Malgré l’ampleur apparente du contrat, l’action Boeing a reculé d’environ 4 % après l’annonce. Les marchés espéraient davantage : plusieurs anticipations évoquaient une commande pouvant atteindre 500 appareils, dont une part importante de 737 MAX.
Cette annonce doit toutefois être abordée avec prudence. Pékin n’a pas officiellement confirmé les détails de l’accord, aucun calendrier précis n’a été communiqué et ni les modèles concernés ni les volumes de livraison n’ont été détaillés.
Pour la Chine, cet accord potentiel répond à une double logique industrielle et stratégique. Le pays doit faire face à une demande aérienne structurellement forte (la Chine pourrait avoir besoin de près de 9 000 nouveaux avions d’ici 2045) tout en poursuivant le développement de son avionneur national COMAC et de son appareil C919.
Dans le même temps, Airbus reste très bien positionné grâce à son usine d’assemblage de Tianjin et à une image perçue comme plus « neutre » politiquement.
Pour Boeing, en revanche, l’accès au marché chinois reste fortement dépendant du climat diplomatique entre Washington et Pékin, ce qui continue d’alimenter la volatilité du dossier.
Agriculture et commerce : le retour des échanges « non sensibles »
Les deux pays ont également évoqué la création d’un mécanisme commercial visant environ 30 milliards de dollars de produits considérés comme « non sensibles ».
Les secteurs concernés incluraient notamment le soja, le maïs, le bœuf, certaines machines industrielles et des biens de consommation de base. L’objectif serait de réduire les tensions commerciales tout en sécurisant certaines chaînes d’approvisionnement.
Ce sujet représente aussi un enjeu politique important pour Donald Trump. La Chine restant le principal acheteur de soja américain, une reprise des achats agricoles soutiendrait à la fois les agriculteurs américains et plusieurs États clés du Midwest.
Semi-conducteurs : Un compromis prudent
Washington a accepté d’autoriser dix entreprises chinoises, dont Alibaba, Tencent, ByteDance et JD.com, à acheter jusqu’à 75 000 puces Nvidia H200 chacune. Selon plusieurs estimations, cela pourrait représenter entre 3,5 et 4 milliards de dollars de revenus annuels potentiels pour Nvidia.
Cette ouverture reste toutefois très encadrée. Les puces les plus avancées, comme les Blackwell et les H100, demeurent interdites à l’export vers la Chine. Les livraisons de H200 doivent par ailleurs transiter par le territoire américain et une partie des revenus générés serait reversée aux États-Unis. Surtout, aucune livraison n’a encore débuté : Pékin aurait demandé aux groupes chinois de suspendre temporairement leurs commandes afin d’évaluer les conditions imposées par Washington. Le message reste donc clair : les États-Unis acceptent certaines ventes commerciales, mais refusent toujours de donner accès aux technologies d’IA les plus stratégiques.
Terres rares : la principale épée de Damoclès
Les terres rares restent l’un des principaux points d’inquiétude du sommet, Pékin conservant un levier stratégique majeur sur ces matériaux essentiels aux semi-conducteurs, aux véhicules électriques, à l’aérospatiale et à l’armement. Parmi les métaux les plus sensibles figurent notamment le gallium, le germanium et l’antimoine.
Depuis avril 2025, date à laquelle la Chine a fortement réduit ses exportations, les volumes restent environ 50 % inférieurs à leur niveau d’avant-crise. Malgré des discussions, aucun véritable accord n’a été signé lors du sommet. Le représentant américain au Commerce a seulement évoqué une volonté d’étendre les mécanismes existants et de stabiliser les flux, sans engagement concret. Pour les industriels américains, ce dossier demeure ainsi l’un des plus préoccupants à moyen terme.
Géopolitique : Taïwan et l'Iran
Taïwan et l’Iran figurent parmi les deux principaux risques géopolitiques évoqués lors du sommet. Sur Taïwan, Xi Jinping aurait averti Donald Trump qu’une mauvaise gestion du dossier pourrait entraîner des « conflits », tandis que le président américain serait resté dans une posture d’écoute sans engagement clair. La question des ventes d’armes américaines à Taïwan reste donc ouverte. Pour les marchés, l’enjeu est majeur : l’île concentre plus de 80 % de la production mondiale de puces avancées via TSMC, ce qui en fait un point de fragilité systémique.
Sur le dossier iranien, le sommet n’a pas permis d’avancée concrète concernant le détroit d’Ormuz, dont les perturbations continuent de peser sur le marché pétrolier. Xi Jinping a indiqué partager l’objectif d’une réouverture du détroit, sans toutefois annoncer de mesures concrètes de pression sur Téhéran. Les marchés estiment donc que le risque énergétique reste élevé.
Quels secteurs peuvent tirer leur épingle du jeu ?
Dans l’aéronautique, Boeing bénéficie d’un signal de réouverture du marché chinois après plusieurs années d’absence. Même si les volumes restent inférieurs aux attentes, cela relance la visibilité du groupe sur un marché clé à long terme. GE Aerospace en profite également via la fourniture de moteurs, directement adossée aux commandes potentielles de gros-porteurs.
Dans ce contexte, Airbus reste un bénéficiaire indirect mais plus stable, grâce à sa forte implantation en Chine et à une perception politique moins exposée, notamment via son site d’assemblage de Tianjin.
Dans l’agriculture, les grands acteurs américains comme Archer-Daniels-Midland ou Bunge pourraient profiter d’une reprise progressive des flux de soja et de céréales vers la Chine. Deere & Co est également exposé via la mécanique agricole, dans un scénario de normalisation partielle des échanges.
Le secteur des semi-conducteurs et de l’IA ressort comme l’un des plus sensibles. Nvidia est le principal bénéficiaire potentiel de l’ouverture encadrée sur les puces H200, avec un impact de plusieurs milliards de dollars de revenus additionnels si les livraisons se concrétisent. Qualcomm et Micron sont également concernés, via un accès partiel retrouvé au marché chinois. Côté Chine, Alibaba et Tencent pourraient profiter de cet accès limité aux puces avancées pour renforcer leurs capacités en intelligence artificielle.
Enfin, les matières premières critiques et les chaînes industrielles liées aux terres rares restent en situation de tension. Des producteurs alternatifs ou certains groupes miniers canadiens et australiens pourraient bénéficier d’un intérêt stratégique accru, sans toutefois pouvoir remplacer à court terme la domination chinoise.
Conclusion
Le sommet Trump-Xi de mai 2026 n’a pas permis de résoudre les tensions structurelles entre les deux puissances, mais il a contribué à éviter une nouvelle escalade immédiate. Les annonces faites à Pékin illustrent surtout une relation désormais très transactionnelle, dans laquelle les États-Unis recherchent des gains commerciaux visibles, tandis que la Chine utilise son marché comme levier diplomatique. Dans ce cadre, chaque concession reste étroitement conditionnée à des contreparties stratégiques.
Pour les marchés, la situation demeure fragile. La trêve commerciale doit expirer à l’automne 2026, les tensions technologiques restent intactes et les risques géopolitiques liés à Taïwan et à l’Iran continuent de peser fortement sur les anticipations. Autrement dit, ce sommet apporte davantage une stabilisation temporaire du cadre de négociation qu’une véritable normalisation des relations entre Washington et Pékin.
Ce contenu est un document marketing et ne doit pas être considéré comme un conseil en investissement. Le trading d’instruments financiers comporte des risques, et les performances passées ne garantissent pas les résultats futurs.
L’instrument ou les instruments mentionnés dans ce contenu peuvent être émis par un partenaire, auprès duquel Saxo reçoit des frais de promotion, des paiements ou des rétrocessions. Bien que Saxo puisse percevoir une rémunération dans le cadre de ces partenariats, tout le contenu est conçu dans le but de fournir aux clients des informations utiles et des options pertinentes.