Prévisions chocs
Prévisions "chocs" 2026
Saxo Group
Investment Analyst
La crise iranienne et la fermeture du détroit d’Ormuz ont provoqué un choc immédiat sur le prix du kérosène qui a plus que doublé en quelques semaines.
Le secteur aérien est extrêmement vulnérable à ce type de choc, avec moins de 4 % de marge nette : une hausse marginale des coûts suffit à effacer des milliards de profits attendus en 2026.
Le hedging (couverture carburant) devient un facteur clé de différenciation entre compagnies, mais sa protection est partielle et limitée dans le temps.
Les perspectives 2026 sont fortement dégradées, les prévisions de l’IATA étant remises en cause par la hausse du pétrole et la pression simultanée sur les coûts et la demande, rendant le secteur plus sélectif.
En moins d’un mois, le coût du carburant aérien a plus que doublé.
Pour un secteur qui fonctionne avec moins de 4 % de marge nette, le choc est brutal : une grande partie des profits attendus en 2026 pourrait déjà avoir disparu.
À l’origine de cette onde de choc : la crise iranienne et la paralysie du détroit d’Ormuz, véritable artère énergétique mondiale.
Pour les investisseurs, une question s’impose désormais : quelles compagnies peuvent absorber le choc… et lesquelles risquent d’y laisser des plumes ?
Pour contextualiser : remplir les réservoirs d'un Boeing 737 coûtait 17 000 dollars le 27 février. Moins d'une semaine après le début du confit, la facture atteignait les 30 000 dollars, soit une augmentation de plus de 70% en une semaine. Des compagnies comme Vietnam Airlines ont même exprimé des inquiétudes sur leur capacité à s'approvisionner physiquement en carburant.
La corrélation entre le cours du pétrole et les valorisations boursières des compagnies aériennes est négative. Cela signifie que lorsque le pétrole augmente, le cours des actions des compagnies aériennes baissent.
La raison en est simple : le carburant représente entre 20 % et 30 % des charges d'exploitation selon les compagnies, ce qui fait du kérosène leur principal levier de coût.
En revanche, cette relation n’est pas stable dans le temps. À moyen terme, elle peut s’inverser : un pétrole élevé reflète souvent une économie solide, donc une demande de voyages plus forte, comme en 2022, où la demande post-Covid avait compensé la hausse des prix.
En 2026, le contexte est différent. La demande est revenue à la normale, sans effet de rattrapage, et les consommateurs sont déjà sous pression. Résultat : un double choc pour le secteur - hausse des coûts et ralentissement de la demande - qui renforce la corrélation négative entre pétrole et actions aériennes.
L'IATA estimait pour 2026 une marge nette sectorielle de 3,9 %, soit 41 milliards de dollars de bénéfice net sur 1 053 milliards de chiffre d'affaires. La facture carburant était projetée à 252 milliards de dollars pour l'ensemble du secteur, en baisse de 0,3 % grâce à la baisse du brut anticipée avant le conflit. Ce cadre budgétaire pré-crise permet de mesurer le choc avec précision.
Les marchés réagissent fortement aux annonces politiques : début mars, une déclaration optimiste de Donald Trump avait brièvement fait chuter le Brent de 119 à 90 $ en une séance, entraînant un rebond marqué des actions aériennes.
Mais cet épisode a été vite effacé : le prix réel du kérosène restait au‑dessus de 200 $/baril, signe que les acteurs de terrain ne croyaient pas à une résolution rapide. Dans ce contexte, trois scénarios dominent les discussions :
Scénario 1 : Désescalade rapide du conflit
Brent : retour vers 70–80 $ le baril
Dans ce scénario, la situation se stabilise rapidement :
Conséquence générale :
Le secteur traverse une période difficile mais évite les pertes massives. Les compagnies les plus pénalisées pourraient connaître un rebond progressif, avec un retour vers les niveaux pré‑conflit.
Scénario 2 : Le conflit dure
Brent : entre 100 et 130 $ le baril
C’est le scénario d’un conflit prolongé, avec plusieurs effets en chaîne :
Conséquence générale :
- Pression généralisée sur les actions aériennes, avec des résultats fortement revus à la baisse pour les groupes les moins protégés.
- Les compagnies les plus solides (meilleure couverture, meilleures marges) pourraient mieux résister, mais le secteur dans son ensemble serait sous tension.
Scénario 3 : Frappes sur les infrastructures du Golfe
Brent : au‑delà de 150 $, voire 200 $ le baril
C’est le scénario le plus extrême et le plus destructeur :
Conséquence générale :
- Baisse généralisée des actions aériennes,
- Risque de faillites pour certaines compagnies très exposées,
- Vague de consolidation, similaire à celle qui avait réduit le nombre de grands transporteurs américains de 8 à 4 dans les années 2008–2014.
1) La structure du réseau
Les hubs moins exposées aux routes du Moyen-Orient (comme Istanbul ou l’Atlantique Nord) montrent une meilleure stabilité opérationnelle.
2) Le mix de clientèle
Les compagnies qui s’adressent à une clientèle premium disposent généralement d’un meilleur pricing power pour absorber la hausse du kérosène.
3) La qualité et la durée des couvertures
Ce n’est pas seulement le taux de couverture qui compte, mais la façon dont il protège réellement contre le prix du kérosène. De plus, une couverture expire : une compagnie très protégée au printemps peut devenir vulnérable dès l’automne.
4) Il faut surveiller le prix réel du kérosène, pas seulement le Brent.
En période de tensions, le Brent “papier” peut diverger fortement du prix physique payé par les compagnies. Le rapprochement entre les deux serait l’un des premiers signaux crédibles d’apaisement.
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