’un nouveau pic du pétrole ou une perturbation du détroit d’Ormuz annule rapidement ce rebond.
2. Transport, compagnies aériennes et logistique
Ces secteurs ont été des victimes naturelles de la hausse du pétrole et des tensions sur les chaînes d’approvisionnement. Si le marché commence à penser que le pire sera évité, ils pourraient bénéficier d’un rebond plus visible.
Le risque est que les perturbations maritimes et les coûts d’assurance restent élevés.
3. Consommation cyclique pénalisée par la peur de stagflation
Une modération des prix du pétrole ne supprimera pas immédiatement les dégâts, mais réduira la crainte d’un nouveau choc inflationniste pour les ménages.
Le risque est que l’impact sur la croissance persiste plus longtemps que prévu.
4. Croissance sensible aux taux en dehors des mégacapitalisations surpeuplées
Si le pétrole se calme et que les rendements cessent de monter, certaines valeurs de croissance moins surachetées pourraient se stabiliser.
Le risque est que les taux restent élevés.
5. Small caps et cycliques domestiques
Elles peuvent rebondir rapidement si le stress macroéconomique diminue, mais la qualité des bilans reste essentielle.
Le risque est que les conditions financières restent contraignantes.
6. Industriels et exportateurs européens
Ils pourraient bénéficier d’un apaisement si la pression énergétique diminue et que la demande se stabilise.
Le risque est une demande externe toujours faible.
7. Obligations et duration de qualité, mais tactiquement
Un apaisement de l’inflation pourrait soutenir les obligations, mais de manière limitée.
Le risque est une inflation persistante.
8. Actifs émergents touchés par l’énergie et le dollar
Un relâchement conjoint des pressions pourrait permettre un rebond.
Le risque est un dollar fort durable.
9. Minières aurifères et minières en général
Elles pourraient bénéficier d’une amélioration du sentiment même sans hausse forte des prix.
Le risque est des taux réels élevés.
10. La sécurité énergétique reste une priorité stratégique
Même si le pétrole se calme, la sécurité énergétique restera au cœur des politiques publiques et des investissements.
Cela pourrait renforcer des thèmes de long terme comme l’électrification, les batteries, le nucléaire et les infrastructures énergétiques.
Le risque est que des taux élevés ou une faible croissance ralentissent ces tendances.
Ce que les investisseurs ne doivent pas faire
Une pause des hostilités ne signifie pas un retour à la normale.
L’environnement reste fragile : la diplomatie peut échouer, le pétrole peut repartir à la hausse, et les banques centrales peuvent rester contraintes.
Une approche plus équilibrée consiste à distinguer les actifs pénalisés par la peur de ceux dont les fondamentaux se sont réellement dégradés.
Conclusion
L’Iran a toutes les raisons d’éviter de paraître coopératif publiquement, car la pression sur le pétrole et les marchés financiers fait partie de son levier de négociation. Mais cela ne signifie pas que la diplomatie est absente — elle peut simplement être discrète.
Les marchés le comprennent. Et ils attendent rarement la fin officielle d’un conflit pour rebondir.
Pour les investisseurs, il ne s’agit donc plus seulement de se protéger, mais aussi d’identifier les segments du marché susceptibles de réagir en premier si le risque d’escalade diminue, même avant la fin formelle de la guerre.
Le marché n’attendra peut-être pas la paix. Il lui suffit souvent d’un chemin crédible vers une situation moins grave.