Prévisions chocs
Prévisions "chocs" 2026
Saxo Group
Investment Analyst
En période de choc géopolitique inflationniste, le cash (bons du Trésor) a été l’un des rares actifs à protéger les portefeuilles en mars, là où l'or et les obligations ont déçu.
La vraie force du cash, c'est l'optionnalité : il vous laisse libre d'agir quand une opportunité se présente, sans avoir à vendre d'autres positions en panique.
Les portefeuilles classiques « actions + obligations » sont structurellement fragilisés : les deux actifs baissent désormais ensemble lors des grandes phases de stress.
Warren Buffett n'est pas du genre à garder des liquidités par peur. L'homme a traversé des dizaines de crises, de krachs et de récessions. Son credo a toujours été clair : acheter des bonnes entreprises à des prix raisonnables. Alors quand il accumule du cash à un niveau jamais vu dans l'histoire de Berkshire Hathaway, cela mérite attention.
Fin 2025, la trésorerie de Berkshire atteignait 373 milliards de dollars. En mars 2026, Buffett a annoncé sur CNBC avoir encore acheté 17 milliards de dollars de bons du Trésor en une seule semaine.
Ce message n'est pas cynique. Il est stratégique. Buffett attend une opportunité d'envergure. Et pour saisir cette opportunité, il faut avoir des liquidités disponibles pas des actifs qu'il faudrait revendre à perte. Le cash chez Buffett, ce n'est pas de la passivité. C'est de la discipline.
L'investisseur particulier apprend souvent qu'en cas de crise boursière, il faut se réfugier dans l'or ou les obligations d'État. Ce réflexe, ancré depuis des décennies, s'est révélé inefficace en mars 2026.
L'Or déçoit : L'or a connu l'un de ses pires mois depuis 2008. La puissance du dollar américain, devenu le refuge ultime, a étouffé le métal jaune, qui a chuté de 12% en mars. En effet, lors d'un stress aigu, les investisseurs vendent leurs positions gagnantes (l'or avait presque triplé depuis 2024) pour couvrir leurs pertes sur d'autres actifs.
Des obligations de moins en moins protectrices : Les obligations d’État long terme, censées jouer leur rôle de valeur refuge quand les marchés actions corrigent, ont montré des signes de faiblesse. Lors des trois derniers chocs (tarifs Trump en avril 2025, crise du Groenland en janvier 2026 et guerre en Iran en mars), elles ont chuté en même temps que les actions.
Depuis le début des années 2000, le portefeuille 60 % actions / 40 % obligations a longtemps été considéré comme un standard efficace. Son équilibre reposait sur une idée simple : une corrélation négative entre les deux actifs. En pratique, lorsque les actions baissaient, les obligations avaient tendance à monter, ce qui permettait d’amortir les chocs.
Mais depuis 2022, ce modèle est remis en question par de nombreux analystes. La raison est simple : la corrélation entre actions et obligations est devenue positive. Autrement dit, les deux classes d’actifs évoluent désormais souvent dans le même sens… ce qui réduit fortement les bénéfices de diversification et fragilise les portefeuilles.
Beaucoup d’investisseurs voient le cash comme une position « inactive ». C’est une erreur. Le cash, c’est de l’optionnalité : la liberté d’agir quand vous le décidez, et non quand le marché vous y oblige.
Prenons mars 2026 : un investisseur 100 % exposé aux actions n’avait que deux choix face à la baisse des marchés : subir, ou vendre dans la panique.
À l’inverse, celui qui détenait 10-20 % en T-bills (obligation d’État américaine à très court terme) disposait d’une troisième option : acheter pendant la correction, à des valorisations plus attractives.
Deux scénarios se dessinent alors :
- Rebond : vous déployez votre cash sur des actifs décotés et améliorez votre point d’entrée.
- Dégradation : votre capital est préservé, vous évitez de vendre à perte et attendez de meilleures opportunités.
Dans les deux cas, vous ne subissez pas le marché, vous gardez le contrôle. C’est exactement la logique derrière les importantes positions en liquidités de certains grands investisseurs : non pas de la prudence excessive, mais une capacité d’action maximale.
Et pendant ce temps, le cash travaille. Les T-bills américains offrent aujourd’hui un rendement annuel autour de 3,6 % (un rendement garanti, sans risque de marché), auquel peut s’ajouter un effet devise pour un investisseur européen.
Ce graphique rappelle un fait structurant : entre 2020 et 2022, garder du cash ne rapportait presque rien (taux proche de 0 %). Aujourd'hui, à 3,6 %, le cash rémunéré offre un rendement réel positif, c'est-à-dire qu'il compense partiellement l'inflation. Ce contexte est fondamentalement différent de la décennie précédente, où « rester en cash » avait un coût d'opportunité très élevé.
Dans un environnement où les repères traditionnels s’effacent, la tentation est forte de vouloir agir à tout prix : trouver la bonne action, le bon secteur, le prochain catalyseur. Pourtant, les récents épisodes de marché nous rappellent une réalité souvent oubliée : parfois, ne rien faire est déjà une décision d’investissement.
Rester en cash n’est pas un aveu d’impuissance, mais un choix actif : celui de préserver sa flexibilité et son pouvoir d’action. Quitte à sacrifier du rendement à court terme, pour être prêt lorsque les vraies opportunités apparaissent, souvent dans les phases de capitulation.
Dans un environnement où la diversification protège moins, le cash redevient stratégique. Il protège, il donne du temps, et surtout, il permet de choisir.
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