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Les obligations sont détestées. Et si c'était justement le moment de revenir ?

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Points clés :

  • Les rendements des obligations américaines longues ont retrouvé des niveaux qui n'avaient plus été observés depuis plus de deux décennies.
  • Après plusieurs années de pertes, les obligations offrent désormais un revenu significatif mais leur prix reste très sensible à une nouvelle remontée des taux.
  • Michael Hartnett estime que le désamour actuel pour les obligations pourrait justement créer une opportunité, notamment si les taux longs finissent par refluer.

Le pire marché de l'histoire récente


Pendant des années, les obligations ont été le placement « ennuyeux » par excellence. Ce n'est plus le cas.

Michael Hartnett, stratégiste de Bank of America, souligne à quel point le marché obligataire a été malmené. Selon ses calculs, les Treasuries américains à très longue maturité et sans coupon ont perdu environ 65 % depuis leur sommet de mars 2020. Sur les dix dernières années, le rendement annualisé des Treasuries est même devenu négatif, autour de -2 %.

Et aujourd'hui, les taux sont à des niveaux que l'on n'avait plus vus depuis le début des années 2000.

  • 5,32% pour le rendement du Treasury 10 ans, un plus haut depuis 2002
  • 5,70 % pour le rendement du Treasury 30 ans, un plus haut depuis 2002
  • 3,75 - 4 % pour le taux directeur de la Fed.

Taux US
Source : Tradingeconomics
Pourquoi les taux sont-ils aussi élevés ? Plusieurs facteurs se combinent. L'inflation reste supérieure à l'objectif de la Fed, tandis que les déficits américains obligent le Trésor à émettre énormément de dette. À cela s'ajoutent les tensions géopolitiques et les besoins de financement considérables liés au boom de l'intelligence artificielle.

Pour les détenteurs d'obligations, cette remontée des taux a été douloureuse : quand les taux montent, le prix des obligations existantes baisse. Mais pour quelqu'un qui achète aujourd'hui, le raisonnement est exactement inverse.

Plus les prix des obligations ont baissé, plus les rendements proposés par les nouvelles obligations sont élevés.

C'est tout le paradoxe que Hartnett met en avant : le pire moment pour les obligations pourrait être en train de créer un bien meilleur point d'entrée pour les nouveaux investisseurs.

Comment fonctionne une obligation ?


Une obligation est un prêt. Vous prêtez de l'argent à un État ou à une entreprise, qui vous verse des intérêts réguliers, puis vous rembourse le capital à une date fixée.

Quatre notions suffisent pour comprendre l'essentiel :

  • Le nominal : la somme qui sera remboursée à l'échéance, généralement 100 (soit 1 000 $ par obligation).
  • Le coupon : l'intérêt annuel versé sur ce nominal. Un coupon de 5,75 % rapporte ainsi 57,50 $ par an pour 1 000 $ de nominal.
  • Le prix : l'obligation s'échange ensuite sur le marché, parfois sous 100, parfois au-dessus.
  • Le rendement : ce que rapporte réellement l'obligation compte tenu du prix auquel vous l'achetez. Il tient compte à la fois des coupons et de l'éventuelle différence entre le prix payé et les 100 récupérés à l'échéance.
À retenir. Quand les taux montent, le prix des obligations existantes baisse, et inversement. Si vous détenez un coupon de 5 % et que les nouvelles obligations en paient 7 %, personne ne voudra de la vôtre au prix initial : elle doit baisser jusqu'à offrir un rendement comparable. Cet effet est d'autant plus important que l'échéance est lointaine. C'est ce qu'on appelle la duration, qui mesure la sensibilité du prix d'une obligation aux variations de taux. Une obligation à 3 ans bouge relativement peu. Une obligation à 40 ans peut, elle, varier fortement dans les deux sens.

C'est ce mécanisme qui explique une grande partie des pertes subies par les obligations longues ces dernières années. Mais c'est aussi lui qui peut créer un important potentiel de hausse si les taux refluent.

Pourquoi Hartnett pense que le moment devient intéressant


« Acheter l'humiliation »


Pour Michael Hartnett, le marché obligataire est devenu tellement délaissé qu'il commence justement à redevenir intéressant. Dans sa dernière note, il résume son approche par une formule : « buy humiliation », autrement dit acheter les actifs que les investisseurs ont le plus délaissés.

Son constat est simple : les investisseurs restent massivement positionnés sur les actions, notamment les grandes valeurs technologiques, alors que les obligations longues sont largement sous-pondérées. Dans le même temps, les rendements ont fortement augmenté. Les Treasuries à 10 ans rapportent désormais autour de 5,3 %, tandis que le 30 ans dépasse 5,6 %.

Pour Hartnett, cette combinaison est inhabituelle : le sentiment est mauvais, les prix ont beaucoup baissé et le rendement offert est désormais élevé. Il estime donc que le marché obligataire peut redevenir intéressant sans même avoir besoin d'un scénario spectaculaire de baisse des taux.

C'est un point important. Hartnett ne parie pas nécessairement sur une chute rapide des rendements. Il souligne lui-même qu'une baisse de 100 à 200 points de base nécessiterait probablement une récession ou un accident de crédit. Son idée est plus simple : à 6, 7 ou 8 % de rendement, le revenu versé par les obligations devient déjà suffisamment élevé pour attirer de nouveau les investisseurs. Si les taux baissent ensuite, la hausse du prix des obligations viendrait s'ajouter à ce rendement.

Les obligations des géants de la tech


C'est encore plus visible sur les obligations des grandes entreprises technologiques. Hartnett cite des obligations longues d'Oracle, Meta et Google offrant respectivement jusqu'à environ 8,4 %, 7,5 % et 6,9 % de rendement selon les échéances.

Ces rendements sont particulièrement élevés pour des entreprises qui disposent encore de bilans solides, même si toutes ne présentent pas le même niveau de risque. Ils reflètent notamment la hausse générale des taux, mais aussi les besoins de financement considérables liés au développement de l'intelligence artificielle.

Les hyperscalers émettent en effet beaucoup de dette pour financer leurs data centers et leurs investissements dans l'IA. Les émissions de dette des grandes entreprises technologiques ont fortement augmenté en 2026, ce qui contribue aussi à modifier l'équilibre du marché obligataire.

Pour Hartnett, c'est donc précisément le moment où le marché commence à offrir une rémunération suffisamment importante pour que les obligations redeviennent difficiles à ignorer.

Cas pratique : l'obligation Meta 5,75 % 2063


Ceci n'est pas un conseil en investissement, mais un exemple illustratif.

Prenons un exemple concret : l'obligation Meta Platforms 5,75 % 2063, libellée en dollars et remboursable le 15 mai 2063. Son nominal est de 1 000 dollars, avec un coupon fixe de 5,75 % par an, versé en deux fois. Cela représente donc 57,50 dollars d'intérêts par an pour 1 000 dollars de nominal.

À un cours de 78,66, l'investisseur paie 78,66 % du nominal, soit 786,60 dollars pour une obligation de 1 000 dollars. À ce prix, le rendement à l'échéance est d'environ 7,5 % par an.

D'où vient ce rendement ?


Il faut distinguer deux éléments :

D'abord, le coupon. L'obligation verse 57,50 dollars par an pour 1 000 dollars de nominal. Comme elle est achetée 786,60 dollars, cela représente un rendement courant de : 57,50 ÷ 786,60 = 7,31 %

Ensuite, le remboursement à 100 %.
Si Meta rembourse bien l'obligation à sa valeur nominale en 2063, l'investisseur récupérera 1 000 dollars pour un titre acheté 786,60 dollars. Les 213,40 dollars de différence représentent un gain potentiel, étalé sur les années restantes.

C'est la combinaison des coupons et de ce gain potentiel qui explique le rendement à l'échéance d'environ 7,5 %. Ce calcul suppose notamment que l'obligation est conservée jusqu'à l'échéance, que Meta honore ses paiements

Et si les taux bougent ?


C'est ici que la maturité de 2063 devient importante. Plus une obligation est longue, plus son prix réagit fortement aux variations des taux.

C'est ce que mesure la duration : elle donne une approximation de la variation du prix d'une obligation lorsque son rendement évolue. Pour cette obligation, la duration est d'environ 12,4 ans. En première approximation, une hausse de 1 point du rendement peut donc faire baisser son prix d'environ 12 %, tandis qu'une baisse de 1 point peut le faire progresser d'un ordre de grandeur comparable. En réalité, l'effet n'est pas parfaitement symétrique en raison de la convexité.

En partant d'un prix de 78,66, on peut donc visualiser différents scénarios :

rendement oblig
Source : Saxo Banque - Estimations
Ces chiffres sont des ordres de grandeur, pas une prévision de cours. Ils permettent surtout de visualiser le mécanisme.

À cela s'ajoute le coupon annuel de 57,50 dollars pour 1 000 dollars de nominal. Sur un horizon d'un an, une baisse de 1 point du rendement pourrait ainsi produire un gain total de l'ordre de +21 %, en combinant la hausse du prix et le coupon. À l'inverse, une hausse de 1 point pourrait conduire à une performance de l'ordre de -4,5 %, avant frais, fiscalité et autres effets.

Cela illustre bien le double visage des obligations longues : le coupon procure un revenu élevé, mais le prix peut fortement varier lorsque les taux bougent.

Enfin, cette simulation ne prend pas en compte le risque de crédit de Meta ni le risque de change pour un investisseur en euros.

Ce qui pourrait maintenir les taux longs élevés


Le scénario de Hartnett n'est évidemment pas sans risque. Plusieurs facteurs pourraient maintenir les taux longs à des niveaux élevés.

D'abord, l'inflation et la Fed. L'inflation reste au-dessus de l'objectif de 2 % et la Fed pourrait maintenir une politique monétaire restrictive plus longtemps que prévu. Les marchés anticipent actuellement une pause en octobre, mais une nouvelle hausse en décembre reste envisagée.

Ensuite, les besoins de financement des États-Unis. Le déficit budgétaire oblige le Trésor à émettre massivement de la dette. Plus l'offre de titres est importante, plus les investisseurs peuvent exiger une rémunération élevée pour les absorber.

L'IA ajoute une pression supplémentaire. Les investissements massifs dans les data centers et les infrastructures poussent les grandes entreprises technologiques à émettre davantage de dette. Cela augmente l'offre d'obligations longues que le marché doit absorber.

Enfin, le pétrole et la géopolitique peuvent entretenir l'inflation. Avec un pétrole repassé au-dessus de 100 dollars le baril, un nouveau choc énergétique pourrait retarder les baisses de taux et maintenir la pression sur les rendements obligataires.

Un rendement élevé n'est donc pas un signal d'achat en soi : les taux peuvent encore monter. C'est tout le paradoxe du marché actuel : les obligations offrent enfin des rendements élevés, mais rien ne garantit que le point bas des prix soit déjà passé.

Conclusion


Les taux longs américains, autour de 5 à 6 %, peuvent-ils rester durablement à ces niveaux ?

Si oui, parce que l'inflation persiste, que l'offre de dette reste massive et que la Fed demeure ferme, les détenteurs d'obligations longues bénéficieront d'un revenu élevé, mais devront accepter des prix qui peuvent encore stagner ou reculer.

Si non, parce qu'un ralentissement économique ou un accident de crédit fait finalement baisser les taux, les prix actuels pourraient alors apparaître comme un point d'entrée particulièrement intéressant, comme le suggère Hartnett.

Personne ne connaît la réponse. Mais une chose a changé : après des années de rendements faibles, le marché obligataire offre de nouveau un revenu significatif.

C'est peut-être finalement cela, le véritable changement : les obligations ne sont plus seulement un actif défensif. À ces niveaux de rendement, elles redeviennent une classe d'actifs que les investisseurs ne peuvent plus ignorer.



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