Prévisions chocs
Prévisions "chocs" 2026
Saxo Group
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Le fait le plus marquant sur le marché des métaux précieux n’est pas l’ampleur du rebond de la semaine dernière, mais plutôt le fait que la vague de ventes attendue ne s’est finalement pas matérialisée. L’or a résisté à plusieurs reprises aux tentatives de baisse sous les 4 000 USD, tandis que l’argent a trouvé des acheteurs sous les 57 USD. Cette résistance est d’autant plus notable que plusieurs vents contraires avaient fortement pesé sur le secteur au deuxième trimestre, notamment le niveau élevé des rendements obligataires, le regain des craintes de hausses de taux aux États-Unis lié à l’accélération de l’inflation dans un contexte de flambée des coûts énergétiques, le raffermissement du dollar et la faiblesse de la demande d’investissement des gestionnaires d’actifs occidentaux.
L’or avait fortement reculé après avoir atteint en janvier un record supérieur à 5 500 USD, tandis que les pertes enregistrées au deuxième trimestre ont été les plus importantes depuis 2013. Pourtant, l’incapacité des vendeurs à enfoncer durablement le seuil des 4 000 USD laissait de plus en plus penser que la demande sous-jacente restait suffisamment solide pour absorber les dégagements des investisseurs les plus sensibles aux taux. Cette résistance a permis à l’or de rebondir de 7 % la semaine dernière, sa meilleure performance hebdomadaire depuis janvier, tandis que l’argent est repassé au-dessus de 65 USD. La publication vendredi de données décevantes sur l’emploi américain a fourni le dernier catalyseur, en réduisant les anticipations d’une nouvelle hausse des taux de la Réserve fédérale à court terme et en contribuant à faire reculer le dollar.
Le premier catalyseur important a été la réunion du FOMC de fin juillet. La décision s’est révélée accommodante par rapport aux anticipations de plus en plus restrictives du marché, plutôt qu’accommodante dans l’absolu.
Face à la hausse des prix de l’énergie qui alimentait les craintes inflationnistes, les marchés avaient commencé à intégrer une probabilité significative d’une nouvelle hausse des taux. La Fed a finalement laissé ses taux directeurs inchangés, tandis que trois présidents de Fed régionales se sont prononcés en faveur d’un resserrement, rappelant que les préoccupations liées à l’inflation n’avaient pas disparu. Le léger recul des anticipations de hausse des taux qui en a résulté a quelque peu freiné le dollar, apportant un premier soutien à l’or et à l’argent.
Cette évolution a été suivie par l’épisode particulièrement inhabituel d’intervention conjointe des États-Unis et du Japon, après que l’USDJPY s’est approché d’un plus haut de quatre décennies, autour de 164. Les autorités japonaises sont d’abord intervenues pour soutenir le yen, avant que le Trésor américain n’intervienne à son tour par l’intermédiaire de la Fed de New York. Cette action coordonnée a brièvement fait reculer l’USDJPY vers 155, accentuant la pression sur le dollar et apportant un nouveau soutien aux métaux précieux.
Une partie de cet effet s’est depuis dissipée, l’USDJPY étant revenu vers 160, ce qui illustre la difficulté de modifier durablement les tendances de change par la seule intervention lorsque les écarts de taux d’intérêt restent importants. Dans l’ensemble, l’enchaînement des événements a été favorable aux métaux précieux : une Fed moins restrictive que redouté, un dollar plus faible, une intervention coordonnée en faveur du yen, un recul des cours du pétrole et, enfin, des données plus faibles sur l’emploi américain.
Plus important encore pour les perspectives à moyen terme, certains signes indiquent que la demande d’investissement occidentale commence timidement à se redresser. Pendant une grande partie de la correction, les banques centrales et les investisseurs asiatiques ont continué d’accumuler de l’or, tandis que de nombreux gestionnaires d’actifs occidentaux restaient vendeurs, pénalisés par la hausse des rendements obligataires et la perspective d’un renchérissement du coût du financement. Il en résultait une divergence inhabituelle entre une demande physique et officielle toujours solide et une demande plus faible de la part des investisseurs traditionnellement les plus sensibles à la politique monétaire américaine.
Cet écart pourrait désormais commencer à se réduire. Le World Gold Council a indiqué que les ETF mondiaux adossés à de l’or physique avaient enregistré 3 milliards USD d’entrées nettes en juillet, mettant fin à deux mois consécutifs de sorties. Les encours totaux ont augmenté de 23 tonnes pour atteindre 4 068 tonnes, les fonds européens étant à l’origine de l’essentiel des achats, tandis que les entrées en Amérique du Nord sont restées modestes. Les investisseurs occidentaux reviennent donc sur le marché, mais aucun repositionnement généralisé en faveur de l’or n’est encore observé, l’Amérique du Nord restant la seule grande région à avoir enregistré des sorties nettes d’ETF au cours du premier semestre.
Alors que la demande d’investissement occidentale évolue au gré des anticipations de taux, la demande des banques centrales et des investisseurs asiatiques reste une source importante de soutien sous-jacent. Le World Gold Council a fait état d’un net rebond des achats des banques centrales au deuxième trimestre, après un début d’année exceptionnellement faible. Même si les achats des banques centrales au premier semestre sont restés inférieurs aux niveaux particulièrement élevés observés ces dernières années, la volonté de diversifier les réserves de change semble toujours bien présente.
Ce phénomène est important, car l’expérience de 2022-23 a montré que la demande des banques centrales et de l’Asie pouvait modifier la relation traditionnelle entre l’or et les conditions financières occidentales. Le resserrement monétaire agressif des banques centrales et la hausse des taux réels n’ont pas provoqué la correction profonde et prolongée qu’anticipaient de nombreux investisseurs occidentaux, notamment parce que les acheteurs physiques et les banques centrales sont régulièrement intervenus pour soutenir le marché.
Une dynamique similaire a contribué à établir un plancher sous le cours de l’or lors de la récente correction. La question est désormais de savoir ce qui se passera si cette demande structurelle est rejointe par un retour durable des flux des portefeuilles occidentaux. Une telle combinaison créerait un environnement de demande nettement plus porteur que celui qui s’est jusqu’ici contenté d’empêcher l’or de poursuivre sa baisse.
L’argent a lui aussi participé au redressement, comme c’est généralement le cas à un rythme légèrement plus soutenu en raison de sa moindre liquidité, mais ses perspectives restent globalement différentes de celles de l’or. Le métal continue de bénéficier de ses caractéristiques monétaires et a tendance à amplifier les mouvements de l’or lorsque la demande d’investissement se renforce. Dans le même temps, l’argent conserve une forte composante industrielle, ce qui rend ses perspectives plus sensibles à l’évolution de la croissance mondiale.
Le Silver Institute s’attend à ce que le marché enregistre un sixième déficit structurel consécutif en 2026, tandis que la demande d’investissement devrait rester solide. En revanche, la demande industrielle devrait reculer d’environ 2 %, notamment en raison des efforts continus de réduction de la quantité de métal utilisée et de la substitution dans les applications photovoltaïques.
L’argent offre donc un potentiel de hausse supérieur si le rebond des métaux précieux venait à s’élargir, mais il serait également plus vulnérable si la faiblesse des données américaines se transformait en ralentissement plus marqué de la croissance mondiale.
Malgré l’amélioration du contexte, plusieurs risques incitent à ne pas adopter trop vite une position franchement haussière. Le principal concerne l’inflation. La réunion de juillet de la Fed a réduit les craintes d’un resserrement immédiat, mais trois responsables souhaitaient encore relever les taux. Une nouvelle accélération de l’inflation pourrait rapidement raviver les anticipations d’une nouvelle hausse des taux, poussant les rendements des bons du Trésor et le dollar à la hausse et mettant une nouvelle fois à l’épreuve la demande d’or des investisseurs sensibles aux taux.
Les cours du pétrole, et plus particulièrement ceux des carburants, restent à cet égard particulièrement importants. Leur recul a contribué au rebond des métaux précieux la semaine dernière, mais la nouvelle hausse observée après l’essoufflement des espoirs d’un accord entre les États-Unis et l’Iran rappelle que le choc énergétique n’a pas disparu. Une hausse durable du pétrole pourrait raviver les craintes d’inflation et compliquer les choix de politique monétaire de la Fed.
Rien ne garantit non plus que les récentes entrées de capitaux dans les ETF marquent le début d’un changement durable dans les allocations. L’amélioration observée en juillet est encourageante, mais la participation nord-américaine reste limitée. Enfin, des données économiques américaines plus solides que prévu pourraient inverser une partie des mouvements récents des rendements, du dollar et des anticipations de taux. Le marché s’est rapidement détourné du scénario d’un resserrement imminent, ce qui rend les métaux précieux de plus en plus sensibles aux prochaines données d’inflation et d’activité.
Sur le plan technique, après avoir trouvé un support sous les 4 000 USD, l’or a franchi les dernières résistances, l’ancienne zone de résistance autour de 4 200 USD faisant désormais office de support. Le principal test se situe toutefois autour de 4 500 USD, où se trouve actuellement la moyenne mobile à 200 jours, orientée à la baisse, juste avant le retracement de Fibonacci de 38,2 % de la baisse enregistrée entre janvier et juin, situé à 4 585 USD. Une cassure durable au-dessus de cette zone renforcerait nettement les perspectives techniques et pourrait ouvrir la voie vers le retracement de 50 %, autour de 4 690 USD, puis vers le niveau de 61,8 %, autour de 4 860 USD.
À l’inverse, un rejet au niveau des 4 500 USD ou en amont de cette zone indiquerait que la phase de consolidation pourrait se prolonger, avec un retour potentiel vers la zone de support comprise entre 4 000 et 3 960 USD. Pour l’heure, les perspectives des métaux précieux montrent des signes d’amélioration, notamment grâce à une demande structurelle toujours présente qui a contribué à empêcher une correction plus profonde, tandis que l’environnement macroéconomique est devenu plus favorable et que les investisseurs occidentaux montrent des signes encore timides de retour sur le marché.
Cette combinaison est constructive, mais elle ne confirme pas encore qu’une nouvelle phase haussière durable a commencé. L’or a montré à quels niveaux les acheteurs étaient prêts à défendre le marché. Le prochain test consistera à déterminer s’ils disposent de suffisamment de force pour mettre fin à la succession de sommets de plus en plus bas.