Prévisions chocs
Prévisions "chocs" 2026
Saxo Group
Investment Analyst
L’or a fortement progressé depuis 2025, mais son recul récent malgré les tensions géopolitiques surprend les investisseurs.
Dans les premières phases d’une crise, les marchés privilégient souvent la liquidité et le dollar plutôt que l’or.
Des taux d’intérêt réels élevés limitent le potentiel de hausse du métal jaune à court terme.
Pour les semaines à venir, il faudra surveiller l’évolution de l’indice dollar, les taux réels US et les décisions de la Fed.
Le rôle de valeur refuge de l'or reste intact sur le long terme, mais sa réaction aux crises peut être contre-intuitive à court terme.
En théorie, l’or est l’actif refuge par excellence. Lorsque l’incertitude géopolitique augmente, les investisseurs ont tendance à se tourner vers le métal jaune pour protéger leur capital.
Pourtant, en mars 2026, malgré l’escalade des tensions au Moyen-Orient et les perturbations du détroit d’Ormuz (par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial) le cours de l’or a reculé d’environ 3,5 %.
On peut donc se demander si l’or joue encore son rôle de valeur refuge ?
Ce mouvement peut sembler paradoxal. Mais il s’explique par plusieurs mécanismes bien connus des marchés financiers.
1) Dans les crises, la liquidité passe avant la sécurité
Lorsqu’un choc géopolitique survient, le premier réflexe des investisseurs n’est pas toujours de chercher l’actif le plus sûr. Ils cherchent d’abord de la liquidité.
Concrètement, les investisseurs vendent souvent les actifs les plus faciles à négocier (y compris l’or) pour couvrir des pertes ailleurs, répondre à des appels de marge ou réduire leur exposition au risque.
Ce phénomène s’est déjà produit lors de plusieurs crises, notamment au début de la crise financière de 2008 ou lors du choc de marché de mars 2020.
Dans ces moments-là, la priorité n’est pas la protection de long terme, mais l’accès rapide à des liquidités.
2) L'inflation énergétique maintient les taux élevés
La fermeture du détroit d'Ormuz (20 % du pétrole mondial) fait grimper les prix de l'énergie, ce qui ravive les inquiétudes inflationnistes. Or une inflation persistante pousse les banques centrales à maintenir des taux d’intérêt élevés.
Pour l’or, c’est un facteur négatif à court terme.
Contrairement aux obligations ou aux actions, l’or ne génère ni revenu ni dividende. Lorsque les taux d’intérêt réels (les taux corrigés de l’inflation) restent élevés, les investisseurs ont davantage d’incitation à détenir des actifs rémunérateurs.
Ainsi, tant que la politique monétaire reste restrictive, le potentiel de hausse de l’or peut être limité.
3) Le dollar reste la première valeur refuge mondiale
Un autre facteur clé est la force du dollar.
Lors de l’escalade de mars 2026, l’indice du dollar (DXY), qui mesure la valeur du billet vert face à plusieurs grandes devises, a progressé d’environ 1,5 %.
Cette réaction s’explique par un élément fondamental : le système financier international repose largement sur le dollar.
En période de stress, les institutions financières, les entreprises et les fonds d’investissement cherchent souvent à sécuriser leurs financements et leurs liquidités en dollars.
Résultat : le dollar peut parfois jouer un rôle de refuge avant même l’or.
De plus, un dollar fort rend l’or (coté en dollars) plus cher pour les investisseurs étrangers, ce qui peut freiner la demande.
4) Une partie du risque était déjà intégrée par les marchés
Les marchés financiers anticipent en permanence les événements futurs.
Or les tensions géopolitiques au Moyen-Orient étaient présentes depuis plusieurs mois. Une partie du risque avait donc déjà été intégrée dans les prix de l’or. Dans ce contexte, une escalade qui correspond globalement aux attentes du marché ne provoque pas forcément une nouvelle hausse du métal jaune.
Les investisseurs avaient déjà intégré une « prime géopolitique » dans les cours.
5) Des prises de profit après une hausse spectaculaire
Enfin, il ne faut pas oublier la dynamique purement technique du marché.
Après une hausse exceptionnelle (plus de 65 % en 2025 et environ 20 % supplémentaires début 2026) de nombreux investisseurs ont simplement pris leurs bénéfices.
Lorsque les positions à effet de levier deviennent importantes, les mouvements de correction peuvent être amplifiés par :
- des appels de marge
- des liquidations forcées
- des ajustements de portefeuille
Ce phénomène peut accentuer les mouvements de marché bien au-delà des fondamentaux.
Côté macro, la Fed continue de repousser les attentes de baisse de taux : l’outil CME FedWatch donne désormais 65% de chances que la Fed maintienne ses taux en juin 2026 (vs 43 % fin février), et les perspectives de coupes futures se sont nettement réduites.
En pratique, les investisseurs devront surveiller de près l’indice du dollar (DXY) et les taux américains réels plutôt que le cours spot de l’or seul. Autrement dit, tant que le billet vert reste fort et que la Fed garde un biais restrictif, la hausse de l’or sera limitée quelle que soit la situation géopolitique.