Outrageous Predictions
La Belgique constitue une réserve stratégique de cacao avec sa Réserve Nationale de Chocolat
Ole Hansen
Responsable de la stratégie des matières premières
Ce document constitue une communication marketing et ne doit pas être considéré comme un conseil en investissement. La négociation d’instruments financiers comporte des risques et les performances passées ne préjugent pas des résultats futurs.
Pour ASML, un trimestre simplement solide ne suffisait plus. Avec la fièvre autour de l’IA, la forte demande de puces avancées et une hausse du cours de 57% depuis le début de l’année, la barre était placée très haut. Les investisseurs voulaient surtout être rassurés sur la capacité du récit de croissance à justifier une telle valorisation. Cette confirmation est en grande partie venue: ASML a publié, au deuxième trimestre, un chiffre d’affaires et une marge brute supérieurs à ses propres attentes, aidé par des revenus plus élevés que prévu dans l’Installed Base Management, c’est-à-dire les activités de service et de mise à niveau des machines déjà installées chez les clients.
Dans le détail, le tableau s’est également amélioré. Le chiffre d’affaires est passé de €8,77 milliards au premier trimestre à €9,33 milliards au deuxième, avec une croissance tant dans les nouveaux systèmes que dans les services et les mises à niveau. Ce dernier élément est particulièrement intéressant: les revenus issus de l’Installed Base Management ont progressé de €2,49 milliards à €2,76 milliards. Il ne s’agit pas de livraisons ponctuelles de machines, mais de revenus provenant de la maintenance, des services et des améliorations apportées à des équipements déjà en place chez les clients. Ils élargissent donc la base de revenus et aident l’entreprise à mieux se projeter. Les marges ont également légèrement progressé: la marge brute s’est établie à 54,0%, la marge opérationnelle à 37,1% et le bénéfice net à €2,92 milliards.
La nouvelle la plus marquante ne se trouve peut-être pas dans le trimestre écoulé, mais dans les perspectives. ASML prévoit, pour le troisième trimestre, un chiffre d’affaires compris entre €11,0 milliards et €12,0 milliards, ainsi qu’une marge brute de 55% à 57%. Pour l’ensemble de 2026, le groupe relève ses ambitions et vise désormais un chiffre d’affaires compris entre €43 milliards et €45 milliards, avec une marge brute de 54% à 56%. Ce relèvement est important : il confirme que les prises de commandes, les engagements des clients et la visibilité à plus long terme sont, selon la direction, suffisamment solides pour revoir à la hausse les attentes pour le reste de l’année.
La direction met en avant deux messages. Premièrement, l’IA reste le grand moteur de la demande de puces avancées. Selon le CEO Christophe Fouquet, la poursuite des investissements dans l’IA et les progrès de cette technologie alimentent la demande de puces logiques et mémoires de pointe. Les clients accélèrent dès lors leurs extensions de capacité, ce qui donne à ASML davantage de visibilité à long terme.
Deuxièmement, ASML se prépare à une demande plus forte. Le groupe veut être capable de produire davantage de machines dans les prochaines années, tant en EUV qu’en DUV. ASML prévoit dès lors d’ajouter des capacités en 2027 et examine la possibilité d’en rajouter encore en 2028. Les mises à niveau des machines existantes devraient, elles aussi, jouer un rôle plus important.
Ce que l’investisseur doit surtout retenir, c’est ce qu’ASML ose dire de l’avenir. Il s’agit d’une entreprise qui gère généralement ses prévisions avec prudence. Si elle relève aujourd’hui ses objectifs annuels tout en préparant des capacités de production supplémentaires, le signal est important. Les machines d’ASML ont de longs délais de livraison et les clients ne les commandent pas pour un seul trimestre favorable, mais parce qu’ils planifient plusieurs années à l’avance. Le relèvement des perspectives traduit donc la confiance des fabricants de puces dans la prolongation de la demande de semi-conducteurs avancés, avec l’IA comme moteur clairement identifié. Cela n’élimine pas les risques, qu’il s’agisse des règles à l’exportation, du recul du chiffre d’affaires en Chine ou du caractère cyclique de l’industrie des semi-conducteurs, mais cela rend ce relèvement des prévisions plus significatif qu’un simple dépassement des attentes trimestrielles.
Le relèvement des perspectives et l’extension prévue des capacités ne font pas d’ASML une action destinée à grimper en ligne droite. L’industrie des puces reste cyclique, très capitalistique et sensible à la géopolitique, notamment aux tensions entre la Chine et Taïwan. Les taux d’intérêt, les budgets des clients et les cycles d’investissement peuvent également modifier le rythme de la croissance. Cela pèse d’autant plus lourd pour une action dont le cours intègre déjà une grande partie du succès futur. Si les investisseurs valorisent ASML comme si sa trajectoire de croissance était presque parfaite, la moindre fissure dans ce récit peut provoquer de fortes fluctuations boursières. Un portefeuille bien diversifié permet de mieux absorber cette volatilité inattendue et de garder le cap sur le long terme.
ASML continue de bâtir l’avenir, mais le chemin pour y parvenir ne sera pas toujours rectiligne.