Prévisions chocs
Prévisions "chocs" 2026
Saxo Group
Investment Analyst
Un paradoxe de marché : malgré un contexte géopolitique extrêmement porteur pour la défense européenne, les valeurs du secteur corrigent fortement après des années de hausse quasi continue.
En ce début d’année 2026, l’environnement géopolitique n’a jamais paru aussi favorable aux industriels de la défense : la guerre en Ukraine entre dans sa cinquième année sans perspective de règlement stable, les Etats-Unis ont ouvert un front militaire contre l’Iran dont les répercutions sont encore imprévisibles, et les menaces sur les flancs Est et Sud de l’OTAN se multiplient.
Pourtant, contre toute attente, les principales valeurs du secteur reculent nettement par rapport à leurs sommets récents. En mars seulement, l’indice MSCI Europe Aerospace & Defence a cédé près de 10 %. Sur une période de trois mois, certaines baisses sont encore plus marquées : environ -23 % pour Rheinmetall, -20 % pour Saab, -10 % pour Renk et -9 % pour Hensoldt.
Ce paradoxe n’en est pas vraiment un, à condition de comprendre deux choses fondamentales : ce que valorise réellement le marché, et à quel point les cours avaient anticipé des années de perfection.
Pour comprendre la baisse actuelle, il faut la replacer dans son contexte.
Avant 2022, le secteur de la défense européenne végétait dans l'indifférence. Les critères ESG l'avaient largement exclu des fonds institutionnels. Les valorisations étaient déprimées. Les budgets militaires européens étaient en déclin tendanciel depuis la fin de la Guerre froide. En 2014, lors du sommet du Pays de Galles, seuls trois pays membres de l'OTAN atteignaient l'objectif de 2% du PIB consacré à la défense. La plupart des industriels survivaient sur un flux de commandes domestiques limité et des cycles longs.
L'invasion russe a tout bouleversé en quelques semaines. En quelques mois, le secteur est passé du statut de "délaissé éthique" à celui de "thème d'investissement structurel prioritaire". Les flux ont été massifs, les valorisations ont explosé — et comme dans tous les secteurs qui bénéficient d'un tel engouement soudain, les cours ont anticipé plusieurs années de croissance parfaite.
Ce changement brutal, dans un secteur jusque-là peu détenu, a déclenché une hausse exceptionnelle des cours. En 2025, les performances ont atteint des niveaux rarement observés : Thales a progressé de 69 %, Leonardo de 93 % et Rheinmetall de 152 %. Sur une période plus longue, les hausses sont encore plus marquées : plus de 1 450 % pour Rheinmetall, près de 950 % pour Saab et environ 800 % pour Leonardo.
À ces niveaux, un repli n’a rien d’étonnant : une partie des investisseurs sécurise simplement ses gains après une progression hors norme.
C'est le facteur le plus sous-estimé. Le front iranien, ouvert par les États-Unis, propulse les industriels américains, pas les Européens. Raytheon, L3Harris, Northrop Grumman, spécialisés dans les missiles air-air, les munitions de précision longue portée et les systèmes de guerre électronique, sont en première ligne. Les groupes européens, construits autour des besoins d'une guerre terrestre de haute intensité en Europe de l'Est (munitions d'artillerie, blindés, systèmes anti-drone), capturent peu de valeur sur le théâtre moyen-oriental. Le budget de défense américain qui pourrait atteindre 1 500 milliards de dollars a par ailleurs provoqué une réallocation des capitaux des fonds globaux vers la défense US, au détriment de l'exposition européenne.