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Repli des valeurs de l’IA, inflation toujours élevée… que peuvent faire les investisseurs ?

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Points clés :

  • Les bonnes nouvelles ne suffisent plus. La demande liée à l’IA reste solide, mais les valorisations, le coût du financement et la rentabilité des investissements prennent une importance croissante.
  • Les risques de crédit liés à l’IA sont sous surveillance. La chute des obligations de CoreWeave met en lumière les inquiétudes liées à l’expansion des infrastructures financée par la dette, même si toutes les entreprises de l’IA ne sont pas exposées aux mêmes risques.
  • Les marchés hésitent entre craintes inflationnistes et inquiétudes sur la croissance. Les marchés anticipent toujours un nouveau resserrement monétaire de la Fed en décembre, mais le ralentissement économique pèse de plus en plus dans la balance.
  • Les résultats des entreprises et l’équilibre des portefeuilles comptent. Les investisseurs ont intérêt à privilégier les flux de trésorerie, la discipline dans les investissements et la diversification plutôt qu’à renoncer aux grandes tendances de croissance à long terme.


1. Les entreprises de l’IA enchaînent les bonnes nouvelles. Pourquoi les actions continuent-elles de baisser ?

Ces dernières semaines, le secteur de l’IA a publié des chiffres particulièrement impressionnants.

  • Micron : le chiffre d’affaires du quatrième trimestre de son exercice fiscal a bondi à 54,2 milliards de dollars, contre 11,3 milliards un an plus tôt, porté par une demande exceptionnelle de mémoire.
  • TSMC : le chiffre d’affaires de septembre a progressé de 54,6 % sur un an, confirmant la vigueur persistante de la demande de semi-conducteurs.
  • Samsung : selon les premières estimations, le bénéfice opérationnel du troisième trimestre a presque été multiplié par neuf sur un an, sans toutefois atteindre des attentes particulièrement élevées.
  • ASML : le groupe a relevé ses prévisions de ventes annuelles, alors que ses clients prévoient des commandes d’équipements qui s’étendent jusqu’en 2029 et 2030.
  • Anthropic : l’entreprise a annoncé un chiffre d’affaires de 16,8 milliards de dollars au troisième trimestre, soit une hausse d’environ 45 % par rapport au trimestre précédent.
  • Oracle : les revenus de ses infrastructures cloud ont augmenté de 121 % sur un an, signe d’une accélération de la demande en puissance de calcul pour l’IA.

Ces chiffres sont loin de laisser présager un effondrement du secteur de l’IA. Pourtant, les valeurs technologiques peinent à prolonger leur hausse.

Le problème n’est pas la disparition de la demande. Les investisseurs se demandent de plus en plus quelle part de la croissance future est déjà intégrée dans les cours, comment l’expansion est financée et quand ces investissements commenceront à générer des rendements suffisants.

Cette évolution correspond au scénario que nous avions envisagé dans nos perspectives pour le quatrième trimestre, « Perspectives Q4 : soyez plus exigeant », où nous soulignions le rôle croissant du coût du capital dans la dynamique boursière liée à l’IA.

Pendant une grande partie de la hausse, l’accélération des investissements dans l’IA suffisait à tirer vers le haut presque toutes les valeurs associées à cette tendance. Désormais, les marchés se montrent plus exigeants sur la rentabilité, le financement et la discipline en matière d’investissement.

 

2. Que se passe-t-il chez CoreWeave et pourquoi ses obligations sont-elles sous pression ?

CoreWeave est devenu l’un des signaux d’alerte les plus nets sur le marché du financement de l’IA.

Le rendement de certaines obligations de ce fournisseur spécialisé de services cloud pour l’IA a grimpé jusqu’à avoisiner 15 %, signe que les investisseurs exigent une rémunération nettement plus élevée pour prendre le risque de crédit.

Le problème tient aux sommes colossales qu’exige la construction d’infrastructures dédiées à l’IA : processeurs graphiques (GPU), centres de données, réseaux et systèmes d’alimentation électrique. Or, les revenus nécessaires pour justifier ces investissements peuvent mettre des années à se concrétiser.

CoreWeave a largement eu recours à la dette pour financer son expansion rapide, ce qui l’expose davantage à la hausse des coûts de financement et aux risques liés au refinancement.

Les principales difficultés sont les suivantes :

  • Un coût d’emprunt élevé : les nouveaux financements deviennent plus chers, ce qui risque de réduire la rentabilité des investissements dans les infrastructures.
  • La dépréciation des GPU : les progrès technologiques rapides pourraient faire baisser la valeur économique des équipements existants qui servent de garantie aux prêts.
  • La concentration de la clientèle : la dépendance à l’égard de quelques grands clients du secteur de l’IA crée un risque si leurs dépenses ou les conditions de leurs contrats évoluent.
  • Le décalage des flux de trésorerie : les infrastructures doivent être financées dès le départ, alors que les revenus prévus par les contrats sont perçus sur plusieurs années.

CoreWeave a contesté les inquiétudes concernant sa situation financière. Son directeur général, Mike Intrator, estime que les marchés comprennent mal son modèle économique et souligne que son carnet de revenus contractuels atteint environ 104 milliards de dollars.

Les engagements à long terme de ses clients offrent une bonne visibilité sur les revenus futurs, et des rendements obligataires élevés ne signifient pas nécessairement qu’un défaut de paiement est imminent.

Il n’en reste pas moins que la réévaluation de la dette de CoreWeave montre que les investisseurs sont de moins en moins disposés à financer à n’importe quel prix l’expansion des infrastructures dédiées à l’IA.

 

3. Des risques de financement similaires pourraient-ils apparaître ailleurs dans le secteur de l’IA ?

Oui, même s’il faut distinguer les entreprises réellement confrontées à des difficultés de financement de celles dont la principale vulnérabilité tient à des valorisations élevées.

Plusieurs segments de l’écosystème de l’IA méritent une attention particulière.

Segment

Exemples

Points à surveiller

Nouveaux fournisseurs cloud spécialisés dans l’IA

CoreWeave, Nebius

Coût de l’emprunt, dépréciation des GPU, concentration de la clientèle

Développeurs de centres de données

Applied Digital

Financement de la construction, délais avant la génération de trésorerie

Entreprises de la crypto reconverties dans les infrastructures d’IA

IREN, Core Scientific

Engagements d’investissement importants, exécution des projets

Fournisseurs cloud établis

Oracle, IBM

Intensité des dépenses d’investissement, flux de trésorerie disponibles, rentabilité des investissements

Fournisseurs d’infrastructures pour l’IA

Semi-conducteurs, mémoire, composants optiques, équipements réseau

Valorisations et dépendance à la poursuite des dépenses dans l’IA

Ces entreprises ne présentent pas toutes le même niveau de risque de crédit.

Les grands groupes technologiques disposent généralement de bilans plus solides, de revenus plus diversifiés et d’une plus grande capacité à financer leurs investissements sur leurs ressources propres. Certains fournisseurs d’infrastructures de plus petite taille possèdent également des réserves de trésorerie importantes et des financements déjà sécurisés.

L’écosystème de l’IA est toutefois de plus en plus interdépendant. Les fournisseurs d’infrastructures dépendent de leurs financements et de contrats conclus avec de grands clients, tandis que les fabricants d’équipements ont besoin que leurs clients continuent d’accroître leurs capacités.

Si la hausse des coûts d’emprunt finit par contraindre certains fournisseurs d’infrastructures à ralentir leurs investissements, les répercussions pourraient se propager à l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement.

À ce stade, rien ne permet d’affirmer qu’une crise systémique du crédit liée à l’IA se profile. Mais le modèle de financement qui sous-tend l’essor des infrastructures fait l’objet d’un examen de plus en plus attentif.

Les investisseurs doivent donc apprendre à distinguer la vigueur de la demande, la solidité du financement et l’attractivité des valorisations. Ces trois éléments ne vont pas nécessairement de pair.

 

4. Pourquoi les rendements des bons du Trésor américain et le dollar reculent-ils malgré une inflation élevée aux États-Unis ?

En septembre, l’inflation américaine a dépassé les attentes : l’indice des prix à la consommation (CPI) global a accéléré à 3,7 % sur un an, tandis que l’inflation sous-jacente a atteint 2,6 %.

La première réaction a été prévisible : les rendements des bons du Trésor américain et le dollar ont progressé, les investisseurs anticipant davantage une nouvelle hausse des taux de la Fed.

Mais le repli qui a suivi des rendements obligataires, accompagné de phases de faiblesse du dollar et d’un raffermissement du yen et du franc suisse, traduit l’émergence d’une autre inquiétude.

Les marchés commencent à craindre que la Fed doive durcir sa politique monétaire au moment même où l’économie américaine perd de son élan.

Trois facteurs permettent de comprendre ce changement :

  • Les craintes sur la croissance rivalisent avec les inquiétudes inflationnistes. La hausse du coût du crédit pourrait freiner la consommation, l’emploi et l’investissement des entreprises.
  • Les bons du Trésor retrouvent leur attrait de valeur refuge. La baisse des marchés actions incite les investisseurs à se tourner vers les obligations d’État, ce qui fait reculer les rendements malgré les risques inflationnistes.
  • Les marchés des changes réagissent davantage aux perspectives de croissance. La baisse des rendements américains peut peser sur le dollar, tandis que le yen et le franc suisse profitent des flux vers les actifs défensifs.

Cette évolution pourrait marquer un tournant important dans le comportement des marchés.

Au début de la correction, la hausse des rendements obligataires pesait elle-même sur les actions. Désormais, les phases de baisse des rendements accompagnées d’un repli des marchés actions suggèrent que les investisseurs s’inquiètent aussi des perspectives de croissance.

Pour autant, une hausse durable des prix des bons du Trésor n’est pas acquise. Une inflation persistante, les risques budgétaires et les besoins élevés de financement de l’État pourraient maintenir les rendements à long terme à des niveaux élevés.

Le marché est pris entre deux risques : une inflation qui oblige la Fed à maintenir une politique restrictive et un ralentissement économique qui rendrait tout nouveau resserrement plus risqué.

 

5. La Fed relèvera-t-elle encore ses taux en octobre ou en décembre ?

Les marchés continuent d’anticiper une nouvelle hausse des taux de la Fed en décembre, mais les perspectives dépendent de plus en plus des prochaines données économiques.

Les derniers chiffres de l’inflation plaident en faveur du maintien d’une politique monétaire restrictive. Toutefois, les signes de ralentissement de l’économie pourraient compliquer la décision, notamment si l’emploi et les dépenses des ménages commencent à faiblir.

Trois scénarios sont à envisager :

Scénario

Réaction possible de la Fed

Conséquences possibles pour les marchés

L’inflation reste élevée et la croissance résiste

Une hausse des taux en décembre reste probable, avec la possibilité d’un resserrement supplémentaire

Pression sur les valorisations, les obligations à longue duration et les entreprises endettées

L’inflation ralentit et la croissance fléchit progressivement

La Fed pourrait reporter un nouveau resserrement

Un répit possible pour les actions et les obligations

La croissance se dégrade fortement alors que l’inflation reste élevée

Un arbitrage difficile entre maîtrise de l’inflation et préservation de l’emploi

Une volatilité accrue, les craintes de récession prenant le dessus

Pour l’instant, les marchés n’anticipent pas de baisse des taux à court terme. Le débat porte de plus en plus sur le calendrier et l’ampleur d’un éventuel resserrement supplémentaire, plutôt que sur la date d’un assouplissement monétaire.

Les principaux indicateurs à surveiller seront l’emploi, les dépenses des ménages, l’investissement des entreprises et l’éventuelle diffusion des tensions inflationnistes à un plus grand nombre de secteurs.

Des perspectives de croissance moins favorables pourraient réduire les anticipations de nouvelles hausses de taux. Cela ne serait toutefois pas automatiquement positif pour les actions si les bénéfices des entreprises venaient eux aussi à se dégrader.

 

6. Que nous apprennent les résultats des banques américaines sur l’économie ?

Les premiers résultats des grandes banques américaines suggèrent que l’économie reste résistante, même si la hausse des taux et la volatilité des marchés obligataires mettent certains segments du système financier sous pression.

Trois tendances se dégagent :

  • Les activités de négociation d’actions restent dynamiques. Goldman Sachs a annoncé une hausse de 72 % sur un an de ses revenus liés au courtage et à la négociation d’actions, tandis que JPMorgan et Morgan Stanley ont enregistré des progressions respectives de 49 % et 41 %.
  • Les activités de négociation sur les marchés obligataires sont moins bien orientées. Les revenus issus des obligations, des devises et des matières premières ont reculé dans plusieurs grandes banques, dans un contexte difficile sur les marchés obligataires.
  • La hausse des taux a des effets contradictoires. Les revenus du crédit ont profité à certaines banques, mais la hausse des coûts de financement, les moins-values sur les portefeuilles obligataires et un possible ralentissement de la demande de prêts pourraient devenir des difficultés plus importantes.

Les dépenses des ménages et l’activité de crédit restent relativement solides, ce qui suggère que l’économie ne présente pas encore de signes généralisés de récession.

Les revenus élevés tirés des activités de marché pourraient toutefois être difficiles à maintenir indéfiniment, tandis que la hausse des taux pourrait finir par peser sur la demande de crédit et la qualité des actifs.

Pour l’ensemble de la saison des résultats, le principal enseignement est que des bénéfices globalement solides peuvent masquer des écarts croissants dans les performances réelles des entreprises.

Les investisseurs ont intérêt à examiner de près la qualité des revenus, les marges, les coûts de financement et les perspectives communiquées par les entreprises, plutôt que de se limiter à vérifier si elles dépassent les attentes en matière de bénéfices.

 

7. À quoi faut-il s’attendre pour les résultats du troisième trimestre des géants de la tech ?

Cette saison des résultats pourrait compter parmi les plus importantes pour les valeurs liées à l’IA.

Les derniers résultats des fabricants de semi-conducteurs confirment la vigueur de la demande sous-jacente liée à l’IA. Reste à savoir si les grands groupes technologiques parviendront à démontrer que ces investissements se traduisent par des bénéfices et des flux de trésorerie durables.

Cinq points méritent une attention particulière :

1. Croissance du cloud et monétisation de l’IA

Microsoft, Alphabet et Amazon donneront des indications précieuses sur l’adoption de l’IA par les entreprises et sur la demande de services cloud.

Une forte croissance du cloud conforterait les perspectives de demande à long terme. Les investisseurs voudront toutefois comprendre à quelle vitesse les services d’IA contribuent au chiffre d’affaires et aux marges.

2. Prévisions de dépenses d’investissement

Des engagements d’investissement plus élevés pourraient soutenir les fabricants de semi-conducteurs et d’équipements, mais raviver les interrogations sur la rentabilité de ces dépenses.

Les marchés pourraient réagir particulièrement mal à une nouvelle forte hausse des investissements si les entreprises ne fournissent pas de preuves plus concrètes des retombées financières attendues.

3. Flux de trésorerie disponibles et marges

Les amortissements, les coûts de l’énergie et les dépenses d’infrastructure pourraient rogner une partie des bénéfices liés à la forte croissance des revenus de l’IA.

Il restera important de distinguer les entreprises capables de financer leur expansion grâce à la trésorerie générée par leur activité de celles qui dépendent de plus en plus de financements externes.

4. L’adoption de l’IA au-delà des infrastructures

Les investisseurs chercheront des signes montrant que l’IA génère des revenus ou des gains de productivité dans les logiciels, la publicité, les services numériques et les applications destinées aux entreprises.

Ces évolutions pourraient élargir les perspectives de croissance liées à l’IA au-delà des puces et des centres de données.

5. Prévisions et discipline financière

Les attentes étant élevées, les perspectives communiquées par les entreprises pourraient compter davantage que des résultats supérieurs aux prévisions.

Les entreprises qui démontrent une meilleure utilisation de leurs capacités, un pouvoir de fixation des prix et une gestion rigoureuse de leurs investissements pourraient être mieux accueillies par les marchés que celles qui se contentent d’annoncer des dépenses toujours plus importantes.

Le scénario le plus favorable serait une demande toujours forte pour l’IA, accompagnée d’une amélioration des flux de trésorerie et de preuves plus claires de la rentabilité des investissements.

À l’inverse, d’excellents résultats en matière de chiffre d’affaires pourraient décevoir si les entreprises annoncent parallèlement une forte augmentation de leurs dépenses d’investissement.

Calendrier des résultats des « Sept Magnifiques » — troisième trimestre 2026

Entreprise

Date de publication

Points à surveiller

Tesla (TSLA)

21 oct.

Marges sur les véhicules électriques après la hausse des livraisons ; avancées des robotaxis et du robot Optimus ; investissements dans l’IA au regard des flux de trésorerie disponibles

Meta (META)

21 oct.

Monétisation de l’IA dans la publicité ; adoption de Muse ; perspectives d’investissement pour 2027 et rentabilité des dépenses d’infrastructure

Microsoft (MSFT)

28 oct.

Progression de l’IA dans Azure et contraintes de capacité ; monétisation de Copilot ; dépenses d’investissement au regard des flux de trésorerie disponibles

Alphabet (GOOGL)

28 oct.

Croissance et marges de Google Cloud ; effets de l’IA sur la recherche ; investissements dans les TPU et prévisions de dépenses pour 2027

Amazon (AMZN)

29 oct. (estimé)

Croissance de l’IA dans AWS ; dépenses d’infrastructure ; marges du commerce de détail et flux de trésorerie disponibles

Apple (AAPL)

2 nov.

Demande pour l’iPhone 18 ; ventes en Chine ; marges des services ; monétisation d’Apple Intelligence avec des dépenses d’investissement relativement limitées

Nvidia (NVDA)

18 nov. (estimé)

Demande pour Blackwell et Rubin ; commandes des hyperscalers et des nouveaux fournisseurs cloud spécialisés dans l’IA ; marges brutes ; restrictions à l’exportation et risques de financement des clients

 

8. La correction des valeurs de l’IA pourrait-elle s’étendre à l’ensemble du marché actions ?

Ce risque devient important compte tenu de la forte concentration de la hausse des actions américaines.

Un groupe relativement restreint d’entreprises technologiques représente désormais une part considérable des grands indices boursiers américains et mondiaux. La baisse des valeurs liées à l’IA peut donc entraîner l’ensemble du marché à la baisse, même si les résultats des autres secteurs restent solides.

Trois mécanismes pourraient transmettre cette correction au reste du marché :

  • La concentration des indices : la baisse des grandes valeurs technologiques peut peser de manière disproportionnée sur le S&P 500 et les grands indices boursiers mondiaux.
  • La réduction du risque dans les portefeuilles : les investisseurs qui subissent des pertes sur des positions technologiques très prisées pourraient réduire leur exposition à d’autres secteurs, accentuant la pression vendeuse même sur des entreprises aux fondamentaux solides.
  • Les répercussions économiques : si la hausse des coûts de financement finit par freiner les investissements dans les infrastructures d’IA, les effets pourraient se propager aux fabricants de semi-conducteurs, aux producteurs d’équipements industriels, aux infrastructures électriques et au secteur de la construction.

Une correction de l’IA ne débouche toutefois pas nécessairement sur un marché baissier généralisé.

Si les bénéfices des entreprises résistent et que la croissance économique se maintient, les investisseurs pourraient se tourner vers d’autres secteurs, notamment la santé, certaines valeurs financières, l’industrie et les entreprises dont les valorisations sont plus raisonnables.

La distinction essentielle est celle entre contagion et rotation sectorielle. Un marché où les valeurs de l’IA corrigent tandis que d’autres secteurs prennent le relais pourrait, à terme, être plus sain qu’un marché qui dépend toujours d’une poignée d’entreprises.

Les investisseurs doivent surveiller l’évolution de la largeur du marché : les autres secteurs commencent-ils à progresser malgré le recul de la technologie, ou la pression vendeuse gagne-t-elle progressivement l’ensemble du marché ?

 

9. Les obligations d’État peuvent-elles encore protéger les portefeuilles en cas de baisse des actions ?

Pendant une grande partie de la récente correction provoquée par l’inflation, les actions et les obligations ont baissé de concert. La hausse des rendements a pesé sur les valorisations des valeurs technologiques tout en faisant reculer les prix des obligations, réduisant ainsi les avantages de diversification des portefeuilles traditionnels composés d’actions et d’obligations.

Les derniers mouvements de marché laissent toutefois penser que cette relation pourrait évoluer.

Malgré une inflation américaine plus forte que prévu, les rendements des bons du Trésor ont reculé avec les marchés actions, les investisseurs s’inquiétant davantage du ralentissement économique et du risque que la Fed resserre trop fortement sa politique monétaire.

Les obligations d’État pourraient ainsi retrouver une partie de leur rôle traditionnel de valeur refuge.

Tout dépend de la cause de la baisse des marchés :

  • Un choc inflationniste : si l’inflation reste élevée et que les marchés anticipent de nouvelles hausses de taux, les actions comme les obligations à longue duration pourraient reculer.
  • Un choc de croissance : si l’activité économique se dégrade fortement, les obligations d’État de grande qualité pourraient profiter de la recherche de valeurs refuges et de la baisse des anticipations de taux d’intérêt.
  • La stagflation : si l’inflation reste élevée alors que la croissance se dégrade, les obligations pourraient offrir une protection moins fiable, en particulier sur les échéances longues.

Le retour d’une corrélation négative entre actions et obligations serait favorable aux portefeuilles diversifiés, mais rien ne garantit qu’elle se maintienne.

Pour les investisseurs, cela plaide en faveur d’une gestion plus mesurée de la duration, plutôt que de partir du principe que les obligations d’État à long terme compenseront toujours les pertes sur les actions.

 

10. Les actions américaines peuvent-elles continuer de progresser ou le marché a-t-il épuisé son potentiel de hausse ?

Nous restons favorables aux actions à moyen terme, mais la barre est désormais plus haute pour que les marchés poursuivent leur progression.

Plusieurs facteurs continuent de soutenir les marchés :

  • Les bénéfices des entreprises restent relativement solides.
  • L’IA continue de stimuler la demande dans les secteurs technologiques et les infrastructures.
  • Une croissance des bénéfices plus largement répartie, au-delà des plus grandes entreprises technologiques, pourrait favoriser une hausse plus diversifiée du marché.

Mais des valorisations élevées, une inflation persistante, des coûts de financement plus importants et les inquiétudes sur la croissance économique réduisent la marge d’erreur.

Trois scénarios méritent d’être envisagés.

Scénario

Conséquences possibles pour les marchés actions

L’inflation ralentit et la croissance résiste

Reprise des actions, avec une participation potentiellement plus large des différents secteurs

L’inflation reste élevée tandis que la croissance ralentit modérément

Volatilité accrue et écarts de performance plus marqués entre les entreprises

La croissance se dégrade fortement ou les tensions sur le crédit s’étendent

Révisions à la baisse des bénéfices et corrections potentiellement plus prononcées des marchés actions

Une correction ne signifie pas nécessairement que le marché haussier est terminé.

La prochaine phase dépendra toutefois peut-être moins de nouvelles hausses des valorisations que de la capacité des entreprises à tenir leurs promesses en matière de bénéfices, de leur solidité financière et d’une participation plus large des différents secteurs.

Les investisseurs doivent également garder à l’esprit le risque de concentration. Détenir des ETF d’actions américaines, des fonds indiciels mondiaux et des actions technologiques en direct peut conduire à une forte exposition cumulée aux mêmes grandes entreprises de l’IA.

Les opportunités sur les marchés actions n’ont pas disparu, mais la marge d’erreur s’est réduite.

 

11. Que peuvent envisager les investisseurs pour leurs portefeuilles dans le contexte actuel ?

La situation actuelle ne justifie pas nécessairement de se désengager des actions ou du secteur de l’IA. Mais, entre les risques liés à l’inflation et ceux qui pèsent sur la croissance, les portefeuilles gagneraient à être mieux équilibrés.

Quatre pistes méritent d’être étudiées.

Obligations : renforcer la protection contre un ralentissement économique

Les obligations d’État de grande qualité pourraient profiter d’une demande accrue pour les valeurs refuges si la croissance économique faiblit.

Les obligations à courte duration offrent des revenus avec une sensibilité relativement limitée aux variations de taux. Une exposition sélective aux échéances intermédiaires pourrait, quant à elle, apporter une meilleure protection si les rendements baissent en cas de ralentissement économique.

Une inflation persistante, les inquiétudes budgétaires et les émissions importantes de bons du Trésor pourraient néanmoins limiter les gains, surtout sur les échéances les plus longues.

Actions de qualité : rester exposé à l’IA, sans se limiter aux infrastructures

La prochaine phase du développement de l’IA pourrait favoriser les entreprises financièrement solides, capables de monétiser leurs technologies, plutôt que celles qui misent sur une expansion agressive de leurs investissements.

Certains modèles économiques permettent de profiter de l’essor de l’IA sans supporter nécessairement les mêmes besoins de financement des infrastructures :

  • Les plateformes peu gourmandes en capital : l’écosystème d’appareils et de services d’Apple offre une exposition à l’IA qui nécessite relativement peu de capitaux, même si sa valorisation reste un élément à prendre en compte.
  • Les entreprises technologiques chinoises : des plateformes comme Tencent permettent de miser sur l’adoption de l’IA en s’appuyant sur des activités numériques déjà établies, tandis que les modèles moins coûteux offrent une autre perspective de croissance.
  • Les logiciels d’entreprise et la cybersécurité : l’adoption de l’IA pourrait stimuler la demande en automatisation, en outils de productivité et en sécurité numérique.
  • Les entreprises qui profitent des gains de productivité liés à l’IA : les services financiers, la santé et l’industrie pourraient améliorer leur efficacité sans devoir investir dans des infrastructures de la même ampleur.

Dans tous ces segments, la solidité du bilan, la capacité à générer durablement de la trésorerie et des valorisations raisonnables restent essentielles.

Actifs réels : se protéger de l’inflation et profiter des tendances de fond

L’or peut contribuer à diversifier un portefeuille face aux incertitudes géopolitiques et budgétaires. Le cuivre, certains métaux industriels et les infrastructures énergétiques bénéficient quant à eux de tendances de fond liées à l’électrification, aux centres de données et à la hausse de la demande d’électricité.

Ces placements présentent toutefois des risques différents. L’or peut pâtir de la hausse des rendements réels, tandis que les matières premières industrielles restent vulnérables à un ralentissement de la croissance économique.

Valeurs défensives à potentiel de croissance : la santé en première ligne

Le secteur de la santé associe une demande relativement résistante à des moteurs de croissance de long terme, comme le vieillissement de la population, les progrès médicaux et l’augmentation des besoins en soins.

Il permet également de diversifier les investissements en s’éloignant des positions très prisées dans les infrastructures d’IA, même si les risques réglementaires, la pression sur les prix des médicaments et les risques propres à chaque entreprise restent à prendre en compte.

L’objectif n’est pas de prédire un scénario de marché unique, mais d’éviter que l’ensemble du portefeuille dépende de sa réalisation.

 

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