Prévisions chocs
Prévisions "chocs" 2026
Saxo Group
Investment Strategist
Hermès affiche une croissance supérieure aux attentes, suggérant que la clientèle la plus aisée continue de soutenir la demande malgré un environnement plus modéré pour le luxe.
La maroquinerie reste le principal moteur, tandis que les segments parfums et beauté rappellent que même les marques les plus solides peuvent connaître des zones de faiblesse.
Le rebond du luxe semble confirmé sur le très haut de gamme, mais la dynamique demeure contrastée au sein de l’écosystème mode dans son ensemble.
Le secteur du luxe a traversé plusieurs années plus complexes. Non pas parce que l’attrait pour les produits haut de gamme aurait disparu, mais parce que les hausses de prix ont été marquées, que la demande s’est normalisée et que certains consommateurs dits « aspirants » ont réduit leurs dépenses.
Récemment, nous évoquions un début d’amélioration, porté par des signaux plus rassurants que prévu chez Kering et un discours confiant de Ferrari. Hermès apporte aujourd’hui un éclairage différent. Moins spectaculaire, mais particulièrement solide, reposant sur un élément central : la rareté maîtrisée.
Hermès publie une croissance de son chiffre d’affaires de 9,8 % au quatrième trimestre à taux de change constants. Cette précision est importante : elle permet d’isoler les effets de change afin d’évaluer plus clairement la dynamique sous-jacente de la demande. Le consensus Bloomberg anticipait 8,24 %, ce qui signifie que le groupe fait légèrement mieux qu’un scénario déjà jugé favorable.
La répartition des performances apporte un éclairage supplémentaire. La maroquinerie et la sellerie, cœur historique de la marque, progressent de 14,6 % à taux constants, au-dessus des attentes de 12,6 %. Le prêt-à-porter et les métiers de la mode avancent de 7,1 %, contre 5,81 % attendus. L’horlogerie affiche également une évolution positive de 3,2 %, alors que le marché anticipait une légère contraction.
Tous les segments ne progressent toutefois pas de manière homogène. Les ventes de parfums et de produits de beauté reculent de 14,6 % à taux constants, une baisse plus marquée qu’anticipé. Cela rappelle que, même pour un acteur positionné sur le très haut de gamme, certaines catégories peuvent rester sous pression.
Sur l’ensemble de l’exercice, le résultat opérationnel courant dépasse les estimations, avec une marge opérationnelle récurrente proche de 41 %, supérieure aux 39,9 % attendus. Ces éléments expliquent pourquoi certains observateurs analysent Hermès non seulement comme un acteur du luxe, mais aussi comme un modèle de discipline en matière de prix et de gestion.
Chez Hermès, la gestion de la demande fait partie intégrante du produit. Beaucoup souhaitent acquérir certains modèles emblématiques, mais peu peuvent les obtenir rapidement. La liste d’attente devient ainsi un élément du positionnement de la marque. Dans un environnement plus incertain, cela produit deux effets structurants.
Premièrement, cela préserve le pouvoir de fixation des prix. Hermès indique avoir relevé ses prix en moyenne de 5 % à 6 % depuis le début de 2026. Plusieurs acteurs du secteur ont ralenti leurs hausses tarifaires face à une demande plus sensible. Hermès peut maintenir cette discipline sans chercher à compenser par les volumes, grâce à une offre volontairement limitée et une clientèle positionnée sur le segment le plus élevé du patrimoine.
Deuxièmement, cela limite le recours aux promotions. Les remises répétées peuvent rapidement banaliser une marque de luxe. Les investisseurs y sont attentifs, car une fois cette dynamique enclenchée, il devient difficile de préserver l’image et la désirabilité. Le modèle d’Hermès repose précisément sur l’évitement de cette logique.
Les résultats d’Hermès ne signifient pas que l’ensemble du secteur du luxe est revenu à un cycle de croissance généralisée. Ils permettent toutefois d’éclairer une question plus ciblée : le très haut de gamme demeure-t-il résilient alors que le reste du secteur s’ajuste ?
Cette lecture fait écho à ce que nous observions récemment avec Ferrari. Sa solidité repose sur une offre maîtrisée, des carnets de commandes étendus et une clientèle motivée par la passion plus que par les promotions. Hermès évolue dans une configuration comparable : un produit tangible, une offre contrainte et une clientèle moins sensible aux fluctuations du pouvoir d’achat courant.
Pour les investisseurs, l’interprétation reste nuancée. Une exposition diversifiée au secteur du luxe peut afficher des performances contrastées, même lorsque les acteurs les plus disciplinés publient des résultats solides. Un marché « à deux vitesses » signifie que certaines marques continuent de progresser, tandis que celles plus dépendantes d’une clientèle intermédiaire peuvent nécessiter davantage de temps pour retrouver une dynamique plus favorable.
Hermès met également en évidence une autre réalité : le secteur n’évolue pas de manière linéaire. Malgré des publications supérieures aux attentes, certains acteurs demeurent prudents dans leurs perspectives pour 2026. La reprise reste donc une hypothèse à observer plutôt qu’une conclusion définitive.
Le premier point concerne les niveaux de valorisation et les anticipations. Hermès est souvent perçu comme la référence qualitative du secteur, ce qui peut réduire la marge d’erreur si la croissance ralentit. Lorsque les attentes sont élevées, un écart même modéré peut entraîner des réactions significatives sur le marché.
Le deuxième point tient à l’évolution des différentes catégories. Le segment parfums et beauté recule ce trimestre. Si cette faiblesse devait s’étendre à d’autres lignes, cela pourrait signaler une normalisation plus large de la demande, y compris sur le très haut de gamme.
Le troisième point concerne les devises et l’environnement géopolitique. Les variations de change peuvent peser sur les résultats publiés. Des mouvements de devises ou des évolutions des flux touristiques peuvent ainsi affecter la croissance affichée, indépendamment de la dynamique réelle de la demande.
Si la croissance de la maroquinerie demeure nettement supérieure à celle du groupe, cela peut refléter une demande toujours solide sur le cœur d’activité.
Si les hausses de prix se poursuivent sans impact visible sur les volumes, cela peut conforter l’hypothèse d’une résilience du très haut de gamme.
Si les promotions ou les accumulations de stocks se généralisent dans le secteur, cela pourrait indiquer une reprise plus hétérogène.
Si le discours des dirigeants évolue vers davantage de prudence, cela peut constituer un signal précoce à intégrer dans l’analyse.
Après plusieurs années plus complexes, le secteur du luxe a habitué les observateurs à rechercher des signaux spectaculaires. Hermès propose une dynamique différente : un modèle fondé sur la constance, la maîtrise de l’offre et la discipline tarifaire. Le trimestre dépasse les attentes, la maroquinerie demeure le principal moteur et la cohérence stratégique est préservée. Cela alimente l’idée qu’un redémarrage progressif pourrait s’amorcer en priorité sur le segment le plus haut de gamme, où la rareté et le contrôle de la marque jouent un rôle déterminant.
Cela ne constitue toutefois pas une validation globale pour l’ensemble du secteur. Les segments parfums et beauté montrent des fragilités, certains acteurs demeurent prudents et la dynamique reste contrastée. Dans le luxe, l’évolution des politiques de remise et des niveaux de stocks fournit souvent un indicateur plus révélateur que les défilés eux-mêmes.