Prévisions chocs
Prévisions "chocs" 2026
Saxo Group
Investment Analyst
Depuis les frappes américano-israéliennes du 28 février 2026, le Détroit d'Ormuz est en crise, le Brent a dépassé 120 $/baril et l'IEA parle de « plus grande perturbation de l'histoire du pétrole ». Et pourtant, le S&P 500 vient d'inscrire un nouveau sommet historique à 7 147 points. Décryptage d'une décorrélation saisissante.
1) Début 2026 : Une euphorie de marché
Les marchés mondiaux démarrent l’année dans un climat très optimiste, portés par les valeurs technologiques et les semi-conducteurs. Les investisseurs anticipent des baisses de taux et un fort cycle de croissance dans les puces. Certains indices, comme le KOSPI coréen, explosent déjà (+50 % en deux mois), tandis que les tensions géopolitiques sont largement ignorées.
2) Fin février : Le choc géopolitique
Le 28 février, des frappes américano-israéliennes contre l’Iran déclenchent une première correction brutale. Les marchés reculent, et le pétrole s’envole immédiatement (+10 à +13 %). Le mouvement reste encore contenu, mais la tendance s’inverse.
3) Début mars : La vraie rupture
La situation bascule lorsque l’Iran ferme le détroit d’Ormuz, un passage stratégique par lequel transite 20% du pétrole mondial. Ce choc provoque une rupture immédiate des équilibres énergétiques : le Brent dépasse les 120 dollars, tandis que le marché du GNL en Asie connaît une explosion des prix de plus de 140 %. Les marchés actions réagissent violemment, avec une accélération de la baisse en Asie, notamment un effondrement du KOSPI de près de 19 % sur le mois, et une tendance baissière qui s’installe durablement sur les indices américains.
4) Fin mars : Point bas des marchés
À la fin mars, les marchés atteignent leur point bas. Le S&P 500 recule d’environ 9 % (6 316 points) depuis le début du conflit, tandis que les prix de l’énergie et l’inflation restent sous pression, notamment avec une hausse du prix de l’essence aux États-Unis. La volatilité est élevée, le VIX se rapprochant des 30 points, mais il n’y a pas de panique systémique. Les investisseurs institutionnels avaient en grande partie anticipé le scénario et couvert leurs positions, ce qui limite les effets de cascade.
5) Début avril : Rebond violent et tournant politique
Un plan de paix mené par le Pakistan, suivi d’un cessez-le-feu annoncé par Donald Trump, change brutalement le sentiment de marché. Le pétrole chute fortement et les marchés actions rebondissent de façon spectaculaire, effaçant une grande partie des pertes.
6) Mi-avril : Retour au sommet
Malgré un contexte géopolitique toujours fragile, les marchés poursuivent leur hausse et atteignent de nouveaux sommets historiques. Le S&P 500 inscrit un record le 17 avril à 7 147 points, dépassant ses niveaux d’avant-crise. Cette dynamique illustre une résilience remarquable des marchés et un retour rapide de l’appétit pour le risque.
T.A.C.O. = « Trump Always Chickens Out »
Les investisseurs ont été conditionnés, au fil des multiples crises de la présidence Trump 2.0, à anticiper que le président reculerait systématiquement dès que la douleur économique devenait trop intense. Cette conviction, née des multiples revirements sur les tarifs douaniers, est devenue une stratégie de trading à part entière. Les traders achètent les replis en pariant que Trump trouvera une porte de sortie et « déclarera victoire ».
Le 7 avril 2026, à deux heures de son ultimatum fixé à 20h00, Trump a annoncé le cessez-le-feu, validant spectaculairement la logique TACO. Ce jour est entré dans l'histoire comme le « TACO Tuesday », déclenchant un rally de 1 500 milliards de dollars.
« Le marché boursier ne cherche pas à évaluer ce qui se passe aujourd'hui. Il essaie toujours d'évaluer à quoi ressemblera le monde dans 6 à 12 mois. » Joe Seydl, Senior Markets Economist, J.P. Morgan Private Bank
1) La prime IA absorbe les chocs
Une part importante du S&P 500 est aujourd’hui concentrée dans les grandes valeurs technologiques, portées par l’intelligence artificielle. Leur performance dépend surtout de facteurs structurels propres (croissance des profits, innovation, adoption de l’IA) plutôt que de chocs géopolitiques à court terme.
Ces entreprises sont aussi relativement peu exposées directement aux tensions au Moyen-Orient, ce qui limite leur sensibilité aux crises énergétiques ou militaires. Cela crée une forme de « prime IA » : une dynamique autonome qui amortit partiellement l’impact des chocs exogènes sur l’indice.
Comme le résume Mark Zandi (Moody’s), ces valeurs « fonctionnent selon leur propre dynamique », ce qui contribue à décorréler en partie le S&P 500 des événements géopolitiques.
2) L’indépendance énergétique américaine
L’impact macroéconomique reste relativement plus contenu que dans d’autres grandes économies importatrices. Cette résilience relative s’explique par trois facteurs : la production domestique importante de pétrole et de gaz de schiste, qui permet de capter une partie de la hausse des prix ; une moindre dépendance nette aux importations du Golfe par rapport aux décennies passées ; et une structure économique dominée par les services et la technologie, moins directement exposée aux variations du coût de l’énergie que les économies industrielles.
3) Des bénéfices d’entreprises solides
Malgré le choc géopolitique, les résultats des entreprises américaines restent solides. Les analystes anticipent une croissance des bénéfices du S&P 500 d’environ +13 % au premier trimestre 2026, ce qui prolonge une série de plusieurs trimestres consécutifs de croissance à deux chiffres.
Dans ce contexte, les marchés continuent de se concentrer principalement sur les fondamentaux de profitabilité et les perspectives de croissance à moyen terme, notamment dans la technologie et l’IA, plutôt que sur les événements géopolitiques à court terme.
4) Une « normalisation » des chocs géopolitiques
Les marchés ont progressivement intégré le fait que la majorité des chocs géopolitiques provoquent surtout une hausse temporaire de la volatilité plutôt qu’un changement durable des fondamentaux économiques. Les épisodes récents (Ukraine, Gaza, droits de douanes, Iran) ont renforcé un schéma devenu récurrent : réaction initiale de « risk-off » avec baisse des actions et hausse du pétrole, suivie d’une stabilisation puis d’un rebond lorsque l’absence de contagion systémique se confirme.
Ce comportement repose sur deux mécanismes clés. D’une part, les investisseurs distinguent de plus en plus les chocs « localisés » des crises globales affectant directement la croissance mondiale ou le système financier. D’autre part, la liquidité abondante et les flux passifs renforcent les dynamiques de rebond mécanique, dès lors que les niveaux techniques ou les anticipations de résultats ne sont pas remis en cause.
Ainsi, sans que les marchés ignorent les événements, ils tendent à les traiter comme des perturbations transitoires : une phase de repli liée au risque, suivie d’un retour progressif vers les tendances dominantes (croissance des bénéfices, politique monétaire, liquidité).
À moyen terme, plusieurs risques restent sous-évalués. Le cessez-le-feu est fragile. Les dommages sur les infrastructures énergétiques du Golfe sont structurels et pluriannuels. Les pressions inflationnistes peuvent se raviver. Et surtout, le marché parie sur un facteur (la volonté de Trump de désescalader) qui n'est pas garanti.
Ce qui est certain, c'est qu'une nouvelle ère s'est ouverte pour les marchés financiers : une ère où la géopolitique est traitée comme un signal "tactique" court-terme plutôt que comme un risque "stratégique" long-terme. Cette évolution cognitive a ses propres mécanismes de validation et ses propres limites.
Ce contenu est un document marketing et ne constitue pas un conseil en investissement. Le trading d’instruments financiers comporte des risques et les performances passées ne garantissent pas les résultats futurs.
Les instruments mentionnés peuvent être émis par des partenaires, dont Saxo peut recevoir une rémunération. Malgré cela, les contenus sont conçus pour fournir des informations utiles aux clients.