Connectivité : Starlink reste la machine à cash
Avec 4,3 milliards de dollars de chiffre d'affaires, en hausse de 66 % sur un an, Starlink demeure de loin la principale source de revenus et de rentabilité du groupe. La division a recruté 1,7 million de nouveaux abonnés au cours du trimestre, un record, portant sa base installée à 12 millions de clients. L'EBITDA ajusté atteint 2,6 milliards de dollars, au-dessus des attentes du marché, confirmant que Starlink finance aujourd'hui une grande partie des investissements réalisés dans les autres activités.
Le seul point de vigilance concerne le revenu moyen par abonné (ARPU), stable sur le trimestre mais en baisse marquée sur un an, à 66 dollars contre 85 dollars. Cette évolution reflète une expansion rapide dans les marchés internationaux et des offres plus abordables. À court terme, la baisse du revenu unitaire est largement compensée par la croissance du nombre d'abonnés, mais elle restera un indicateur clé à surveiller.
IA : la croissance impressionne, mais le marché regarde surtout les coûts
C'est la division qui concentrait l'attention avant les résultats. Les revenus de l'activité IA ont atteint 2,56 milliards de dollars, soit une progression de 247 % sur un an, grâce à la montée en puissance des contrats de capacité de calcul avec de grands acteurs comme Google et Anthropic.
La bonne surprise vient surtout de la perte opérationnelle, limitée à 1,26 milliard de dollars, contre près de 2,4 milliards attendus par le consensus. Les premiers revenus issus de la location de capacité de calcul et des services d'IA progressent rapidement, mais l'activité reste très largement déficitaire et dépend encore d'investissements massifs.
Espace : un avantage stratégique plus qu'un moteur de bénéfices
Le segment spatial a généré 962 millions de dollars de chiffre d'affaires, en progression de 29 % sur un an, porté par l'augmentation du nombre de lancements commerciaux et institutionnels.
Au premier semestre, SpaceX revendique 78 lancements et plus de 1 000 tonnes de charge utile mises en orbite, confirmant son avance industrielle sur ses concurrents.
En revanche, cette division demeure fortement pénalisée par les investissements liés au développement de Starship. Pour les investisseurs, le segment spatial constitue moins un moteur immédiat de profits qu'un avantage stratégique : il permet d'alimenter Starlink, de renforcer les barrières à l'entrée et de préparer les relais de croissance de la prochaine décennie.
La vraie échéance à surveiller : le lock-up de jeudi 06 août
Les résultats trimestriels ne sont peut-être pas le principal catalyseur de l'action SpaceX cette semaine. Le marché aura surtout les yeux tournés vers l'expiration de la première période de lock-up, prévue le 6 août.
À cette date, 911,5 millions d'actions, soit environ 12 % du capital, pourront être revendues par les salariés et les premiers investisseurs. C'est davantage que les 640 millions d'actions actuellement en circulation sur le marché. En théorie, le flottant pourrait donc plus que doubler en une seule journée.
Une deuxième vague de 455,8 millions d'actions est attendue autour du 20 août, avant d'autres déblocages progressifs jusqu'en septembre.
Pourquoi est-ce important ? Depuis son introduction en Bourse, le cours de SpaceX s'est construit sur un flottant particulièrement limité. L'arrivée potentielle d'un volume aussi important de titres modifie l'équilibre entre l'offre et la demande.
Cela ne signifie pas que ces actions seront toutes vendues dès leur déblocage. De nombreux salariés ou investisseurs historiques peuvent choisir de conserver leurs titres. En revanche, le simple fait que ces actions deviennent disponibles suffit souvent à accroître la volatilité, les investisseurs anticipant d'éventuelles prises de bénéfices.
Ce que les analystes cherchaient à savoir
Au-delà des résultats, la conférence a permis de mieux cerner les priorités des investisseurs institutionnels. Les échanges ont principalement porté sur quatre sujets.
1. La demande est-elle réellement durable ?
La première série de questions concernait la qualité de la croissance de Starlink, en particulier auprès des entreprises et des administrations.La direction s'est montrée confiante, affirmant n'avoir perdu aucun client entreprise à ce jour et évoquant près de 6 milliards de dollars de nouveaux contrats gouvernementaux américains signés au cours du trimestre. Elle estime également que des marchés comme l'aviation restent encore très peu pénétrés, laissant un potentiel de croissance important.
2. L'IA pourra-t-elle suivre le rythme ?
Le deuxième sujet concernait l'approvisionnement en puces et les capacités de calcul.
Elon Musk a confirmé que Nvidia resterait le fournisseur exclusif des GPU du groupe et a indiqué que SpaceX disposerait d'une part importante de la production de prochaine génération. La société vise désormais 15 gigawatts de capacité informatique installée d'ici fin 2027, contre un objectif précédent de 10 GW, avec une ambition à terme de 20 GW.
3. Starship reste le principal pari industriel
Les analystes ont également demandé des précisions sur le calendrier de Starship.
Selon la direction, les problèmes rencontrés lors des précédents essais semblent avoir été corrigés. Le vol 14, attendu entre la fin août et septembre, devrait notamment tenter la première récupération du deuxième étage par la tour Mechazilla, une étape clé vers la réutilisation complète du lanceur.
Cette mission doit également inaugurer le déploiement des satellites Starlink V3, dont la capacité est annoncée comme largement supérieure à celle de la génération actuelle.
4. Les acquisitions restent en arrière-plan
Enfin, plusieurs questions ont porté sur l'acquisition de Cursor, annoncée pour 60 milliards de dollars.
La direction a confirmé vouloir finaliser l'opération prochainement, sans apporter beaucoup de précisions sur les synergies attendues ni sur le calendrier d'intégration. Les réponses sont restées prudentes, ce qui laisse encore des interrogations sur la contribution de cette acquisition à la stratégie IA du groupe.
Les perspectives : des ambitions revues à la hausse, mais des dépenses toujours massives
La direction a relevé plusieurs objectifs, sans pour autant annoncer de ralentissement des investissements.
- 100 milliards de dollars de chiffre d'affaires annualisé visés dès décembre 2026, grâce à la montée en puissance des activités d'IA.
- 1 000 milliards de dollars de revenus annuels désormais visés en 2030 (contre 2031 auparavant), avec une « probabilité non nulle » évoquée pour 2029. À titre de comparaison, le consensus FactSet n'anticipe qu'environ 207 milliards de dollars de revenus en 2029.
- Capex attendus au T3 et au T4 à un niveau comparable à celui du T2, signe que les investissements devraient rester très élevés au moins jusqu'en 2027.
- Déploiement d'environ 1 000 satellites Starlink V3 d'ici le T2 2027, ainsi que le lancement du service Starlink Mobile prévu fin 2027.
Conclusion
Ces premiers résultats répondent à la principale interrogation du marché : SpaceX est capable de générer une croissance exceptionnelle. En revanche, ils ouvrent une nouvelle question, probablement plus importante pour les investisseurs : jusqu'où faudra-t-il investir avant que cette croissance se traduise par une création de valeur durable pour les actionnaires? Les prochains trimestres dépendront donc moins de la croissance elle-même que de la capacité du groupe à convaincre que ces dépenses finiront par produire les rendements promis.
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