Points clés
L’IA transformerait la manière dont les logiciels sont facturés, en passant dans de nombreux cas d’un modèle « par utilisateur » à un modèle « par tâche ».
Les acteurs qui contrôlent les flux de travail ou détiennent des données stratégiques disposeraient souvent des meilleures défenses, et potentiellement du plus fort levier de croissance.
Une approche par panier pourrait permettre de diversifier l’exposition, car les gagnants apparaissent généralement plus clairement avec le recul qu’à travers les titres d’actualité.
Les valeurs technologiques liées aux logiciels semblent aujourd’hui devoir « justifier leur existence ». La formule peut paraître sévère, mais elle reflète l’état d’esprit actuel de nombreux investisseurs.
L’élément déclencheur ne serait pas un affaiblissement intrinsèque des logiciels. Il s’agirait plutôt d’une nouvelle crainte : si l’intelligence artificielle (IA) accroît la productivité, les entreprises pourraient avoir besoin de moins de licences logicielles. L’IA pourrait être comparée à un nouveau collègue qui ne dort jamais : bénéfique pour la production, mais plus délicat pour le nombre de postes facturés.
La crainte centrale : une baisse du nombre de licences, pas de la demande
La majorité des logiciels d’entreprise sont commercialisés sous forme d’abonnement (SaaS), souvent facturés « par utilisateur » (ou par poste). Si l’IA permet à une personne d’effectuer le travail de deux, une entreprise pourrait réduire ses effectifs, puis le nombre de licences. Les revenus pourraient alors diminuer, même si l’activité reste solide.
Ainsi, la « disruption par l’IA » pourrait affecter des franchises pourtant robustes. Le marché ne remettrait pas nécessairement en cause la qualité des produits, mais plutôt la pertinence du modèle tarifaire.
Cela contribuerait également à expliquer le caractère généralisé des replis boursiers. Il serait difficile d’identifier, à ce stade, quels éditeurs deviendront une « mise à niveau IA » pour laquelle les clients accepteront de payer davantage, et lesquels verront leurs marges érodées par les coûts liés à l’IA.
Cartographie des risques : où l’IA pourrait fragmenter les offres
Les produits les plus exposés seraient ceux qui vendent du travail intellectuel routinier facturé par poste.
Les suites de gestion des ressources humaines et les solutions administratives pourraient être confrontées à ce risque narratif, car elles sont directement liées aux effectifs. Workday gère les processus RH, la paie et la finance de grandes entreprises, souvent avec une tarification par employé. Sage propose des solutions similaires pour les PME, où la pression sur les coûts se manifeste rapidement. Si l’IA permet d’accomplir les mêmes tâches avec moins de personnel, la croissance du nombre de licences pourrait ralentir, même si ces systèmes restent complexes à remplacer.
Les outils créatifs feraient face à un autre risque : le « suffisamment bon et gratuit ». Adobe équipe de nombreux professionnels pour la création graphique, documentaire et multimédia. L’IA accélère la production, mais elle facilite également la reproduction de contenus simples à l’aide d’outils moins coûteux. Si des assistants gratuits deviennent suffisamment performants pour des tâches basiques, la défense des prix devrait reposer sur la qualité, l’intégration dans les flux de travail et la fiabilité, plutôt que sur la seule nouveauté fonctionnelle.
Cartographie des opportunités : qui pourrait capter la valeur de l’automatisation
Les acteurs susceptibles de tirer parti de l’automatisation par l’IA se situeraient principalement dans trois catégories : plateformes, flux de travail et données.
Plateformes : Microsoft, Oracle, SAP. Ces groupes sont positionnés au plus près des données d’entreprise et contrôlent les canaux de distribution. Si l’IA devient une fonctionnalité standard, elle pourrait être intégrée à grande échelle, avec une facturation fondée davantage sur la valeur créée que sur le nombre de postes.
Flux de travail : ServiceNow et, dans une logique différente, Salesforce. Il ne s’agit pas seulement de bases de données, mais de systèmes orchestrant les processus : validation, suivi, traçabilité. C’est dans ces environnements que des agents IA pourraient agir concrètement, et où une tarification « par tâche » pourrait apparaître plus pertinente qu’une facturation « par personne ».
Données et contenus à forte valeur de confiance : Snowflake, RELX, Wolters Kluwer, Experian, Gartner. L’IA requiert des données propres et des sources de qualité. Ces entreprises commercialisent déjà de l’aide à la décision, des analyses de risques ou des informations spécialisées. L’IA pourrait renforcer la rapidité et la personnalisation de ces offres sans nécessairement les rendre substituables.
L’Europe présente une spécificité supplémentaire : la réglementation, la diversité linguistique et la structure des marchés locaux. Temenos intervient auprès des banques, où les évolutions sont progressives et les exigences de traçabilité élevées. Dassault Systèmes et Nemetschek opèrent dans la conception et l’ingénierie, domaines où l’IA pourrait accélérer la modélisation et réduire les erreurs, tout en nécessitant une précision élevée.
Enfin, Amadeus IT Group illustre que le « logiciel » inclut également des infrastructures sectorielles. Les réservations de voyages reposent sur des flux complexes impliquant plusieurs parties. L’IA pourrait améliorer l’efficacité, mais la fiabilité demeure essentielle.