Samsung, TSMC : deux géants, un même moteur — l’appétit insatiable de l’IA
Samsung Electronics anticipe un bénéfice opérationnel trimestriel record de 107 400 milliards de wons, soit environ 80 milliards de dollars. Un niveau inédit qui dépasse, pour la première fois, la barre des 100 000 milliards de wons. Dans le même temps, TSMC a annoncé un chiffre d'affaires record de 1 490 milliards de dollars taïwanais au troisième trimestre, en hausse de 50 % sur un an.
Derrière ces deux performances se dessine une même réalité : les investissements massifs dans l'IA irriguent toute la chaîne des semi-conducteurs. Mais les deux groupes en illustrent des facettes différentes : Samsung profite notamment de l'envolée de la mémoire, tandis que TSMC bénéficie de la demande pour les puces de calcul avancées.
Samsung : le boom de la mémoire
Le bénéfice de Samsung est en hausse d'environ 20 % sur le trimestre précédent et de 782,5 % sur un an, pour un chiffre d'affaires d'environ 195 000 milliards de wons. Ce chiffre de +782 % est spectaculaire, mais il s'explique aussi par une base de comparaison très faible : il y a un an, le bénéfice trimestriel n'était que d'environ 12 000 milliards de wons.
Le moteur de cette explosion s'appelle la HBM (High Bandwidth Memory, mémoire à haute bande passante). Les puces d'IA, comme celles de Nvidia, doivent traiter des quantités énormes de données. Elles ont donc besoin d'une mémoire extrêmement rapide, placée au plus près du processeur. C'est ce que fait la HBM, et peu d'entreprises savent la produire : Samsung, SK Hynix et Micron contrôlent à elles trois plus de 85 % de la production de DRAM.
La HBM consomme beaucoup de silicium. Chaque usine qui en produit fabrique donc moins de mémoire « classique », celle de nos PC et smartphones. Résultat : des tensions partout. Samsung avait d'ailleurs prévenu lors de sa conférence de juillet que la pénurie s'aggraverait en 2027 et durerait jusqu'en 2028, faute d'ajouts de capacité significatifs avant. Pour les particuliers, c'est concret : les téléphones, TV et électroménager de Samsung sont pénalisés par le coût des composants, et les prix des appareils électroniques en subissent les conséquences.
TSMC : l'autre moitié de l'histoire
TSMC ne vend pas de mémoire. Son métier est de fabriquer les puces avancées conçues par d'autres : Nvidia, AMD, Apple et bien d'autres. Sans TSMC, ces entreprises auraient leurs designs, mais pas nécessairement les capacités industrielles pour produire leurs puces à grande échelle.
Son chiffre d'affaires du troisième trimestre atteint 1 490 milliards de dollars taïwanais, soit environ 46,71 milliards de dollars, en hausse de 50 % sur un an. Le chiffre dépasse le consensus des analystes, qui tablaient sur environ 1 460 milliards de dollars taïwanais. Il dépasse également le haut de la fourchette communiquée par TSMC en juillet : entre 44,6 et 45,8 milliards de dollars.
Le résultat est d'autant plus remarquable que TSMC doit absorber le coût de la montée en puissance de ses technologies les plus avancées. En juillet, le groupe prévoyait une marge brute comprise entre 65 % et 67 %, contre 67,7 % au deuxième trimestre. Cette pression était notamment liée au déploiement progressif de son procédé de gravure en 2 nanomètres, dont la production à grande échelle commence à monter en puissance.
Mais pour l'instant, une pièce importante du puzzle manque encore : la marge réellement réalisée au troisième trimestre. TSMC publiera ses résultats complets et ses nouvelles prévisions le 15 octobre.
La chaîne complète
Les résultats de Samsung et de TSMC ne sont pas deux histoires indépendantes. Ce sont deux maillons d'une même chaîne :
Le vrai sujet pour les investisseurs
La question n'est désormais plus de savoir si l'IA fait exploser la demande de semi-conducteurs. Les résultats de Samsung et de TSMC viennent une nouvelle fois de le confirmer. La vraie question est plutôt : combien de temps cette demande peut-elle encore croître à ce rythme ?
Aujourd'hui, les chiffres racontent une histoire simple : la demande IA est très forte. Mais ils ne prouvent pas encore que la demande soit durable pendant 5 ou 10 ans. Et cette différence est essentielle. Les attentes sont désormais si élevées qu'un record peut encore décevoir les marchés.
C'est donc moins le niveau absolu des bénéfices que leur trajectoire qui sera scrutée dans les prochains mois : les prix de la mémoire peuvent-ils continuer à progresser ? Les investissements dans les data centers peuvent-ils maintenir leur rythme ? Et les fabricants peuvent-ils encore augmenter leurs capacités assez rapidement pour répondre à la demande ?
Deux rendez-vous permettront d'affiner le tableau :
- 15 octobre : TSMC publiera ses résultats complets du troisième trimestre et actualisera ses perspectives. Les investisseurs surveilleront notamment les marges, la montée en puissance du 2 nm et les prévisions pour le quatrième trimestre.
- 29 octobre : Samsung détaillera ses résultats par activité, permettant notamment de mesurer précisément la contribution de la mémoire et de la HBM à ce bénéfice record.
Pour l'instant, une chose est certaine : l'IA continue de faire tourner à plein régime la chaîne mondiale des semi-conducteurs. Reste à savoir si cette machine peut continuer à accélérer.