Prévisions chocs
Prévisions "chocs" 2026
Saxo Group
Investment Analyst
Après 21 heures de négociations inédites à Islamabad, les États-Unis et l'Iran ne sont pas parvenus à un accord. J.D. Vance repart sans deal, laissant une "offre finale" sur la table.
Deux points de blocage : Washington exige un engagement ferme d'abandon, Téhéran refuse catégoriquement. Sur le détroit d'Ormuz, l’Iran réclame des frais de transit ; une demande jugée inacceptable par les États-Unis.
Le cessez-le-feu de deux semaines tient techniquement mais il est de plus en plus fragilisé par les frappes israéliennes sur le Liban.
Le scénario que les marchés redoutaient s'est matérialisé. Annoncées comme « le premier test de résistance réel » de la trêve du 7 avril, les négociations d'Islamabad se sont conclues dimanche 12 avril au matin sur un constat d'échec. Vingt et une heures de négociations trilatérales entre Américains, Iraniens et Pakistanais, soit la plus longue rencontre diplomatique directe entre Washington et Téhéran depuis la Révolution islamique de 1979, n'ont pas suffi.
La délégation américaine, menée par le vice-président J.D. Vance, a quitté Islamabad peu après 7h (heure locale). Il a résumé la situation simplement : « La mauvaise nouvelle, c’est qu’on n’a pas trouvé d’accord. Et je pense que c’est surtout une mauvaise nouvelle pour l’Iran, plus que pour les États-Unis. »
Il a toutefois laissé une ouverture : « Nous repartons avec une proposition finale, la meilleure que nous pouvons faire. Aux Iraniens de dire s’ils l’acceptent. »
Côté iranien, la délégation menée par le président du Parlement Mohammad BaqerQalibaf et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araqchi a imputé l'échec aux « exigences excessives » de Washington, notamment sur le détroit d'Ormuz et le dossier nucléaire. Téhéran a néanmoins pris soin de préciser qu'il était « naturel de ne pas s'attendre à un accord en une seule session ».
Le nucléaire, mur des deux côtés
L'exigence américaine est non négociable : un engagement ferme et vérifiable que l'Iran ne développera pas d'arme nucléaire. Vance l'a formulé clairement : « Washington attend de Téhéran une promesse explicite de ne jamais chercher à se doter de la bombe, ni des capacités techniques qui permettraient de l'obtenir rapidement. »
Téhéran refuse. Pour les Gardiens de la Révolution et le Guide suprême, le programme nucléaire est à la fois levier stratégique et symbole de souveraineté. Selon des sources Reuters, une source pakistanaise a décrit des « sautes d'humeur des deux délégations, avec une température qui est montée et descendue » tout au long des rounds de négociation.
Ormuz : bien au-delà d'une réouverture
L'Iran ne demande pas simplement à maintenir un contrôle sur le détroit, il réclame désormais le paiement de frais de transit sur les navires qui l'empruntent, en plus des réparations de guerre. Ce glissement des exigences iraniennes au cours des négociations constitue un signal préoccupant : les conditions de Téhéran n'ont pas convergé, elles se sont élargies.
Le Liban, toujours hors périmètre
Israël a maintenu ses frappes sur le Liban pendant toute la durée des pourparlers, ciblant des lanceurs de roquettes du Hezbollah. Des sirènes d'alerte ont retenti dans des villages israéliens frontaliers. Le ministre du cabinet de sécurité israélien ZeevElkin a déclaré que d'autres négociations restaient possibles, mais a averti : « Les Iraniens jouent avec le feu. » L'Iran continue d'exiger un cessez-le-feu au Liban comme condition préalable à tout accord global.
D’après les données de suivi maritime, trois supertankers chargés ont franchi le détroit d’Ormuz samedi. Il s’agirait des premiers navires à quitter le Golfe depuis la mise en place du cessez-le-feu. Dans le même temps, les destroyers américains USS Frank E. Peterson et USS Michael Murphy ont traversé la zone pour une mission de déminage, une première depuis le début du conflit.
Signal positif
Trois supertankers ont franchi Ormuz samedi. Cela marque une reprise, même partielle et sous contrôle iranien.
Signal négatif
Des centaines de tankers sont encore immobilisés dans le Golfe. L’Iran demande des frais de passage, et un retour à la normale reste incertain.
Ce mouvement concret, avec du pétrole qui recommence à circuler, pourrait légèrement calmer la réaction du marché. Mais cela ne compense pas l’absence d’accord diplomatique.
Note méthodologique : cet article est publié avant l'ouverture des marchés européens. Les directions ci-dessous sont des anticipations analytiques fondées sur les précédents de réaction, et non des constats. Elles sont soumises à révision en fonction des déclarations diplomatiques du week-end et des premiers mouvements des marchés asiatiques.
La semaine du 8 avril avait été portée par l'euphorie du cessez-le-feu, avec un CAC 40 et un DAX en hausse de plus de 4% en une seule séance. Les marchés avaient en partie intégré une issue positive des négociations d'Islamabad. L'ajustement à cette nouvelle information pourrait donc être perceptible dès lundi matin, même si son ampleur dépendra de la façon dont les investisseurs pondèreront le signal partiel du détroit.
Sur le pétrole, la logique veut que la prime de risque géopolitiqueremonte en partie. Le Brent pourrait repasser au-dessus des 100 dollars, sauf si le passage des trois supertankers samedi est vu comme le début d’une reprise progressive du trafic. Dans ce cas, la hausse resterait sans doute plus contenue.
Les secteurs qui avaient le plus profité du scénario de désescalade seraient logiquement les plus exposés. L’aéronautique et les compagnies aériennes, qui avaient porté le rebond du 8 avril, pourraient être les premières touchées. Le coût du kérosène risque de remonter, et l’association européenne des aéroports a déjà évoqué un risque de pénurie si la situation à Ormuz ne se stabilise pas rapidement. Les banques européennes, sensibles au climat général de marché, pourraient aussi ralentir.
À l’inverse, les grandes compagnies pétrolières seraient plutôt avantagées. Une hausse du Brent soutient directement leurs revenus et leurs valorisations, et elles servent souvent de refuge quand les tensions sur l’énergie augmentent. L’or pourrait aussi profiter d’un retour de la demande de sécurité. Sur le marché des changes, le dollar pourrait se renforcer face à l’euro.
Nous avions identifié dans notre note du 8 avril que les négociations d'Islamabad constitueraient « le premier test de résistance réel » de la trêve. Ce test a été concluant (dans le mauvais sens du terme). Les deux blocages structurels que nous pointions alors, le nucléaire et le contrôle d'Ormuz, ont bel et bien fait capoter les discussions. Et les conditions iraniennes se sont révélées encore plus larges qu'anticipé, avec des exigences de frais de transit et de réparations de guerre.
Deux éléments nuancent cependant un pessimisme trop tranché. D'abord, le passage de trois supertankers à travers le détroit samedi, preuve que la voie n'est pas hermétiquement fermée. Ensuite, et surtout, le fait que les deux parties se soient parlé directement pendant 21 heures consécutives pour la première fois depuis des décennies : le canal diplomatique existe désormais, même s'il n'a pas encore produit d'accord.
La vraie date à surveiller reste le 21 avril, expiration officielle de la trêve de 15 jours. D'ici là, chaque signal, qu'il vienne de Téhéran, de la Maison Blanche ou d'Islamabad, sera amplifié par des marchés en attente de direction.
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