Prévisions chocs
Prévisions "chocs" 2026
Saxo Group
Responsable de la stratégie des matières premières
La quasi-fermeture du détroit d’Ormuz continue de prolonger une perturbation qui resserre progressivement les marchés mondiaux de l’énergie. Les flux transitant par l’un des axes pétroliers les plus importants au monde restant fortement limités, les opérateurs surveillent les prochaines étapes des négociations de paix ainsi que le rapport américain sur les stocks publié aujourd’hui, afin d’évaluer la vitesse à laquelle les réserves diminuent dans un contexte de forte demande à l’exportation.
Le marché ne considère plus cette perturbation comme une simple tension temporaire sur les échéances proches. Si la moyenne annuelle du Brent pour 2026 n’a progressé que légèrement sur le dernier mois à 95 USD par baril, le mouvement le plus marqué se situe plus loin sur la courbe des prix : 2027 a gagné 25 % à 78 USD, et 2028 a progressé de 16 % à 74 USD. Cela traduit des anticipations croissantes d’un choc d’offre durable, lié à des infrastructures endommagées au Moyen-Orient, à une baisse des capacités de production et à la nécessité future de reconstituer les réserves commerciales et stratégiques.
Dans ce contexte, la décision des Émirats arabes unis de quitter l’OPEP à partir du 1er mai marque un changement stratégique majeur, les libérant des quotas de production qui limitaient depuis des années leur capacité à exploiter pleinement l’augmentation de leurs capacités. À court et moyen terme, le marché devrait pouvoir absorber les barils supplémentaires en provenance des Émirats, compte tenu de stocks faibles et d’une future demande soutenue liée à la reconstitution des réserves. À plus long terme toutefois, ce départ soulève une question stratégique plus large : si davantage de producteurs commencent à privilégier les parts de marché plutôt que la discipline des quotas, la capacité de l’OPEP à maintenir un marché ordonné via des ajustements coordonnés de l’offre pourrait être de plus en plus remise en cause.
Comme l’illustre le graphique ci-dessous, la production des Émirats arabes unis avait atteint 3,6 millions de barils par jour juste avant le conflit, avant de chuter de 1,44 million le mois dernier à 2,16 millions de barils par jour, soit un plus bas de 17 ans. Il convient également de noter que, au grand mécontentement d’autres membres, les Émirats produisaient depuis plusieurs années au-dessus de leur quota OPEP. Avec cette sortie annoncée, le pays pourra désormais viser une pleine utilisation de son appareil productif en expansion, avec une capacité actuelle d’environ 4,7 millions de barils par jour et un objectif de 5,0 millions, grâce à la poursuite des investissements dans l’amont pétrolier menés par ADNOC.