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Les résultats semestriels laissent peu de place au doute : Belron façonne plus que jamais l’histoire de D’Ieteren. Le groupe reste officiellement une famille d’entreprises, mais les chiffres du premier semestre racontent surtout une chose : le spécialiste du vitrage automobile demeure le joyau de la couronne du groupe d’investissement.
Les investisseurs veulent naturellement surtout savoir quand Belron fera son entrée en bourse. Sur ce point, le communiqué ne livre aucun nouveau signal concret. Pas de calendrier, pas d’annonce formelle, pas d’indication claire.
Les chiffres montrent néanmoins pourquoi cette question revient sans cesse. Belron apporte croissance, amélioration des marges et génération de trésorerie. D’Ieteren Automotive apporte pour l’instant surtout des vents contraires. La distribution automobile belge souffre de volumes plus faibles, d’une pression sur les marges et de performances plus faibles dans le réseau de distribution.
Les chiffres du groupe apparaissent solides. Le bénéfice ajusté avant impôts a progressé de 6,6 % à 482,4 millions d’euros. Le chiffre d’affaires est resté quasiment stable à 6,09 milliards d’euros : la croissance de la plupart des activités a été freinée par la faiblesse des ventes automobiles et par des effets de change défavorables. Le cash-flow opérationnel (« trading cash flow ») a augmenté de 12,0 % à 539,0 millions d’euros, ce qui montre que les activités sous-jacentes continuent de générer d’importantes liquidités. Selon le résumé du groupe, le flux de trésorerie disponible est ressorti légèrement négatif à -4,1 millions d’euros. Les acquisitions réalisées par PHE en Espagne ont pesé sur les flux de trésorerie, mais Belron a largement compensé grâce à une forte hausse de son propre flux de trésorerie disponible. Belron a fait bien mieux qu’attendu : son bénéfice ajusté avant impôts a progressé de 28,6 % à 308,2 millions d’euros, nettement au-dessus des 293,1 millions d’euros anticipés par Kepler Cheuvreux selon ABM Financial News. Chez D’Ieteren Automotive, le même indicateur a en revanche chuté de 66,6 % à 36,4 millions d’euros.
Belron est surtout connu à travers Carglass. Il s’agit d’un acteur mondial de la réparation, du remplacement et du recalibrage des vitrages automobiles. Cette dernière activité prend de plus en plus d’importance à mesure que les véhicules modernes intègrent davantage de capteurs. Remplacer un pare-brise ne consiste donc plus simplement à changer une vitre. Il faut souvent aussi recalibrer correctement les systèmes d’aide à la conduite.
Cela explique pourquoi les investisseurs attendent avec impatience l’introduction en bourse de Belron. Le chiffre d’affaires a progressé de 4,7 % au premier semestre pour atteindre 3,57 milliards d’euros, soit une hausse de 8,3 % à taux de change constants. La croissance organique s’est élevée à 7,3 %. Cette croissance est soutenue par la complexité technologique croissante des véhicules modernes ainsi que par une demande persistante pour les services de réparation et de remplacement.
La qualité de cette croissance mérite également d’être soulignée. Le nombre d’interventions réalisées a augmenté, mais Belron a aussi bénéficié d’un mix produits et prix plus favorable. Le taux de recalibrage est monté à 52,1 %, contre 45,9 % un an plus tôt. Autrement dit, un nombre croissant de remplacements de pare-brise s’accompagne de prestations techniques supplémentaires.
Les marges ont également progressé. La marge opérationnelle ajustée est passée de 21,4 % à 23,0 %. Belron ne progresse donc pas seulement en chiffre d’affaires et en bénéfices, mais aussi en génération de trésorerie : le flux de trésorerie disponible a presque doublé pour atteindre 485,1 millions d’euros. C’est là que réside la véritable qualité de cette bonne surprise.
Belron reste toutefois une entreprise fortement financée par la dette. La dette nette atteignait 8,34 milliards d’euros à fin juin, même si elle a légèrement diminué par rapport à fin 2025. Le levier financier est passé de 4,5 à 4,3 fois. Ce niveau reste élevé, mais l’évolution est positive. Tant que Belron continue à générer des liquidités, cette structure de bilan reste maîtrisable. En revanche, si la croissance ou les marges venaient à s’essouffler, cet endettement deviendrait plus rapidement un sujet de préoccupation.
D’Ieteren Automotive, l’activité historique de distribution automobile en Belgique, a connu un premier semestre difficile. Le marché belge des voitures particulières neuves a reculé de 2,4 %, mais D’Ieteren Automotive a fait moins bien que le marché. Le nombre de véhicules neufs livrés a diminué de 8,3 % et le chiffre d’affaires a reculé de 10,8 % à 2,27 milliards d’euros.
PHE, le distributeur de pièces automobiles, continue d’avancer à bon rythme. Son chiffre d’affaires a progressé de 10,4 % à 1,61 milliard d’euros, soutenu par la croissance organique et les acquisitions en Espagne. Le bénéfice ajusté avant impôts a augmenté de 18,4 % à 106,8 millions d’euros. Le revers de la médaille concerne les flux de trésorerie : en raison des acquisitions et de l’augmentation des stocks, PHE a consommé du cash-flow disponible.
TVH, spécialiste des pièces détachées notamment pour les machines industrielles et agricoles, a également poursuivi sa croissance. Son chiffre d’affaires a augmenté de 5,3 % à 894,8 millions d’euros et son bénéfice ajusté avant impôts a progressé de 16,9 % à 44,2 millions d’euros. Les marges ont toutefois été quelque peu affectées par la hausse des coûts des marchandises et du transport.
Moleskine reste l’activité la plus petite et la plus fragile du portefeuille. Son chiffre d’affaires a légèrement progressé à 52,2 millions d’euros et sa perte avant impôts s’est réduite, principalement grâce à la baisse des charges financières. Il s’agit néanmoins davantage d’une histoire de redressement que d’un véritable moteur de croissance à ce stade.
La thèse d’investissement de D’Ieteren s’apprête à entrer dans une nouvelle phase avec l’arrivée prochaine d’un nouveau CEO. Francis Deprez quitte ses fonctions, ce qui place désormais les projecteurs sur son successeur. Celui-ci devra conduire Belron vers une éventuelle introduction en bourse au bon moment, tout en démontrant que D’Ieteren est davantage qu’un simple écrin pour son joyau. Les résultats semestriels mettent clairement en lumière ce défi. Belron poursuit sa croissance, améliore ses marges et génère des liquidités. Les ventes automobiles restent sous pression, tandis que PHE et TVH poursuivent leur progression et que seule Moleskine demeure réellement à la traîne. Les investisseurs suivent donc de près la succession chez D’Ieteren et, par extension, l’évolution de Belron. Le défi du futur CEO sera de taille : faire ressortir toute la valeur de Belron sans que le reste du groupe ne passe au second plan.