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L’IA fait vaciller les marchés. Les valeurs défensives limitent la casse

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Charu Chanana
Charu Chanana

Responsable de la Stratégie Investissement

Points clés :

  • La baisse de vendredi a donné l’impression d’un décrochage généralisé du marché, mais la réalité était plus nuancée. Les valeurs liées à l’IA et aux semi-conducteurs ont fortement reculé et, compte tenu de leur poids important dans les indices, elles ont accentué l’ampleur apparente de la correction.
  • Les secteurs les plus défensifs ont discrètement joué les amortisseurs. Les biens de consommation courante, la santé, les services aux collectivités, l’immobilier, la finance ainsi que les valeurs de qualité orientées « value » ont terminé en hausse, contribuant à limiter les pertes des portefeuilles diversifiés.
  • La leçon n’est pas d’éviter l’IA. Elle consiste plutôt à ne pas construire un portefeuille dont une trop grande partie dépend du succès d’un seul scénario. La diversification a joué son rôle parce que certaines composantes du marché étaient exposées à des risques différents, et non à la même thématique IA devenue très consensuelle.

À l’échelle des indices, la séance de vendredi n’avait rien de rassurant.

Le Nasdaq 100 a perdu près de 5 %, le S&P 500 a reculé de 2,6 %, et les valeurs liées aux semi-conducteurs ont été encore plus lourdement sanctionnées. Pour les investisseurs qui ne regardaient que les chiffres des grands indices, tout semblait chuter en même temps.

Pourtant, ce n’était pas tout à fait le cas.

La correction a été généralisée parmi les valeurs liées à l’IA, les semi-conducteurs et les technologies de croissance, mais elle n’a pas touché l’ensemble du marché de la même manière. Certains secteurs ont non seulement résisté, mais ont même progressé.

C’est le message essentiel à retenir pour les investisseurs.

Que s’est-il passé ?


L’élément déclencheur immédiat a été le rapport sur l’emploi américain.

Les créations d’emplois non agricoles du mois de mai ont dépassé les attentes, avec 172 000 emplois créés contre des prévisions situées autour de 80 000 à 85 000. Le taux de chômage est resté stable à 4,3 %. À première vue, c’est une bonne nouvelle pour l’économie. Mais pour les marchés, cette robustesse du marché du travail complique la perspective d’une baisse prochaine des taux par la Réserve fédérale.

Et cela compte, car lorsque l’espoir d’un soutien monétaire de la Fed s’éloigne, les investisseurs sont moins enclins à payer des valorisations élevées pour les valeurs de croissance dont les bénéfices sont attendus loin dans le futur. Or, aujourd’hui, l’IA est devenue l’un des principaux paris de croissance à long terme du marché.

Mais la réalité est que le rapport sur l’emploi n’a été que l’étincelle. Une nervosité croissante couvait déjà depuis un certain temps.

Plusieurs facteurs se sont combinés simultanément :

  • Concentration excessive autour de l’IA : les semi-conducteurs et les valeurs liées à l’IA étaient devenus le pari acheteur par défaut. Lorsque tout le monde détient les mêmes gagnants, la moindre déception peut provoquer un mouvement de dégagement beaucoup plus important.
  • Une hausse portée par un nombre limité de titres : un petit groupe de gagnants de l’IA soutenait largement la performance des indices. Cela donne l’impression d’un marché solide pendant la hausse, mais le rend plus vulnérable lors des corrections.
  • Des attentes devenues trop ambitieuses : la réaction à Broadcom a montré que de simples « bons résultats » ne suffisent plus pour les valeurs liées à l’IA. Les investisseurs veulent des surprises positives, des perspectives relevées, une monétisation clairement démontrée et la preuve que la demande liée à l’IA continue d’accélérer. Tout résultat en deçà de ces attentes peut servir de prétexte à des prises de bénéfices.
  • Des interrogations sur le financement de l’IA : l’IA n’est pas seulement une histoire de croissance ; c’est aussi un secteur extrêmement gourmand en capitaux. Les initiatives de financement d’Alphabet, puis celles de Meta, rappellent que la prochaine phase de développement des infrastructures IA nécessitera des investissements massifs. Les investisseurs s’intéressent de plus en plus à ceux qui financeront cette expansion, à la discipline des dépenses d’investissement, au risque de dilution et à la capacité des rendements futurs à justifier ces dépenses.
  • Les risques géopolitiques ont accentué la pression : la montée des tensions au Moyen-Orient, la volatilité du pétrole et l’affaiblissement des espoirs de paix n’ont pas été la cause principale de la baisse des valeurs IA, mais ont ajouté une couche supplémentaire d’incertitude. Lorsque les marchés sont déjà tendus, les mauvaises nouvelles se propagent plus rapidement.

Pour les portefeuilles, le point essentiel est que l’IA était sous pression, mais la diversification a continué à faire son travail.

Les mouvements des grands indices donnaient l’impression d’une baisse généralisée, mais sous la surface, les écarts de performance étaient significatifs. Les biens de consommation courante, la santé, les services aux collectivités, l’immobilier, la finance et d’autres segments orientés vers les flux de trésorerie ont mieux résisté, et certains ont même progressé.

Voilà la principale leçon de vendredi : lorsqu’un thème dominant du marché traverse une période difficile, une exposition à différents secteurs et à différentes sources de risque peut contribuer à amortir les chocs.

La diversification n’a pas supprimé la volatilité, mais elle a permis de réduire l’impact d’une correction fortement concentrée sur les valeurs liées à l’IA.

Qu’est-ce qui a réellement progressé vendredi ?

 

1. Biens de consommation courante : le « peu spectaculaire » est redevenu attractif


Indice sectoriel : S&P 500 Consumer Staples Index : +1,6 %

Les grandes capitalisations qui se sont distinguées :

  • Kimberly-Clark : +4,5 %
  • Procter & Gamble : +4,1 %
  • Colgate-Palmolive : +4,1 %
  • Coca-Cola : +3,5 %
  • General Mills : +3,0 %

Pourquoi c’était important : les biens de consommation courante ont figuré parmi les grands gagnants de la séance. La hausse ne concernait pas seulement un ou deux titres : elle s’est étendue aux produits ménagers, aux boissons, à l’alimentation emballée et aux produits d’hygiène.

Cela montre que les investisseurs se sont tournés vers des entreprises bénéficiant d’une demande plus stable, d’un pouvoir de fixation des prix et d’une dépendance moindre aux investissements liés à l’IA ou aux anticipations de croissance à long terme.

Ce ne sont pas les entreprises les plus passionnantes du marché. Mais lors d’une correction, les mouchoirs, le dentifrice, le Coca-Cola ou les céréales peuvent soudainement sembler être des choix très avisés.

 

2. Santé : la stabilité des flux de trésorerie a joué en sa faveur


ETF sectoriel : Health Care Select Sector SPDR ETF (XLV) : +0,6 %

Les grandes capitalisations qui se sont distinguées :

  • Johnson & Johnson : +2,0 %
  • Pfizer : +1,4 %
  • CVS Health : +1,2 %
  • UnitedHealth : +0,8 %
  • Eli Lilly : +0,6 %

Pourquoi c’était important : le secteur de la santé offrait précisément ce que recherchaient les investisseurs vendredi : une meilleure visibilité sur les bénéfices, une demande défensive et une exposition plus limitée au cycle des équipements liés à l’IA.

Les gains ont été répartis entre les laboratoires pharmaceutiques, les assureurs santé et les services médicaux, ce qui indique qu’il ne s’agissait pas d’un mouvement isolé sur une seule valeur.

La résilience d’Eli Lilly est particulièrement remarquable compte tenu de son excellent parcours récent. Cela montre que les investisseurs restaient disposés à conserver des valeurs de croissance de qualité dans la santé, alors que le marché sanctionnait sévèrement les segments les plus exposés à l’IA et aux technologies de croissance.

Le secteur reste exposé aux risques réglementaires, aux politiques de prix des médicaments et aux résultats des essais cliniques, mais vendredi, il a pleinement joué son rôle de stabilisateur de portefeuille.

 

3. Services aux collectivités : rendement et stabilité sont revenus au premier plan


ETF sectoriel : Utilities Select Sector SPDR ETF (XLU) : +0,9 %

Les grandes capitalisations qui se sont distinguées :

  • Duke Energy : +2,0 %
  • Southern Company : +1,1 %
  • NextEra Energy : +0,2 %

Pourquoi c’était important : les services aux collectivités ont bénéficié de la recherche de revenus récurrents, de flux de trésorerie réglementés et d’une volatilité des bénéfices plus faible.

Il s’agit également d’un segment intéressant, car la demande d’électricité reste liée à des tendances structurelles de long terme comme le développement des infrastructures IA. Toutefois, les utilities ne se négocient pas comme les valeurs IA à forte valorisation. Elles offrent un type d’exposition différent : plus stable, réglementé et moins dépendant d’une exécution parfaite.

 

4. Immobilier : sensible aux taux, mais toujours résilient


Indice sectoriel : S&P 500 Real Estate Index : +0,7 %

Les grandes capitalisations qui se sont distinguées :

  • Ventas : +3,7 %
  • Welltower : +3,0 %
  • Realty Income : +1,8 %
  • Federal Realty Investment Trust : +1,5 %
  • Public Storage : +1,0 %

Pourquoi c’était important : l’immobilier est généralement sensible à l’évolution des taux d’intérêt. Sa progression est donc notable dans un contexte de hausse des rendements obligataires.

Cette résistance reflète probablement l’attrait pour les actifs générateurs de revenus, les flux de trésorerie défensifs et une moindre exposition à la thématique IA devenue très consensuelle. Les foncières spécialisées dans la santé, comme Ventas et Welltower, se sont particulièrement distinguées, montrant que les investisseurs continuaient à privilégier les segments immobiliers soutenus par une demande durable.

Cela renforce le message sur la diversification : même lors d’une correction alimentée par l’IA et les craintes de taux élevés, certains secteurs actions axés sur le rendement ont continué à jouer leur rôle. L’immobilier n’a pas constitué une couverture parfaite, mais il a démontré que toutes les actions n’évoluaient pas dans la même direction.

 

5. Finance : la hausse des rendements n’était pas forcément une mauvaise nouvelle


ETF sectoriel : Financial Select Sector SPDR ETF (XLF) : +0,2 %

Les grandes capitalisations qui se sont distinguées :

  • Visa : +1,1 %
  • JPMorgan : +0,5 %
  • Berkshire Hathaway : +2,0 %

Pourquoi c’était important : la hausse des rendements peut pénaliser les valeurs de croissance les plus chèrement valorisées, mais elle peut aussi soutenir certaines activités financières grâce à l’amélioration des revenus nets d’intérêts.

Berkshire a également joué son rôle classique de valeur de qualité : des flux de trésorerie solides, un bilan robuste et une dépendance limitée à l’engouement autour de l’IA.

Il ne s’agissait pas d’un rallye spectaculaire du secteur financier, mais dans un marché où les segments les plus exposés à l’IA étaient fortement vendus, même une résilience modeste avait son importance.

 

Ce qui n’a pas vraiment aidé


Toutes les couvertures traditionnelles n’ont pas fonctionné.

  • L’or a été sous pression.
  • Les obligations longues n’ont pas offert beaucoup de protection.
  • Les cryptomonnaies n’ont pas joué un rôle clair de valeur refuge.

Cela est important, car la baisse de vendredi n’était pas simplement un mouvement classique d’aversion au risque.

Elle reflétait également les inquiétudes liées à la remontée des taux. Lorsque les rendements augmentent, les valeurs de croissance fortement valorisées peuvent reculer, mais les obligations longues peuvent également souffrir. La protection du portefeuille n’est donc pas venue principalement de l’or, des obligations ou des cryptomonnaies. Elle est venue d’expositions actions qui n’étaient pas liées à la même combinaison IA, momentum et croissance de long terme.



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