Le boom des IPO dans le nucléaire : l’IA a besoin d’électricité, Wall Street y voit une opportunité
Points clés :
Holtec rejoint un groupe grandissant d’entreprises du secteur nucléaire qui testent l’intérêt des marchés financiers, aux côtés de X-energy et de Standard Nuclear, tandis que Westinghouse étudie également une éventuelle introduction en Bourse.
L’intelligence artificielle renforce la demande en électricité fiable, mais la rentabilité du nucléaire reste fortement tributaire des coûts de construction et de la capacité à mener les projets à bien.
Les valeurs du secteur nucléaire offrent des profils d’exposition très différents, allant des centrales en exploitation et du combustible aux fournisseurs d’équipements et aux développeurs de futurs réacteurs.
La prochaine entreprise spécialisée dans l’intelligence artificielle à faire son entrée en Bourse ne fabrique ni puces ni logiciels. Elle conçoit des équipements nucléaires.
Holtec Nuclear doit faire son entrée au Nasdaq le 18 septembre 2026, après avoir fixé une fourchette de prix de 15 à 18 USD par action pour son introduction en Bourse, valorisant l’entreprise jusqu’à 10,2 milliards de dollars.
À l’origine de cet engouement se trouve un problème très simple. L’IA a besoin d’ordinateurs. Les ordinateurs ont besoin de centres de données. Et les centres de données ont besoin d’énormes quantités d’électricité, idéalement à toute heure, tous les jours.
L’Agence internationale de l’énergie prévoit que la consommation mondiale d’électricité des centres de données devrait à peu près doubler entre 2025 et 2030. Dans ce contexte, la capacité du nucléaire à fournir une électricité disponible en continu redevient soudainement très attrayante.Le nucléaire est un thème, mais recouvre plusieurs activités
Holtec est particulièrement intéressant à comparer, car il ne s’agit pas simplement d’une promesse autour d’un réacteur qui verra le jour dans le futur.
L’entreprise fabrique déjà des composants nucléaires, gère le combustible usé et fournit des services de démantèlement. Elle cherche également à redémarrer la centrale de Palisades, dans le Michigan, d’une puissance de 800 mégawatts, et à développer son propre petit réacteur modulaire (SMR), conçu pour être construit de manière plus standardisée.
Holtec se situe donc à mi-chemin entre plusieurs types d’investissements nucléaires déjà existants.
Constellation Energy offre principalement une exposition à la production d’électricité des centrales en exploitation. Cameco vend de l’uranium et détient 49 % de Westinghouse, qui fournit du combustible, des équipements et des services. GE Vernova est présente dans le nucléaire à travers ses équipements et sa technologie de petit réacteur modulaire BWRX-300. Oklo se situe beaucoup plus en amont, du côté du développement, où l’essentiel de la valeur dépend encore de réacteurs qui restent à construire.
Même thème nucléaire. Des risques économiques très différents.
Pour les investisseurs, cette distinction compte davantage que le simple mot « nucléaire » dans la description de l’entreprise. Les réacteurs existants produisent de l’électricité dès aujourd’hui. Les nouveaux réacteurs doivent d’abord obtenir les autorisations nécessaires, trouver des financements, être construits et attirer des clients.
La question des 15 000 USD
La demande n’est peut-être plus le principal problème du nucléaire. Le coût, si.
L’expérience récente des États-Unis est préoccupante. Une étude utilisée par le département américain de l’Énergie estime le coût de construction des réacteurs 3 et 4 de Vogtle à environ 15 000 USD par kilowatt (kW), en dollars de 2024.
À titre de comparaison, prenons la centrale nucléaire de Barakah, aux Émirats arabes unis. Construite à partir d’une technologie de réacteur sud-coréenne et dans le cadre d’un programme reproductible de quatre unités, son besoin de financement de 24,4 milliards de dollars pour une capacité totale de 5,6 gigawatts revient à environ 4 400 USD par kW de capacité.
Les chiffres ne sont pas parfaitement comparables, mais l’écart raconte l’essentiel. Le nucléaire devient nettement moins coûteux lorsque les pays reproduisent les mêmes modèles, conservent une main-d’œuvre qualifiée et disposent de chaînes d’approvisionnement opérationnelles.
Holtec vise elle-même un coût d’environ 7 500 à 8 500 USD par kW pour ses futurs projets de SMR à deux unités sur des marchés à coûts élevés comme les États-Unis. Cet objectif est important. Le véritable enjeu sera de réussir à l’atteindre.
Quand le scénario peut dérailler
Le risque le plus évident est que l’enthousiasme pour le nucléaire prenne de vitesse sa réalité économique. Une hausse des estimations du coût par kW, des retards dans les étapes réglementaires ou des demandes répétées de financements publics supplémentaires seraient autant de signaux d’alerte.
La demande liée à l’IA peut également être bien réelle sans pour autant se transformer en demande pour le nucléaire. Le gaz naturel, les énergies renouvelables, les batteries et la modernisation des réseaux peuvent être déployés plus rapidement que de nouveaux réacteurs.
Holtec présente par ailleurs une particularité en matière de gouvernance. Les entités liées au fondateur devraient conserver environ 99 % des droits de vote lors de l’élection des administrateurs après l’introduction en Bourse, ce qui laisse aux actionnaires publics une influence limitée.
La stratégie à adopter pour les investisseurs
- Distinguer le présent de l’avenir. Il faut différencier les actifs nucléaires existants qui génèrent déjà des flux de trésorerie des entreprises dont la valeur dépend du déploiement futur de nouveaux réacteurs.
- Surveiller le coût par kilowatt. La baisse des coûts de construction et la capacité à reproduire les projets comptent davantage que les annonces ambitieuses sur les capacités à venir.
- Suivre les contrats et les autorisations. Les contrats d’achat d’électricité fermes, les autorisations réglementaires et les étapes de construction effectivement franchies constituent des preuves bien plus solides que les projets encore non contraignants.
L’électricité d’abord, les valorisations ensuite
L’IA a peut-être rouvert la porte du nucléaire à Wall Street, mais la seule hausse de la demande d’électricité ne suffit pas à rendre les réacteurs rentables. Les gagnants seront les entreprises capables de transformer cette demande en contrats signés, en autorisations obtenues, en constructions reproductibles et, à terme, en flux de trésorerie.
C’est pourquoi l’indicateur nucléaire le plus pertinent n’est peut-être pas le nombre de mégawatts promis, mais le nombre de dollars par kilowatt effectivement livré. Si l’industrie parvient à passer de la complexité des projets uniques à la Vogtle à la logique de répétition de Barakah, cette vague d’introductions en Bourse pourrait marquer une véritable relance industrielle. Si les coûts restent élevés et que les délais continuent de s’allonger, les investisseurs pourraient découvrir que les serveurs d’IA peuvent toujours être construits bien plus rapidement que les réacteurs.
La pénurie d’électricité est bien réelle. C’est la capacité d’exécution qui déterminera qui sera rémunéré pour y remédier.