Points clés
L'IA est aujourd'hui un pilier central de la croissance mondiale : les dépenses des hyperscalers ont contribué à hauteur de 39 % de la croissance du PIB américain en 2025, plus qu'au pic de la bulle internet.
L'histoire montre un lien direct entre chocs énergétiques sévères et effondrement de la productivité, avec des dommages qui se prolongent bien au-delà de la crise elle-même.
Le secteur de l'IA est particulièrement vulnérable : les centres de données pourraient représenter la moitié de la croissance de la consommation électrique aux États-Unis d'ici 2030.
La question centrale n'est pas de savoir si l'IA va survivre, mais si les dépenses d'investissement resteront au niveau actuellement intégré dans les valorisations boursières.
Demandez aux investisseurs ce qu'ils craignent le plus, et ils mentionneront probablement une crise iranienne prolongée ou un éclatement de la bulle de l'intelligence artificielle. Pourtant, la possibilité la plus inquiétante (et qui semble de plus en plus probable) est que la première mène à la seconde.
Autrement dit, et si la crise énergétique devenait le talon d’Achille de l’IA ?
Depuis les frappes américano-israéliennes sur l'Iran fin février 2026 et la fermeture du détroit d'Ormuz, les marchés de l'énergie ont vécu des semaines d'une volatilité inédite. En quelques jours, le baril de Brent a franchi 100 dollars pour la première fois depuis 2022, soit une hausse de plus de 40 % depuis le début du conflit. Sur le marché européen du gaz, le choc a été encore plus brutal : le prix de référence TTF est passé d'environ 32 euros par mégawattheure à près de 65 euros, en moins de deux semaines.
L'IA, moteur de croissance
Depuis deux ans, l’intelligence artificielle est devenue le principal moteur des marchés actions. Aux États-Unis, les grands « hyperscalers » comme Google, Microsoft et Amazon injectent des centaines de milliards dans les centres de données, tandis que des fabricants de puces comme Nvidia et AMD alimentent cette infrastructure.
Ces dépenses, combinées aux investissements en logiciels et en recherche, ont représenté près de 39 % de la croissance du PIB américain au cours des trois premiers trimestres de 2025. C’est davantage qu'au pic du boom des points Internet (28 %). Au-delà de l'investissement direct, l'IA promet de permettre aux entreprises d'extraire plus de production de chaque travailleur, ce qui constitue un espoir de croissance puissant pour des économies occidentales dont les marchés de l'emploi commencent à se refroidir.
Le spectre des années 1970
Le
scénario qui hante les économistes est celui des années 1970 : une stagflation ! C’est-à-dire une inflation qui monte pendant que l'économie ralentit simultanément.
Cette situation rappelle la crise post-invasion ukrainienne de 2022, mais l'Europe y fait face dans une position bien plus fragile aujourd’hui. Après ce choc, les États ont déboursé des centaines de milliards pour amortir la hausse des prix de l'énergie, gonflant des déficits publics encore loin d'être comblés aujourd'hui. Les marges de manœuvre budgétaires sont donc bien plus étroites qu'à l'époque. Aux États-Unis, la productivité par heure travaillée dépassait les 3% de croissance annuelle dans les années 1960. Puis les chocs pétroliers de 1973 et 1979 l'ont fait plonger à seulement 0,4% en moyenne entre 1977 et 1982. Les usines, qui tournaient à 89% de leur capacité en novembre 1973, n'en étaient plus qu'à 71% en mai 1975, les entreprises n'arrivant plus à rentabiliser leur production face à des coûts énergétiques exorbitants.
« Chaque hausse de 10 % des prix de l'énergie est associée à un impact d'environ 1 % sur la productivité du travail. Pour les chocs sévères, cet effet négatif tend à être persistant. » - Christophe André, économiste OCDE (étude 2023, portant sur 22 pays entre 1995 et 2020)
Les crises énergétiques ont coïncidé avec une croissance plus lente de la productivité