À retenir
- À l’approche de la saison des résultats, nous revenons sur le deuxième trimestre à la Bourse de Bruxelles.
- Melexis a profité de l’enthousiasme autour de l’IA, mais à l’approche de la publication de ses résultats, l’attention se portera surtout sur ses propres perspectives et sur la reprise du secteur automobile.
- Kinepolis a rebondi grâce à une hausse de la fréquentation et aux attentes d’un calendrier cinématographique particulièrement riche, même si la météo estivale et la Coupe du monde pourraient venir jouer les trouble-fête.
- Proximus est resté à la traîne : la stabilité des activités belges n’a pas suffi à compenser les inquiétudes concernant Proximus Global, son niveau d’endettement et la réduction du dividende.
Ce document constitue une communication marketing et ne doit pas être considéré comme un conseil en investissement. Investir dans des instruments financiers comporte des risques et les performances passées ne préjugent pas des résultats futurs. Même si la Belgique a été éliminée de la Coupe du monde par l’Espagne, les investisseurs ont au moins une raison de se réjouir en Bourse. Depuis le début de l’année, le BEL 20 affiche un solide gain de 9,4 %. Une performance d’autant plus remarquable que notre indice, en pleine vague d’enthousiasme autour de l’intelligence artificielle, reste principalement porté par la bière, les médicaments et les valeurs financières. À titre de comparaison, chez nos voisins néerlandais, l’AEX (+13,9 % depuis le début de l’année) est actuellement tiré par le trio des semi-conducteurs ASML (+59 %), ASMI (+64 %) et BESI (+71 %), qui profite pleinement de l’engouement mondial pour le secteur des puces électroniques.
Melexis & X-Fab : des invités inattendus à la fête de l’IA
Pendant longtemps, il semblait que
Melexis, le spécialiste belge des semi-conducteurs, n’avait pas reçu son invitation à la grande fête de l’IA. En cause notamment : un secteur automobile européen en difficulté, avec des ventes de véhicules électriques décevantes et une concurrence féroce en Chine. Les derniers résultats trimestriels ont toutefois laissé entrevoir des signes encourageants à Ypres. Après deux années compliquées, le chiffre d’affaires (+2 %) et le résultat opérationnel (+14 %) sont repartis à la hausse, permettant au groupe de dépasser légèrement les attentes des analystes. La diversification vers d’autres marchés, comme la robotique, reste un travail de longue haleine. L’intégration récente de son capteur tactile Tactaxis dans une main robotisée chinoise montre néanmoins que les investissements en R&D portent leurs fruits. Par ailleurs, les flux de trésorerie demeurent suffisants pour couvrir un dividende supérieur à 5 %.
Melexis a ainsi figuré parmi les meilleures performances du BEL 20 au cours du trimestre. Entre début avril et fin juin, l’action a bondi d’environ 33,6 %. Cette hausse ne s’explique pas par des annonces majeures propres à l’entreprise, mais plutôt par une mise à jour positive de son homologue STMicroelectronics. Le groupe franco-italien a surpris le marché en doublant presque ses prévisions de chiffre d’affaires pour les puces destinées aux centres de données, ce qui a entraîné Melexis dans la vague d’optimisme liée à l’IA.
Sa société sœur
X-Fab, cotée à Paris, a connu une envolée comparable, mais encore plus spectaculaire. L’entreprise a été propulsée sur le devant de la scène par le compte influent Serenity sur X (plus de 400 000 abonnés), qui l’a présentée comme la nouvelle valeur IA encore méconnue. Selon cette thèse, les technologies de X-Fab – notamment le carbure de silicium et la photonique – répondent parfaitement aux besoins des centres de données dédiés à l’IA en matière d’efficacité énergétique et de rapidité des transferts de données. Les investisseurs se sont alors rués sur le titre. Les échanges ont même dû être temporairement suspendus afin de permettre la formation d’un cours d’équilibre. L’action s’est envolée jusqu’à un sommet intrajournalier de 15,88 €. Même si X-Fab a finalement enregistré une progression impressionnante de 42,4 % sur l’ensemble du deuxième trimestre, le titre est depuis retombé à 7,76 €. Un rappel classique de l’extrême volatilité des valeurs portées avant tout par une histoire séduisante.
Au cours des derniers mois, ces deux entreprises ont largement bénéficié de ce narratif. Lors de la prochaine publication des résultats, les investisseurs seront surtout attentifs au discours du management sur les perspectives à venir et à la question de savoir si la période de transition – durant laquelle les constructeurs automobiles ont dû écouler leurs stocks – appartient désormais au passé. Si l’euphorie autour de l’IA venait à s’essouffler, l’attention se recentrerait naturellement sur les fondamentaux. Un phénomène déjà observé récemment lorsque Melexis a chuté de 7 % après qu’un analyste d’une banque d’investissement a estimé que la hausse récente du cours n’était « pas fondée sur les fondamentaux ».
Kinepolis : après les puces électroniques, place au popcorn
Au-delà du BEL 20,
Kinepolis retient particulièrement l’attention. L’action a progressé d’environ 24 % au cours du trimestre. Les exploitants de salles de cinéma ont traversé plusieurs années difficiles, marquées notamment par les grèves à Hollywood qui ont tari le flux de nouvelles productions. Cette période semble désormais révolue.
Le deuxième trimestre a déjà montré une nette reprise de la fréquentation, portée notamment par le succès de
A Minecraft Movie et de
Lilo & Stitch, qui ont attiré à eux seuls quelque 2,5 millions de spectateurs dans les cinémas Kinepolis. Les investisseurs anticipent donc une excellente année pour le secteur. L’été et l’automne s’annoncent riches en superproductions, avec notamment
Moana,
The Hunger Games et de nouveaux titres Marvel tels que
« Spider-Man: Brand New Day » et
« The Avengers », qui pourraient battre des records d’affluence. Pour Kinepolis, le risque demeure toutefois qu’une météo durablement clémente ou la Coupe du monde détournent une partie du public des salles obscures. Les actionnaires semblent néanmoins déjà parier largement sur la poursuite du redressement.
Pas encore de réhabilitation pour Proximus
À l’autre extrémité du classement figure
Proximus. En période d’incertitude, lorsque les tensions géopolitiques pèsent sur les marchés, les opérateurs télécoms aux revenus prévisibles sont souvent considérés comme des valeurs refuges. Pourtant, cette logique n’a pas fonctionné pour Proximus au cours du trimestre écoulé.
Fait notable, les performances commerciales de Proximus sur le marché belge restent plutôt solides. L’opérateur a récemment gagné plusieurs dizaines de milliers de nouveaux clients mobiles et internet, tandis que le nouvel entrant à bas prix Digi ne semble pas encore perturber significativement le marché. Les difficultés se situent surtout à l’international, au niveau de la division logicielle Proximus Global. Son chiffre d’affaires a plongé de 20 % au dernier trimestre. À cela s’ajoutent un endettement élevé lié aux importants investissements dans la fibre optique, de lourdes dépréciations sur cette activité internationale ainsi qu’un dividende déjà réduit de moitié. Autant d’éléments qui ont accru le profil de risque du groupe et entraîné une baisse du cours de 16,1 % au deuxième trimestre. De quoi convaincre de nombreux investisseurs de se détourner du titre malgré la stabilité et la prévisibilité de ses activités belges.