Analyse par banque
BNP Paribas : Un trimestre exceptionnel terni par des risques juridiques
BNP Paribas démarre l’année sur un trimestre record, avec un bénéfice net de 3,22 milliards d’euros, le plus élevé de son histoire. Son produit net bancaire (PNB), l’équivalent du chiffre d’affaires pour une banque, progresse de 8,5 % à plus de 14 milliards d’euros. La performance est principalement portée par la division Insurance, Wealth & Asset Management (IPS), dont l’activité bondit de 32,8 %, grâce à l’intégration d’AXA Investment Managers finalisée fin 2025. Les banques commerciales affichent également une croissance solide de près de 8 %, soutenues par un environnement de taux favorable.
À l’inverse, la banque de financement et d’investissement (CIB) marque le pas : son PNB recule légèrement de 0,8 % à 5,2 milliards d’euros, pénalisé par l’attentisme des clients dans un contexte de tensions géopolitiques au Moyen-Orient, notamment autour de l’Iran, ainsi que par un effet de change défavorable.
Autre point de vigilance : le coût du risque grimpe de 20 % à 922 millions d’euros, traduisant une dégradation des perspectives économiques dans un environnement international plus incertain.
Enfin, le principal sujet d’inquiétude pour les investisseurs reste le risque juridique : BNP Paribas a été condamnée à New York City pour complicité dans des atrocités au Sudan. Si les dommages initiaux sont limités à 20,75 millions de dollars pour trois plaignants, cette procédure pilote pourrait ouvrir la voie à des recours impliquant jusqu’à 23 000 réfugiés, faisant peser un risque potentiel de plusieurs milliards de dollars. La banque a fait appel et maintient sa confiance, mais cette incertitude pourrait continuer à peser sur le titre.
Le directeur général Jean-Laurent Bonnafé a par ailleurs confirmé les objectifs à horizon 2028, avec une ambition de croissance du dividende de 10 % par an.
Société Générale : un redressement qui se confirme
Société Générale signe la bonne surprise du trimestre avec un bénéfice net de 1,7 milliard d’euros, supérieur au consensus (1,55 Md€), confirmant l’efficacité de la stratégie menée par Slawomir Krupa. Le redressement repose avant tout sur une discipline stricte des coûts : les frais de gestion ont reculé de 6 % sur le trimestre, soit deux fois plus vite que l’objectif annuel (-3 %). Cette maîtrise a permis d’améliorer le coefficient d’exploitation à 60,9 % et de porter la rentabilité sur fonds propres tangibles (ROTE) à 11,7 %, au-dessus de l’objectif annuel de 10 %.
La banque de détail en France confirme son rebond, avec des revenus en hausse de 10,7 % (à périmètre constant) à 2,5 milliards d’euros. La marge nette d’intérêt progresse de 12 %, soutenue par la baisse du taux du Livret A et une base de dépôts stabilisée.
BoursoBank poursuit également sa montée en puissance avec 92 millions d’euros de bénéfice sur le trimestre et 8,9 millions de clients, restant en ligne avec son objectif annuel de 300 millions d’euros.
Le principal point faible reste la banque de grande clientèle, en recul de 4,9 %. Les activités de marché, notamment le segment FICC (taux, crédit, change), chutent de 18,2 %, un net contraste avec les performances des grandes banques américaines comme JPMorgan Chase (+21 %) ou Morgan Stanley (+20 % et plus).
Crédit Agricole : prudence assumée malgré une base solide
Crédit Agricole S.A. a publié un résultat net en légère hausse de 1,8 %, à 1,676 milliard d’euros, un niveau toutefois inférieur aux attentes du marché. Le groupe conserve des fondamentaux solides, avec un ratio CET1 de 11,4 %, un coefficient d’exploitation amélioré à 56,9 % et 600 000 nouveaux clients recrutés sur le trimestre.
Sur le plan opérationnel, les activités de Grandes Clientèles (banque de financement et services financiers) ont enregistré un trimestre record, compensant le ralentissement du crédit automobile. Les métiers de l’épargne et de l’assurance restent également bien orientés.
Le principal point de vigilance concerne le coût du risque, en hausse de 32,2 % à 547 millions d’euros, dont 100 millions de provisions de précaution constituées face aux incertitudes géopolitiques au Moyen-Orient. Ce signal de prudence a pesé sur le titre, qui a chuté de 5,6 % après la publication.
Du côté de la banque d’investissement, les revenus reculent de 4 %, avec une baisse plus marquée de 9 % dans les activités de marché (FICC).
Enfin, le groupe a confirmé l’intégration de Banco BPM en Italie, une opération qui devrait contribuer à hauteur de 100 millions d’euros par trimestre au résultat net.
Pourquoi les banques françaises chutent-elles malgré des résultats solides?
Les marchés ne réagissent pas seulement aux résultats publiés, mais surtout aux perspectives et aux risques à venir. Et sur ce point, plusieurs signaux alimentent la prudence.
1. Des bonnes nouvelles déjà intégrées dans les cours
Le secteur bancaire français a fortement progressé ces derniers mois : Société Générale affiche plusde +50 % sur 12 mois, tandis que BNP Paribas gagne environ +15 %. Une grande partie de l’amélioration opérationnelle était donc déjà intégrée dans les valorisations.