Prévisions chocs
Prévisions "chocs" 2026
Saxo Group
Investment Analyst
Le choc actuel est réel (pétrole, inflation, commerce mondial), mais reste avant tout géopolitique : historiquement, ces crises créent de la volatilité, pas des marchés baissiers durables.
Trois scénarios dominent : une désescalade rapide (le plus probable), un blocage partiel perturbant, ou une escalade majeure (peu probable mais à fort impact).
Le principal risque pour l’investisseur est comportemental : vendre dans la panique conduit généralement à manquer les rebonds, souvent concentrés après les plus fortes baisses.
La bonne approche consiste à rester discipliné, conserver une vision long terme et ajuster son allocation à froid, en privilégiant les secteurs résilients.
Le 28 février 2026, une coalition israélo-américaine a lancé des frappes militaires de grande ampleur contre l'Iran dans le cadre de l'opération « Epic Fury ». L'Iran a ensuite annoncé la fermeture du détroit d'Ormuz, ce passage de 55 km de large entre le golfe Persique et l'océan Indien par lequel transite chaque jour environ 20 % du pétrole mondial.
Le trafic maritime y est désormais quasiment à l'arrêt : de 51 navires commerciaux sortants par jour avant les frappes à moins de 3 le 13 mars, selon les données de MarineTraffic.
Les marchés ont réagi mécaniquement : le baril de pétrole WTI a bondi de +36 % en une semaine, sa plus forte hausse hebdomadaire jamais enregistrée. Le gaz naturel a suivi, amplifié par la suspension forcée de la production de GNL au Qatar après des frappes iraniennes sur ses installations. Les primes d'assurance pour tout navire tentant de traverser le détroit ont explosé (jusqu'à +50 %) rendant le passage économiquement prohibitif pour la plupart des armateurs.
À ce stade, trois éléments méritent d'être gardés en tête : la situation reste extrêmement incertaine (de nouvelles frappes iraniennes visent encore des infrastructures dans la région ce week-end), une coalition de 22 nations travaille à la réouverture du détroit, et personne ne peut prédire avec certitude la durée ni l'issue du conflit. Ce qui peut être fait, en revanche, c'est replacer ces événements dans leur contexte historique et en tirer des enseignements concrets.
Les crises géopolitiques génèrent presque toujours une volatilité éphémère plutôt que des marchés baissiers structurels. La seule grande exception reste le choc de 1973, lorsque la guerre du Kippour s'est muée en crise économique de fond en raison d'un embargo coordonné, pas simplement d'une tension.
Les meilleures séances sont presque toujours concentrées autour des pires. Le CAC 40 a rebondi de +9 % le 13 mars 2003, le lendemain d'une séance de panique sur la guerre en Irak. Après le choc du 11 septembre, le marché américain a rebondi de +7,4 % à la réouverture. Après la chute des marchés liée à l'invasion de l'Ukraine en mars 2022, le CAC 40 avait récupéré l'intégralité de sa baisse en cinq mois.
Les meilleures séances sont presque toujours concentrées autour des pires. Le CAC 40 a rebondi de +9 % le 13 mars 2003, le lendemain d'une séance de panique sur la guerre en Irak. Après le choc du 11 septembre, le marché américain a rebondi de +7,4 % à la réouverture. Après la chute des marchés liée à l'invasion de l'Ukraine en mars 2022, le CAC 40 avait récupéré l'intégralité de sa baisse en cinq mois.
Sortir du marché après une chute pour « attendre que ça se calme » — c’est statistiquement la meilleure façon de rater le rebond. Et dans une crise géopolitique comme celle de l’Iran, où le marché peut intégrer une désescalade en 48 heures, ce risque est particulièrement élevé.
Le premier scénario repose sur une désescalade rapide du conflit, dans un délai de quatre à huit semaines, et apparaît aujourd’hui comme le plus probable.
D’une part, la pression politique aux États-Unis est forte, notamment en raison de la hausse du prix de l’essence, qui a déjà dépassé les 5 dollars par gallon en Californie, un niveau difficilement soutenable à l’approche des échéances électorales. D’autre part, l’Iran lui-même dépend économiquement du pétrole qu’il exporte vers la Chine via le détroit d’Ormuz, ce qui rend un blocage total contraire à ses propres intérêts. Enfin, la mobilisation internationale, avec une coalition de 22 nations incluant la France, le Royaume-Uni, le Japon et les Émirats arabes unis, ainsi que la capacité annoncée de la marine américaine à escorter les pétroliers, renforce la probabilité d’une stabilisation rapide.
Dans ce scénario, le prix du pétrole se détendrait rapidement pour revenir dans une fourchette comprise entre 75 et 85 dollars le baril. L’inflation poursuivrait sa trajectoire de désinflation, permettant aux banques centrales, notamment la Réserve fédérale américaine, d’envisager une première baisse de taux au second semestre. Les marchés actions réagiraient positivement, portés par la normalisation du commerce maritime et la disparition progressive de la prime de risque géopolitique.
Le deuxième scénario correspond à un blocage partiel mais persistant, sur une durée de deux à quatre mois, avec une probabilité modérée.
Dans cette configuration, l’Iran ne disposerait pas des capacités militaires suffisantes pour imposer un blocus total, mais pourrait entretenir une stratégie de perturbation continue, combinant mines, drones, brouillage GPS et attaques ciblées contre des navires. Ce type de conflit d’usure serait suffisant pour dissuader les assureurs de couvrir le passage, rendant la navigation très limitée sans protection militaire. Les routes alternatives ne permettraient pas de compenser les volumes habituels, estimés à environ 20 millions de barils par jour, et les premières conséquences sur le commerce mondial sont déjà visibles, l’Organisation mondiale du commerce ayant revu à la baisse ses perspectives de croissance pour 2026.
Dans ce contexte, le prix du pétrole se maintiendrait dans une zone comprise entre 100 et 120 dollars le baril, avec une volatilité élevée. L’inflation repartirait à la hausse, en particulier en Europe, fortement dépendante des importations énergétiques, notamment du gaz naturel liquéfié en provenance du Qatar transitant par Ormuz. La Banque centrale européenne se retrouverait alors confrontée à un arbitrage délicat entre soutien à la croissance et lutte contre l’inflation. Les marchés actions évolueraient de manière erratique, marqués par une rotation sectorielle importante, au bénéfice des valeurs énergétiques et de défense, tandis que les secteurs cycliques et liés à la consommation seraient sous pression. Les taux longs européens resteraient orientés à la hausse.
Le troisième scénario correspond à une escalade majeure avec fermeture totale et durable du détroit d’Ormuz, bien que sa probabilité soit faible.
Un tel développement impliquerait une rupture économique majeure pour l’Iran, notamment vis-à-vis de la Chine, son principal client pétrolier, ce qui en fait une hypothèse extrême. De plus, la présence militaire accrue de plusieurs puissances, dont les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et l’Inde, rendrait un blocus total difficile à maintenir dans la durée. Ce scénario ne pourrait se matérialiser qu’en cas d’escalade militaire directe, notamment si des frappes visaient les infrastructures iraniennes suivies d’une réponse radicale de Téhéran.
Dans une telle configuration, le prix du pétrole dépasserait 150 dollars le baril en cas d’extension du conflit aux infrastructures saoudiennes. L’inflation mondiale s’accélérerait fortement, et une récession en Europe deviendrait très probable. Les marchés actions enregistreraient une correction brutale en quelques semaines. Les marchés obligataires connaîtraient une dynamique inhabituelle, avec une première phase de tension liée à l’inflation, suivie d’un rebond en cas d’intervention rapide des banques centrales. Ce scénario serait le seul à justifier un repositionnement défensif marqué, tout en étant également celui dans lequel les décisions prises dans l’urgence comportent le plus de risques.