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Le secteur de l’IA a publié des chiffres remarquables ces dernières semaines.
Ces chiffres sont loin de signaler un effondrement de l’industrie de l’IA. Pourtant, les valeurs technologiques peinent à poursuivre leur progression.
Le problème n’est pas que la demande a disparu. Les investisseurs se demandent de plus en plus quelle part de la croissance future est déjà intégrée dans les valorisations, comment cette expansion est financée et quand ces investissements dégageront un rendement suffisant.
Pendant une grande partie de la hausse, la perspective d’investissements croissants dans l’IA suffisait à faire monter presque toutes les valeurs liées à cette thématique. Aujourd’hui, les marchés se montrent plus exigeants et examinent de plus près la rentabilité, le financement et la discipline d’investissement.
CoreWeave est devenu l’un des signaux d’alerte les plus manifestes sur le marché du financement de l’IA.
Le rendement de certaines obligations de ce fournisseur de cloud spécialisé dans l’IA a grimpé à près de 15 %, ce qui indique que les investisseurs exigent une rémunération nettement plus élevée pour le risque de crédit.
Ces inquiétudes tiennent au fait que les infrastructures d’IA nécessitent d’énormes investissements initiaux dans les GPU, les centres de données, les réseaux et les systèmes énergétiques, alors que les revenus censés justifier ces dépenses pourraient ne se matérialiser que plusieurs années plus tard.
CoreWeave a largement eu recours à l’endettement pour financer son expansion rapide, ce qui le rend plus sensible à la hausse des coûts de financement et aux risques de refinancement.
Les principaux défis sont notamment les suivants :
CoreWeave a contesté les inquiétudes concernant sa situation financière. Son directeur général, Mike Intrator, estime que le marché comprend mal son modèle économique et met en avant un carnet de commandes contractuel d’environ 104 milliards de dollars.
Les engagements à long terme des clients offrent une visibilité importante sur les revenus futurs, et des rendements obligataires élevés ne signifient pas nécessairement qu’un défaut de paiement est imminent.
La réévaluation de la dette de CoreWeave suggère néanmoins que les investisseurs sont de moins en moins disposés à financer la croissance des infrastructures d’IA à n’importe quel prix.
Oui, même s’il importe de distinguer les entreprises qui subissent réellement des tensions de financement de celles dont la principale vulnérabilité réside dans des valorisations élevées.
Plusieurs segments de l’écosystème de l’IA méritent une attention particulière.
Segment | Exemples | Points à surveiller |
Neoclouds | CoreWeave, Nebius | Coûts de financement, dépréciation des GPU, concentration de la clientèle |
Développeurs de centres de données | Applied Digital | Financement des projets de construction, génération différée de flux de trésorerie |
De la crypto aux infrastructures d’IA | IREN, Core Scientific | Engagements importants en matière d’expansion, exécution des projets |
Fournisseurs de cloud établis | Oracle, IBM | Dépenses d’investissement, flux de trésorerie disponible, retour sur investissement |
Fournisseurs d’infrastructures d’IA | Semi-conducteurs, puces mémoire, composants optiques, réseaux | Valorisations et dépendance à la poursuite des dépenses dans l’IA |
Ces risques ne sont pas tous équivalents du point de vue du crédit.
Les grandes entreprises technologiques disposent généralement de bilans plus solides, de sources de revenus plus diversifiées et d’une plus grande capacité à autofinancer leurs investissements. Certains acteurs de plus petite taille dans les infrastructures disposent également de réserves de trésorerie importantes et de financements déjà engagés.
L’écosystème de l’IA devient néanmoins de plus en plus interconnecté. Les entreprises d’infrastructure dépendent des financements et de contrats avec de grands clients, tandis que les équipementiers dépendent de clients qui continuent d’accroître leurs capacités.
Si la hausse des coûts de financement finit par contraindre certains acteurs des infrastructures à ralentir leurs investissements, les répercussions pourraient se propager à l’ensemble de la chaîne de valeur.
À ce stade, les éléments disponibles ne suffisent pas à conclure à une crise systémique du crédit dans l’IA. Mais le modèle de financement qui sous-tend l’essor des infrastructures fait l’objet d’un examen de plus en plus critique.
Les investisseurs ont intérêt à distinguer clairement une demande soutenue, un financement viable et des valorisations attrayantes. Ces trois éléments ne vont pas nécessairement de pair.
L’inflation américaine a dépassé les attentes en septembre. L’inflation globale mesurée par l’indice des prix à la consommation (CPI) a accéléré à 3,7 % sur un an, tandis que l’inflation sous-jacente s’est établie à 2,6 %.
La première réaction des marchés était prévisible : les rendements des obligations d’État américaines et le dollar ont progressé, les investisseurs ayant revu à la hausse leurs anticipations d’un nouveau relèvement des taux de la Fed.
Mais le repli ultérieur des rendements obligataires, conjugué à des épisodes de faiblesse du dollar et de vigueur du yen japonais et du franc suisse, révèle une autre inquiétude.
Le marché commence à craindre que la Fed doive encore durcir sa politique au moment même où l’économie américaine perd de son élan.
Trois facteurs permettent d’expliquer ce changement :
Il pourrait s’agir d’un changement important dans le comportement des marchés.
Lors des corrections précédentes, la hausse des rendements obligataires constituait elle-même une source majeure de pression sur les actions. Désormais, les épisodes de baisse simultanée des actions et des rendements obligataires suggèrent que les investisseurs s’inquiètent aussi de la croissance économique.
Une hausse durable des cours des obligations d’État n’est toutefois pas garantie. Une inflation persistante, les risques budgétaires et des emprunts publics importants peuvent maintenir les taux à long terme à des niveaux élevés.
Le marché est pris entre deux risques : une inflation qui contraint la Fed à maintenir une politique restrictive, et une croissance plus faible qui rend tout nouveau durcissement plus risqué.
Les marchés anticipent toujours une hausse des taux de la Fed en décembre, mais les perspectives dépendent de plus en plus des nouvelles données sur la croissance.
Le dernier rapport sur l’inflation plaide en faveur du maintien d’une politique monétaire restrictive. Les signes de ralentissement économique pourraient toutefois compliquer cette décision, surtout si le marché du travail et les dépenses de consommation commencent à faiblir.
Trois scénarios sont à retenir :
Scénario | Réaction possible de la Fed | Conséquences pour les marchés |
L’inflation reste persistante, la croissance résiste | Une hausse des taux en décembre reste probable, avec un éventuel durcissement supplémentaire | Pression sur les valorisations, les obligations à longue échéance et les entreprises fortement endettées |
L’inflation recule, la croissance ralentit progressivement | La Fed peut reporter de nouvelles hausses de taux | Possible rebond de soulagement des actions et des obligations |
La croissance se dégrade fortement tandis que l’inflation reste élevée | Arbitrage difficile entre la lutte contre l’inflation et l’emploi | Volatilité accrue, les craintes de récession prenant le dessus |
Pour l’heure, les baisses de taux ne font pas partie des anticipations de marché à court terme. Le débat porte de plus en plus sur le calendrier et l’ampleur de nouvelles hausses de taux, et moins sur la date d’un premier assouplissement.
Les principaux indicateurs à suivre sont le marché du travail, les dépenses de consommation, l’investissement des entreprises et l’éventuelle diffusion des pressions inflationnistes.
Une croissance plus faible peut modérer les anticipations de futures hausses de taux, sans être automatiquement favorable aux actions si les bénéfices des entreprises subissent eux aussi des pressions.
Les premiers résultats des grandes banques américaines suggèrent que l’économie reste résiliente, même si la hausse des taux et la volatilité du marché obligataire mettent sous pression certaines composantes du système financier.
Trois thèmes se dégagent :
Les dépenses de consommation et l’octroi de crédits restent relativement résistants, ce qui suggère qu’aucun signe généralisé de récession n’est encore visible.
Les revenus élevés des activités de marché seront toutefois difficiles à maintenir indéfiniment, tandis que des taux plus élevés peuvent, à terme, freiner la demande de crédit et dégrader la qualité des prêts en cours.
La principale leçon pour l’ensemble de la saison des résultats est que des bénéfices apparemment résistants peuvent masquer des écarts croissants dans les performances opérationnelles sous-jacentes.
Les investisseurs ont intérêt à ne pas se limiter à la question de savoir si une entreprise a dépassé les prévisions de bénéfices, mais à examiner aussi la qualité du chiffre d’affaires, les marges, les coûts de financement et les perspectives.
Cette saison des résultats pourrait être l’une des plus importantes pour la thématique de l’IA.
Les résultats récents des fabricants de semi-conducteurs indiquent que la demande sous-jacente liée à l’IA reste forte. L’enjeu est désormais de savoir si les grandes entreprises technologiques peuvent démontrer que ces investissements se traduisent par des bénéfices et des flux de trésorerie durables.
Cinq points méritent une attention particulière :
Microsoft, Alphabet et Amazon fourniront des indications importantes sur l’adoption de l’IA par les entreprises et sur la demande de services cloud.
Une forte croissance des activités cloud conforterait l’hypothèse d’une demande structurelle. Les investisseurs voudront toutefois aussi comprendre à quelle vitesse les services d’IA contribuent au chiffre d’affaires et aux marges.
Des budgets d’investissement plus importants peuvent soutenir les fournisseurs de semi-conducteurs et d’équipements, mais aussi raviver les interrogations sur la rentabilité de ces dépenses.
Le marché pourrait se montrer particulièrement sensible à de nouvelles hausses importantes des dépenses d’investissement en l’absence de preuves claires de leur rentabilité financière.
Les amortissements, les coûts énergétiques et les investissements dans les infrastructures peuvent absorber une partie des bénéfices d’une forte croissance du chiffre d’affaires lié à l’IA.
La distinction reste importante entre les entreprises qui financent leur expansion grâce à leurs flux de trésorerie opérationnels et celles qui dépendent de plus en plus de financements externes.
Les investisseurs chercheront des preuves que l’IA génère des revenus ou des gains de productivité dans les logiciels, la publicité, les services numériques et les applications professionnelles.
Cela pourrait élargir les perspectives offertes par l’IA au-delà des puces et des centres de données.
Les attentes étant élevées, les perspectives pourraient compter davantage que les bénéfices eux-mêmes.
Les entreprises capables de démontrer une meilleure utilisation de leurs capacités, un pouvoir de fixation des prix et une discipline d’investissement pourraient être mieux accueillies par le marché que celles qui se contentent d’annoncer des programmes d’investissement plus ambitieux.
Le scénario le plus favorable associe une forte demande liée à l’IA, des flux de trésorerie en hausse et une meilleure visibilité sur le retour sur investissement.
À l’inverse, d’excellents chiffres d’affaires accompagnés d’une forte hausse des dépenses d’investissement pourraient décevoir les investisseurs.
Entreprise | Date de publication | Points à surveiller |
Tesla (TSLA) | 21 oct. | Marges sur les véhicules électriques après la hausse des livraisons ; avancées du robotaxi et d’Optimus ; investissements dans l’IA par rapport au flux de trésorerie disponible |
Meta (META) | 21 oct. | Monétisation de l’IA dans la publicité ; adoption de Muse ; perspectives de dépenses d’investissement en 2027 et rentabilité des investissements dans les infrastructures |
Microsoft (MSFT) | 28 oct. | Croissance d’Azure AI et contraintes de capacité ; monétisation de Copilot ; dépenses d’investissement par rapport au flux de trésorerie disponible |
Alphabet (GOOGL) | 28 oct. | Croissance et marges de Google Cloud ; incidence de l’IA sur Search ; investissements dans les TPU et prévisions de dépenses d’investissement pour 2027 |
Amazon (AMZN) | 29 oct. (date attendue) | Croissance de l’IA chez AWS ; investissements dans les infrastructures ; marges du commerce de détail et flux de trésorerie disponible |
Apple (AAPL) | 2 nov. | Demande pour l’iPhone 18 ; ventes en Chine ; marges des services ; monétisation d’Apple Intelligence avec des dépenses d’investissement relativement limitées |
Nvidia (NVDA) | 18 nov. (date attendue) | Demande pour Blackwell et Rubin ; commandes des hyperscalers et des acteurs neocloud ; marges brutes ; restrictions à l’exportation et risques de financement chez les clients |
Ce risque prend de l’importance compte tenu de la forte concentration de la hausse des marchés américains.
Un groupe relativement restreint d’entreprises technologiques représente aujourd’hui une part importante des grands indices boursiers américains et mondiaux. La faiblesse des valeurs liées à l’IA peut donc entraîner les marchés dans leur ensemble à la baisse, même si les bénéfices des entreprises restent résistants ailleurs.
Trois canaux de contagion sont possibles :
Une correction de l’IA ne débouche toutefois pas nécessairement sur un marché baissier généralisé des actions.
Si les bénéfices des entreprises résistent et que la croissance économique se maintient, les investisseurs peuvent se tourner vers d’autres secteurs, comme la santé, certaines valeurs financières, les entreprises industrielles et les sociétés aux valorisations plus raisonnables.
La distinction essentielle est celle entre contagion et rotation sectorielle. Un marché dans lequel les actions liées à l’IA corrigent tandis que d’autres secteurs prennent le relais peut, à terme, être plus sain qu’un marché entièrement dépendant d’une poignée d’entreprises.
Les investisseurs doivent surtout surveiller si la hausse s’étend à davantage de valeurs à mesure que la technologie faiblit, ou si la pression vendeuse se propage au contraire à d’autres secteurs.
Pendant une grande partie de la récente correction alimentée par l’inflation, les actions et les obligations ont souffert simultanément. La hausse des rendements a pesé sur les valorisations des valeurs technologiques tout en faisant baisser les cours des obligations, réduisant ainsi les avantages de diversification des portefeuilles classiques associant actions et obligations.
Les mouvements récents des marchés suggèrent toutefois que cette relation pourrait être en train d’évoluer.
Malgré une inflation américaine supérieure aux attentes, les rendements des obligations d’État ont reculé alors que les actions faiblissaient. Les investisseurs s’inquiètent en effet de plus en plus du ralentissement de la croissance et du risque d’un durcissement excessif de la politique de la Fed.
Cela ouvre la possibilité que les obligations d’État retrouvent en partie leur rôle traditionnel de valeur refuge.
La différence dépend de la cause de la correction :
Le retour d’une corrélation négative entre actions et obligations serait favorable aux portefeuilles diversifiés, mais ne doit pas être tenu pour acquis.
Pour les investisseurs, cela plaide en faveur d’une approche plus équilibrée du risque de duration, plutôt que de supposer que les obligations d’État à longue échéance compenseront toujours les pertes sur les actions.
Nous restons positifs sur les actions à moyen terme, mais les conditions nécessaires à une poursuite de la hausse sont plus exigeantes qu’auparavant.
Plusieurs facteurs de soutien restent en place :
Dans le même temps, les valorisations élevées, l’inflation persistante, la hausse des coûts de financement et les inquiétudes sur la croissance économique laissent moins de place aux déceptions.
Trois scénarios possibles méritent l’attention.
Scénario | Évolution possible du marché des actions |
L’inflation recule et la croissance se maintient | Les actions se redressent, avec une hausse susceptible de s’étendre à davantage de valeurs |
L’inflation reste persistante tandis que la croissance ralentit légèrement | Davantage de volatilité et des écarts plus marqués entre les entreprises |
La croissance se dégrade fortement ou les tensions sur le crédit se propagent | Révisions à la baisse des bénéfices et corrections potentiellement plus marquées des marchés d’actions |
Une correction ne signifie pas nécessairement la fin du marché haussier.
Mais la prochaine phase dépendra probablement moins de la hausse des valorisations que de la croissance des bénéfices, de la solidité financière et d’une participation plus large des différents secteurs.
Les investisseurs doivent également rester attentifs au risque de concentration. Investir dans des ETF d’actions américaines, des fonds indiciels mondiaux et des actions technologiques individuelles peut entraîner un chevauchement important des expositions aux mêmes grandes entreprises de l’IA.
Les opportunités sur le marché des actions n’ont pas disparu, mais la marge d’erreur s’est réduite.
L’environnement actuel n’impose pas nécessairement de tourner complètement le dos aux actions ou à l’IA. Mais alors que les risques d’inflation et de ralentissement se disputent le premier plan, les portefeuilles peuvent bénéficier d’un meilleur équilibre.
Quatre domaines méritent une attention particulière.
Les obligations d’État de haute qualité peuvent bénéficier de leur statut de valeur refuge si la croissance économique ralentit davantage.
Les obligations à courte échéance procurent des revenus avec une sensibilité relativement limitée aux taux d’intérêt, tandis qu’une exposition sélective aux échéances intermédiaires peut offrir davantage de protection si les rendements baissent lors d’un ralentissement de la croissance.
Une inflation persistante, les inquiétudes budgétaires et d’importantes émissions d’obligations d’État américaines peuvent toutefois limiter le potentiel de gain, surtout sur les échéances longues.
La prochaine phase de l’IA pourrait récompenser les entreprises qui allient solidité financière et monétisation, plutôt que celles qui misent avant tout sur des investissements massifs.
Plusieurs modèles économiques offrent une exposition à l’IA sans nécessairement présenter les mêmes besoins de financement des infrastructures :
Des bilans solides, des flux de trésorerie durables et des valorisations raisonnables restent essentiels dans tous ces segments.
L’or peut apporter une diversification face aux incertitudes géopolitiques et budgétaires, tandis que le cuivre, certains métaux industriels et les infrastructures énergétiques peuvent bénéficier de l’électrification, des centres de données et de la hausse de la demande d’électricité.
Ces investissements présentent toutefois des risques différents. L’or peut subir des pressions lorsque les taux d’intérêt réels augmentent, tandis que les matières premières industrielles restent sensibles à un ralentissement de la croissance économique.
La santé associe une demande relativement stable à des moteurs de croissance structurelle tels que le vieillissement de la population, l’innovation médicale et l’augmentation des besoins de soins.
Le secteur offre également une diversification par rapport aux thématiques très prisées des infrastructures d’IA, même si les risques réglementaires, les prix des médicaments et les risques propres à chaque entreprise restent à prendre en compte.
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