Prévisions chocs
Prévisions "chocs" 2026
Saxo Group
Chaque mois de juillet, le Tour de France offre l’un des plus grands spectacles du sport. Pendant trois semaines, les meilleurs cyclistes de la planète parcourent plus de 3 300 kilomètres à travers montagnes, vallées et secteurs pavés. Les passionnés admirent les coureurs, les stratégies de course et les paysages. Les amateurs de matériel, eux, s’émerveillent devant des vélos toujours plus légers et sophistiqués.
Les investisseurs en matières premières, eux, pourraient y voir tout autre chose. Derrière chaque vélo moderne se cache un véritable concentré de matières premières : carbone, aluminium, acier, titane, cuivre, lithium, caoutchouc… Chaque composant trouve son origine dans une mine, un gisement pétrolier, une usine de traitement du gaz naturel ou un site chimique. Le vélo qui prend le départ chaque matin est le fruit de plusieurs décennies d’innovations dans la métallurgie, la pétrochimie, les matériaux avancés et les procédés de fabrication.
À l’image du peloton, les chaînes d’approvisionnement qui se cachent derrière un vélo de compétition sont résolument internationales. Si la course se déroule en France, les matières premières sont extraites sur plusieurs continents, les composants sont fabriqués en Asie, puis assemblés grâce à des technologies développées en Europe ou en Amérique du Nord. Chaque vélo raconte ainsi une histoire de mondialisation industrielle.
À première vue, les vélos du peloton ressemblent beaucoup à ceux d’il y a une dizaine d’années. Pourtant, presque tout a évolué. Les câbles mécaniques ont laissé place aux transmissions électroniques, les freins sur jante ont été remplacés par des freins à disque hydrauliques et les pneus sont devenus plus larges, plus performants et roulent à des pressions plus faibles pour gagner en efficacité.
Le poste de pilotage a lui aussi profondément changé. Les cockpits monoblocs en carbone intègrent désormais les durites de frein et les câbles électroniques à l’intérieur du cadre, améliorant à la fois l’aérodynamisme et l’esthétique. Derrière ces évolutions se cache cependant une réalité moins visible : chacune d’elles nécessite davantage de matériaux de haute technologie et des procédés de fabrication toujours plus sophistiqués.
Le cadre en fibre de carbone illustre parfaitement cette évolution. Malgré son apparence futuriste, il est fabriqué à partir de fibres issues d’un procédé chimique utilisant des dérivés du pétrole et du gaz naturel, auxquelles sont ajoutées des résines haute performance pour obtenir un matériau à la fois léger et extrêmement résistant.
Le système de transmission électronique repose sur une batterie rechargeable contenant notamment du lithium, du cobalt, du nickel, du manganèse, du graphite, du cuivre et de l’aluminium. Le système de freinage associe quant à lui acier, aluminium, cuivre et magnésium, tandis que les roulements utilisent des aciers spéciaux et des céramiques de haute performance. Le titane est présent dans les composants les plus haut de gamme afin de réduire chaque gramme superflu.
Même un simple pneu est un concentré de chimie. Il combine caoutchouc naturel, caoutchouc synthétique issu du pétrole, noir de carbone, silice et un liquide préventif à base de latex capable de colmater automatiquement les crevaisons.
Enfin, les vélos modernes ne se contentent plus de transporter les coureurs : ils analysent leurs performances en permanence. Les capteurs de puissance, associés au GPS et au suivi de la fréquence cardiaque, transmettent en temps réel une quantité considérable de données aux équipes. Là encore, cette technologie repose sur toute une chaîne de matériaux critiques et de composants électroniques.
Toutes ces innovations ont un coût. Aujourd’hui, un vélo de course standard utilisé par une équipe du WorldTour vaut généralement entre 9 500 et 17 000 dollars américains, avant même que les mécaniciens n’y ajoutent des paires de roues de rechange, des capteurs de puissance, des selles sur mesure, des radios de course et toute une série d’améliorations destinées à grappiller les derniers gains de performance.
Les matières premières y contribuent évidemment. Rien que sur les douze derniers mois, plusieurs des principales matières premières entrant dans la fabrication d’un vélo de course moderne ont enregistré de fortes hausses de prix. Le gaz naturel, indispensable à la production de la fibre de carbone, a progressé de près de 50 %. Le molybdène, utilisé dans les alliages d’acier à haute résistance, a gagné plus de 40 %. Les prix du pétrole ont augmenté de plus de 35 %, renchérissant aussi bien les résines et les plastiques que le caoutchouc synthétique. Le titane, le lithium et le caoutchouc naturel ont également affiché des hausses à deux chiffres.
Ces évolutions reflètent des tendances mondiales bien plus larges que le simple univers du cyclisme. La sécurité énergétique, les tensions géopolitiques, l’augmentation des dépenses de défense, l’électrification des économies et la demande croissante en minerais critiques ont profondément remodelé les marchés des matières premières ces dernières années. Heureusement pour les cyclistes, le coût des matières premières ne représente qu’une partie du prix final. La fabrication des cadres en carbone, l’usinage de haute précision, les essais en soufflerie, la recherche et développement, l’électronique propriétaire et, bien sûr, le marketing pèsent eux aussi lourd dans la facture.
Le Tour de France est souvent présenté comme l’épreuve ultime d’endurance, de détermination et d’esprit d’équipe. Mais il rappelle aussi une réalité que les investisseurs en matières premières connaissent bien : même les produits les plus légers, les plus rapides et les plus sophistiqués restent profondément ancrés dans le monde physique.
Avant de fabriquer de la fibre de carbone, il faut du gaz naturel. Avant de concevoir une transmission électronique, il faut du lithium, du cuivre et du nickel. Avant de produire des freins hydrauliques, il faut de l’acier et de l’aluminium. Et avant de réduire la résistance au roulement, quelqu’un doit d’abord produire du caoutchouc, de la silice et des produits issus de la pétrochimie.
Chaque mois de juillet, des millions de téléspectateurs regardent les coureurs gravir les cols et se battre pour le maillot jaune. Les investisseurs en matières premières peuvent y voir bien davantage : une démonstration concrète que derrière presque chaque avancée technologique se cachent des ressources naturelles. En d’autres termes, chaque coup de pédale commence quelque part entre une mine, une raffinerie et une usine chimique.
Je vous souhaite un très bel été et espère que vous prendrez autant de plaisir que moi à suivre le Tour de France.
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