Idée de trading - Indra sistemas
Indra Sistemas, désormais place à l’exécution
Après une première période de conquête et un début de consolidation du secteur de la défense, le champion national désigné par Madrid doit passer à l’exécution et prouver que sa valorisation est justifiée.
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L’Espagne n’est pas l’Allemagne en matière de dépenses de défense. Pour autant, comme tous les membres européens de l’Otan, elle s’est lancée dans la course au réarmement depuis deux ans. De l’autre côté des Pyrénées, le schéma s’appuie aussi sur une hausse des budgets militaires et sur la remobilisation de son industrie. « L’Espagne voulait développer son industrie de défense et avait besoin de champions dans les différents domaines : dans le naval, il y avait Navantia, dans l’aérien, Airbus Espagne, et Indra Sistemas est devenu le champion national du terrestre et du spatial. Son histoire est celle d’un changement de profil très rapide », explique Pierre Le Treize, analyste financier chez Moneta AM.
D’ESN aux blindés
Cette transformation a été rendue possible par des acquisitions et particulièrement par le gain de très nombreux contrats auprès de l’Etat. Le groupe madrilène a très largement bénéficié de la montée en puissance des programmes spéciaux de modernisation (PEM), y compris de contrats pourtant promis à des concurrents espagnols. En 2025, il a ainsi signé pour 13,8 milliards d’euros de contrats pour des véhicules terrestres, des radars, des satellites, des drones, de la cyberdéfense, et a reçu 1,6 milliard d’euros de prépaiements au premier semestre 2026.
La société, auparavant connue pour être la première entreprise de services du numérique (ESN) du pays, réalisait, fin juin, plus de la moitié de son résultat d’exploitation dans la défense, pour un tiers de ses revenus et près de 60 % de son carnet de commandes. Les services informatiques, Minsait, pesaient 48 % du chiffre d’affaires, avec presque 75 % des salariés du groupe, mais pour 28 % seulement de l’Ebit. A cela s’ajoutent l’espace (6 % du chiffre d’affaires et 1 % de l’Ebit) depuis le rachat de l’opérateur de satellites civils Hispasat et de sa filiale militaire Hisdesat en 2025, la gestion du trafic aérien (ATM) et l’électronique pour le ferroviaire (Mobility), des activités historiques. Surtout, Indra affichait un carnet de commandes de 20,5 milliards d’euros (doublé en un an), dont 11,7 milliards pour la défense et 2,8 milliards pour l’espace.
Pas de cession des services informatiques
Mais comme pour les autres groupes de la défense, la question est celle de l’exécution des contrats. « La société se situe maintenant dans un entre-deux, avec un important carnet, une belle visibilité. Avoir les commandes était le premier pas important, mais l’enjeu est maintenant industriel. Or quand on a été un électronicien, qu’on n’a jamais fabriqué de véhicules blindés, ce n’est pas si évident, le risque n’est donc pas nul », juge Pierre Le Treize, même si « pour l’instant il n’y a aucun signal négatif », poursuit l’analyste.
S’il a été un temps question de se séparer de Minsait, la préoccupation sociale a sans doute prévalu - le gouvernement espagnol est le premier actionnaire du groupe avec 28 % du capital - et une partie des activités liées aux logiciels, à l’intelligence artificielle (IA) et à la cyber ont été regroupées dans une entité baptisée IndraMind, considérée comme une activité essentielle. Pour Aneeka Gupta, directrice de la recherche chez WisdomTree, « le poids des services traditionnels sur la valorisation [de l’action] n’en est pas moins réel et quantifiable. Une sortie complète de Minsait est perçue par le marché comme un catalyseur de hausse plutôt que comme une nécessité. »
Le groupe vise, cette année, 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires (le double de 2021) et plus de 700 millions d’Ebit (la marge passerait de 7,5 % à 10 %). A moyen terme, cependant, les perspectives sont moins claires, « le marché connaît les grandes lignes stratégiques : le groupe veut se développer dans le terrestre, dans les munitions, le spatial, et il veut renforcer sa plateforme d’IA. Mais on ne sait pas exactement où il veut aller en matière d’objectifs », estime l’analyste de Moneta AM. Côté valorisation, pour Aneeka Gupta, « le titre a surperformé, mais il partait d’une décote et n’en a comblé qu’une partie - il s’agit d’une revalorisation, passant de bon marché à raisonnable, et non à cher ».
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