Prévisions chocs
Prévisions "chocs" 2026
Saxo Group
Responsable de la stratégie des matières premières
L’argent connaît actuellement une forte accélération haussière, ravivant l’intérêt des investisseurs qui avaient déjà profité du rally de l’an dernier avant l’éclatement de la bulle fin janvier. Cette correction avait entraîné une chute d’environ 50 % jusqu’au mois de mars. Depuis, le métal a fortement rebondi, avec une nette accélération ces derniers jours : l’argent a gagné 15 % en une semaine, portant sa performance depuis le début de l’année à environ 20 %, tout en restant plus de 150 % au-dessus de son niveau d’il y a un an.
Le XAGUSD (argent face au dollar) a atteint aujourd’hui un plus haut de deux mois proche de 88 USD, poursuivant la hausse de 7 % enregistrée lundi, avant de réduire une partie de ses gains. Cette consolidation s’explique notamment par la remontée des prix du pétrole, qui a soutenu à la fois les taux obligataires et le dollar américain. Malgré ce repli partiel, le mouvement actuel améliore pour le moment la tendance technique à court terme : le franchissement de la zone de résistance des 82-83 USD a déclenché de nouveaux achats de la part des hedge funds et des investisseurs orientés « momentum », qui étaient restés plutôt prudents ces dernières semaines.
L’évolution récente reflète aussi le profil plus volatil de l’argent par rapport à l’or. L’argent a tendance à amplifier les mouvements du marché : il profite davantage des hausses grâce à son double rôle de valeur d’investissement et de métal industriel.
De son côté, l’or reste en phase de consolidation. Il n’a pas pleinement suivi la hausse de l’argent, notamment en raison de deux facteurs : la crainte que la hausse des prix de l’énergie retarde les baisses de taux d’intérêt, et l’appel récent du Premier ministre indien Narendra Modi à suspendre temporairement les achats d’or pendant un an afin de limiter la pression sur les réserves de change du pays et soutenir la roupie.
Ce contexte a contribué à faire baisser fortement le ratio or/argent, qui se situe désormais autour de 55, son plus bas niveau depuis début mars. Cela met en évidence la surperformance actuelle de l’argent. À titre de comparaison, ce ratio évoluait en moyenne autour de 70 sur les trois dernières décennies.
L’or reste cependant dans une phase de trading range (marché sans tendance forte), avec un support identifié vers 4 500 USD. À la hausse, la résistance se situe autour de la moyenne mobile à 50 jours près de 4 757 USD, puis à 4 850 USD.
Au-delà de la cassure technique, l’argent bénéficie aussi d’un fort soutien du côté des métaux industriels. Les contrats à terme sur le cuivre à New York et à Londres ont atteint de nouveaux records lundi, portés par une demande solide en Chine, une baisse marquée des stocks disponibles et des inquiétudes croissantes sur la capacité de production future.
En tant que métal clé de la transition énergétique, utilisé dans l’électrification, les énergies renouvelables, l’électronique, l’intelligence artificielle et l’industrie automobile, l’argent profite des mêmes tendances structurelles que le cuivre. Ces dernières semaines, les investisseurs ont davantage mis de côté les risques de ralentissement économique liés aux tensions au Moyen-Orient pour se concentrer sur la difficulté croissante à sécuriser l’approvisionnement en métaux stratégiques.
Les perturbations du commerce maritime dans le détroit d’Ormuz ont ajouté une couche d’incertitude supplémentaire à un marché déjà tendu. Même si l’argent n’est pas directement exporté depuis cette région, ces tensions font monter les coûts de l’énergie, du transport et du raffinage, ce qui renforce les pressions inflationnistes et les risques de pénurie sur l’ensemble des matières premières.
Sur le plan fondamental, l’argent reste également soutenu par un déficit annuel d’offre attendu, alors que la demande physique et financière reste solide, notamment en Chine où l’intérêt pour les métaux précieux et industriels demeure élevé malgré les inquiétudes sur la croissance économique. À noter que la production minière d’argent réagit lentement à la hausse des prix, car une grande partie de l’offre mondiale provient comme sous-produit de l’extraction du plomb, du zinc, du cuivre et de l’or.
Les perturbations actuelles du commerce via le détroit d’Ormuz ajoutent une nouvelle couche d’incertitude à un marché déjà tendu sur le plan de l’offre. Même si l’argent n’est pas directement lié aux exportations du Golfe, ces tensions ont entraîné une hausse des coûts de l’énergie, du transport et du raffinage dans de nombreuses chaînes d’approvisionnement. Cela renforce donc les inquiétudes sur l’inflation et la rareté des ressources.
D’un point de vue fondamental, l’argent reste également soutenu par un déficit d’offre annuel attendu, alors que la demande physique et financière reste solide, notamment en Chine où la consommation de métaux précieux et industriels demeure élevée malgré des inquiétudes sur la croissance économique. Il est important de noter que la production minière d’argent réagit lentement à la hausse des prix, car une grande partie de l’offre mondiale provient de l’extraction de métaux comme le plomb, le zinc, le cuivre ou encore l’or, et non de mines d’argent dédiées.
Malgré cette dynamique haussière, la situation comporte des risques à court terme. Après une hausse aussi rapide, le marché doit désormais confirmer que la cassure récente est durable, surtout compte tenu du caractère potentiellement spéculatif du mouvement. Tant que l’argent reste au-dessus de la zone des 82–83 USD, cela pourrait continuer à attirer des achats automatiques et des investisseurs suivant les tendances. En revanche, un retour sous ce niveau pourrait déclencher des ventes de la part des positions acheteuses récemment ouvertes.
Pour l’instant, l’argent semble avoir retrouvé une histoire porteuse, ce qui manquait plus tôt dans l’année : un marché soutenu à la fois par la demande en métal précieux, les incertitudes géopolitiques et, de plus en plus, par la demande industrielle structurelle, dans un contexte où la croissance de l’offre mondiale reste limitée.
Au-delà des évolutions sur l’or, les investisseurs continueront de surveiller de près les tensions au Moyen-Orient, en raison de leur impact sur le dollar, les taux obligataires et les anticipations d’inflation. Par ailleurs, la publication de l’indice des prix à la consommation (CPI) américain pour le mois d’avril pourrait apporter de nouveaux éléments à court terme. Le consensus anticipe un ralentissement de l’inflation globale à 3,3 % sur un an, tandis que l’inflation sous-jacente est attendue en légère hausse à 2,7 %.