Prévisions chocs
Prévisions "chocs" 2026
Saxo Group
Investment Analyst
L’Europe a brutalement changé de paradigme sous l’effet de la guerre en Ukraine, de l’instabilité géopolitique mondiale et du repositionnement américain.
Les budgets militaires européens ont bondi de +65% entre 2020 et 2025, et l’objectif du budget défense a été relevé à 3,5% du PIB d’ici 2035 vs 2% aujourd’hui.
L’IA et les systèmes autonomes, la révolution des drones, l’espace et la réouverture des flux ESG vers les valeurs de la défense sont autant de facteurs qui pourraient pousser le secteur à la hausse.
Une valorisation élevée mais justifié compte tenu des carnets de commandes plein et d’une visibilité sur la croissance des bénéfices.
Après trois décennies de dividende de la paix, l'Europe est entrée dans une nouvelle ère de réarmement massif. La guerre en Ukraine (depuis février 2022), le repositionnement stratégique des États-Unis sous la présidence Trump et l'instabilité géopolitique mondiale ont agi comme autant de catalyseurs pour une refonte profonde des budgets militaires européens.
Les dépenses de défense de l’UE sont passées de 210 Mds € en 2020 à 381 Mds € prévues en 2025 (soit +65% en 5 ans) et devrait dépasser pour la première fois l’objectif de 2% du PIB fixé par l’OTAN. Lors du sommet de La Haye en juin 2025, les 32 membres ont relevé l'objectif de dépenses à 3,5% du PIB d’ici 2035, ce qui représenterait pour l'Europe des budgets annuels de l'ordre de 635 Mds €.
L’Europe débloque des moyens financiers sans précèdent pour soutenir son industrie :
- 800 milliards d’euros d’investissements supplémentaires prévus d’ici 2030.
- Les Etats peuvent s’endetter plus facilement pour financer leur défense sans être sanctionnés par les règles budgétaires européennes.
- La Banque Européenne d’Investissement (BEI) peut désormais financer directement les entreprises du secteur de la défense.
- L’Allemagne, historiquement prudente, opère une rupture majeure. Son budget défense vas exploser, passant de 80 Mds € en 2025 à un objectif de 180 Mds € en 2030. Elle ambitionne de devenir la première armée européenne.
L'IA s'impose comme la technologie la plus transformatrice du domaine militaire. Selon les enquêtes de Deloitte, 81% des entreprises A&D (Aerospace & Defense) utilisent déjà l’IA ou planifient son déploiement.
Cela se traduit par une efficacité démultipliée : des chaines de décisions ultra-rapides, le développement d’avions de combat autonomes (comme chez Helsing) et une maintenance prédictive qui réduit drastiquement les coûts d’entretien. En parallèle, avec la numérisation accélérée des arsenaux, la demande de solutions de cyberdéfense explose.
La guerre en Ukraine et plus récemment le conflit en Iran, ont démontré que les drones sont désormais l'arme décisive des conflits modernes, à un coût marginal incomparables avec les systèmes d'armes conventionnels.
Le marché mondial des drones militaires devrait atteindre 23 Mds € en 2030 contre 15 Mds € en 2024 mais c’est le secteur civil et militaire combiné qui offre le plus gros potentiel avec une croissance annuelle de 14% passant de 73 Mds € en 2024 à 260 Mds € en 2030.
Au-delà de l’IA, trois domaines redéfinissent la compétition mondiale :
- L’hypersonique et la guerre électronique qui deviennent indispensable pour contrer les nouveaux systèmes de défense.
- Les jumeaux numériques qui permettent de simuler des batailles et l’usure du matériels sans coûts réels.
- Les technologies duales (civil + militaire) qui bénéficient désormais de financements institutionnels
Cette mutation transforme le profil financier du secteur : autrefois dominé par quelques géants industriels, il voit apparaître des acteurs « tech-natives » comme Anduril ou Kratos, qui introduisent des modèles de revenus récurrents basés sur le logiciel (SaaS).
L'espace n'est plus un simple sanctuaire de communication, mais un domaine de combat contesté où se joue la survie des infrastructures militaires et civiles terrestres. Cette mutation transforme le secteur spatial en un marché stratégique majeur, avec une valorisation mondiale qui devrait presque doubler pour atteindre 116 Mds de dollars d’ici 2034.
Ce virage profite directement :
- Aux géants industriels : 3,5 Mds de dollars de contrats attribués fin 2025 à des acteurs comme Lockheed Martin et Northrop Grumman.
- Aux nouveaux acteurs technologiques (SpaceX, Rocket Lab, Palantir) intégrés dans ces architectures hybrides.
Pendant près d'une décennie, les fonds labellisés ESG ont systématiquement exclu les valeurs de défense de leurs univers investissables. Ce mur d'exclusion est en train de s'effondrer, créant un potentiel de flux entrants sans précédent.
Selon Morgan Stanley, les fonds durables européens pourraient ajouter entre 38 et 71 Mds USD vers les actions A&D mondiales, si leurs expositions s'alignent sur les indices MSCI de référence.
Les encours des ETF défense enregistrés en Europe ont explosé de 1,8 Mds € fin 2024 à 16,5 Mds € en octobre 2025 (+817% en 10 mois).
Le secteur défense présente aujourd’hui un cas d’investissement structurel solide, porté par une demande souveraine non cyclique, des carnets de commandes historiquement pleins et une visibilité sur la croissance des bénéfices rare dans le contexte boursier actuel. La convergence entre réarmement européen, catalyseur américain, révolution technologique et réouverture des flux ESG crée une fenêtre d’opportunité durable.
Toutefois, trois risques méritent surveillance : les goulots d’étranglement industriels dans la chaîne d’approvisionnement, la pénurie structurelle de main-d’œuvre qualifiée, et un éventuel retournement géopolitique qui pourrait temporairement modérer les ambitions budgétaires.
Aujourd’hui, la question est de savoir si on peut avoir confiance dans la croissance des bénéfices futurs. Les publications récentes et la dynamique des commandes suggèrent que oui, à condition d’adopter un horizon d’investissement long terme et d’accepter une volatilité conjoncturelle.
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