Prévisions chocs
Prévisions "chocs" 2026
Saxo Group
Investment Strategist
L’offre de GameStop sur eBay peut surprendre, mais elle s’inscrit dans le retour des grandes opérations de marché.
Les entreprises cherchent désormais à acquérir de la taille, des données, de l’énergie, de la sécurité et de l’attention, et pas seulement du chiffre d’affaires.
Une vague importante d’introductions en bourse pourrait détourner les capitaux vers les acteurs les plus en vue.
À première vue, voir GameStop proposer de racheter eBay ressemble à un titre de marché né après trois expressos et un débat enflammé sur un forum de trading. L’opération est non sollicitée, ambitieuse et complexe. GameStop est bien plus petite qu’eBay. Elle aurait besoin de s’endetter, de lever des fonds externes et de convaincre ses actionnaires. Autant dire que le panier est déjà bien rempli avant même de passer en caisse.
Mais l’essentiel n’est pas tant de savoir si cette opération verra le jour. Le vrai signal, c’est le retour des fusions-acquisitions (M&A) dans le débat. Lorsque les entreprises se lancent dans des opérations de grande ampleur, elles envoient souvent un message clair aux investisseurs : la croissance organique se fait plus rare, la taille devient déterminante et les dirigeants sont prêts à passer à l’action.
GameStop est un distributeur de jeux vidéo devenu emblématique lors de la vague des « meme stocks » en 2021. Sous l’impulsion de Cohen, l’entreprise a fermé des magasins, réduit ses coûts et recentré son activité sur des segments plus rentables comme les cartes à collectionner, les jeux rétro et les objets de collection.
eBay, de son côté, est une place de marché mondiale où s’échangent des biens aussi variés que des produits électroniques, des vêtements, des pièces automobiles ou des objets de collection. Ses derniers résultats sont solides : le chiffre d’affaires du premier trimestre atteint 3,1 milliards de dollars (+19 %), tandis que le volume brut de marchandises a progressé de 18 % pour s’établir à 22,2 milliards de dollars.
On comprend dès lors la logique derrière cette approche. GameStop dispose d’un réseau de magasins physiques et d’une communauté d’investisseurs fidèles. eBay apporte l’échelle d’une marketplace, des outils performants pour les vendeurs et une position forte sur les objets de collection. Sur le papier, les magasins GameStop pourraient servir à authentifier, collecter ou gérer la logistique d’articles de valeur vendus sur eBay.
Dans les faits, l’opération reste colossale. Le financement est crucial. Le coût de la dette l’est tout autant. L’intégration, la culture d’entreprise… tout compte. Et lorsqu’une petite société tente d’en racheter une plus grande, les investisseurs se demandent souvent si l’ambition ne dépasse pas la réalité financière.
GameStop et eBay font les gros titres, mais elles ne sont pas un cas isolé. Boston Consulting Group souligne qu’en 2025, les méga-opérations ont fait leur retour, avec 39 transactions supérieures à 10 milliards de dollars, contre 28 en 2024.
La liste est révélatrice. Union Pacific prévoit de racheter Norfolk Southern dans une vaste consolidation ferroviaire aux États-Unis. Electronic Arts doit être retirée de la cote par un consortium incluant Silver Lake et le fonds souverain saoudien. Kimberly-Clark s’intéresse à Kenvue. Alphabet rachète Wiz pour renforcer la sécurité cloud. Constellation Energy acquiert Calpine pour se développer dans la production d’électricité. Palo Alto Networks rachète CyberArk afin d’élargir son offre en cybersécurité à l’ère de l’intelligence artificielle.
Le point commun n’est pas une simple logique d’expansion. Les entreprises achètent ce qu’elles ne peuvent pas construire assez vite.
Les chemins de fer relèvent d’une logique de réseau. Le jeu vidéo repose sur la propriété intellectuelle et l’engagement des utilisateurs. Les centres de données sont au cœur des infrastructures d’intelligence artificielle. La cybersécurité concerne la confiance et la protection dans un monde numérique de plus en plus complexe. Quant à l’énergie, la demande d’électricité redevient centrale après des années de désintérêt.
Autre facette du cycle : les introductions en bourse (IPO). Il s’agit pour une entreprise privée de faire coter ses actions en bourse.
Le calendrier potentiel pour 2026 est particulièrement dense. SpaceX, OpenAI, Anthropic, Databricks et Canva figurent parmi les candidats évoqués. Certaines estimations valorisent SpaceX à plus de 1 000 milliards de dollars, tandis qu’OpenAI et Anthropic affichent déjà des valorisations très élevées sur les marchés privés.
Si une partie de ces entreprises entre en bourse, elles pourraient capter une large part de l’attention et des capitaux des investisseurs. Cela a un impact direct sur les marchés : les grandes IPO attirent les flux vers les récits de croissance les plus puissants, notamment dans l’IA, l’espace, les données ou les infrastructures logicielles.
Pour l’Europe, la question est plus délicate. Les réformes des marchés à Londres, Francfort ou Paris peuvent aider. Mais les investisseurs n’achètent pas seulement un cadre réglementaire : ils recherchent des histoires, de l’ampleur et de la pertinence. Une entreprise de taille intermédiaire peut rester attractive, mais elle risque d’être éclipsée face aux futurs géants de l’intelligence artificielle.
Premier risque : le financement. Sur le papier, les grandes opérations sont séduisantes, mais la dette devient vite plus contraignante lorsque les taux montent. Il faut surveiller les spreads de crédit, l’appétit du marché obligataire et le réalisme des synergies annoncées.
Deuxième risque : la réglementation. Les secteurs concernés (transport, médias, cybersécurité, data centers, santé) sont sensibles. Les autorités peuvent s’interroger sur l’impact des concentrations sur la concurrence, les consommateurs et l’emploi.
Troisième risque : la valorisation. Une excellente entreprise peut être un mauvais investissement si le prix d’entrée est trop élevé. Cela vaut autant pour les acquisitions que pour les IPO. Le signal d’alerte est simple : on passe de « quel potentiel ? » à « que faut-il pour que tout se passe parfaitement ? »
L’offre de GameStop sur eBay peut aboutir, évoluer ou disparaître comme tant d’autres idées de marché. Mais son timing est révélateur. Les entreprises cherchent à acquérir taille, infrastructures et position stratégique, tandis que de grands acteurs privés se tiennent prêts à entrer en bourse.
Pour un investisseur de long terme, l’essentiel n’est pas de suivre chaque rumeur. Il s’agit de comprendre ce que ces mouvements disent de l’économie : la croissance reste précieuse, l’attention est limitée et les capitaux se concentrent sur les entreprises jugées essentielles. Sur les marchés, comme en e-commerce, le meilleur produit n’est pas forcément le plus bruyant dans le panier.
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