Jobs a créé les produits. Cook a construit la machine. Que construira ensuite le nouveau PDG d’Apple ?
Points clés :
Ternus hérite de 2,5 milliards d’appareils actifs, d’une immense activité de services et de l’une des machines à générer des liquidités les plus puissantes du monde de l’entreprise américain.
La grande question qui se pose à Apple en matière d’IA n’est pas de savoir si l’entreprise peut créer le meilleur modèle, mais si elle conservera le contrôle de l’interface avec le consommateur.
Surveillez la croissance de la base installée, les services, l’adoption des nouveaux produits et l’allocation du capital plutôt que de juger l’ère Ternus à l’aune des applaudissements lors des présentations.
Steve Jobs créait les produits. Tim Cook a construit toute la machine qui les entoure. John Ternus doit désormais décider de la direction que prendra cette machine.
Ternus est officiellement devenu directeur général (CEO) d’Apple le 1er septembre 2026, après 25 ans passés au sein de l’entreprise et de longues années à la tête de l’ingénierie matérielle. Cook reste président exécutif, offrant à Apple une transition qui allie largement continuité et renouvellement de la direction.
Les investisseurs semblent avoir accueilli favorablement cette succession : l’action Apple a progressé alors même que le marché dans son ensemble reculait. Mais la question la plus intéressante est ailleurs : quelle importance la direction peut-elle réellement avoir lorsque l’entreprise bénéficie déjà de l’un des avantages concurrentiels les plus solides au monde ?
L’avantage concurrentiel fait déjà une grande partie du travail
Ternus n’hérite pas d’une entreprise à redresser. Il hérite d’un écosystème.
Apple compte plus de 2,5 milliards d’appareils actifs, tandis que son activité Services est devenue un segment générant plus de 100 milliards de dollars par an. Chaque iPhone peut ouvrir la voie à l’achat d’AirPods, d’une Apple Watch, d’iCloud, de services de paiement, de divertissement et, à terme, d’un nouvel iPhone.
C’est le moteur de croissance cumulative d’Apple. Le matériel attire les clients. Les services renforcent leur relation avec l’entreprise. Une base installée plus importante crée davantage d’occasions de vendre les deux.
L’allocation du capital complète le tableau. Apple continue de reverser des dizaines de milliards de dollars à ses actionnaires sous forme de rachats d’actions et de dividendes. Pour les investisseurs influencés par Warren Buffett et Charlie Munger, c’est précisément là que la qualité de la direction compte le plus.
Apple n’a pas besoin de coups d’éclat de la part de sa direction. Elle a besoin de discipline. Ternus doit protéger l’écosystème, allouer intelligemment des flux de trésorerie considérables et éviter les distractions coûteuses. Un excellent avantage concurrentiel laisse une certaine marge d’erreur à la direction. Mais il ne rend pas ces erreurs sans conséquence.
L’IA pourrait remettre en question celui qui contrôle réellement la relation client
L’intelligence artificielle représente le défi stratégique le plus évident.
Apple a semblé inhabituellement lente alors qu’OpenAI, Alphabet et d’autres prenaient de l’avance. Mais l’entreprise n’a peut-être pas besoin de développer le modèle d’IA le plus grand ou le plus intelligent pour conserver sa puissance.
Son avantage se situe plus près du client. Apple contrôle le téléphone, le système d’exploitation, les écouteurs, la montre et l’ordinateur qui l’entourent. Si les modèles d’IA deviennent de plus en plus interchangeables, Apple peut laisser les autres dépenser massivement pour construire les moteurs tout en gardant le contrôle du tableau de bord.
C’est pourquoi des fonctionnalités comme la traduction en direct sur les AirPods sont importantes. Elles transforment l’IA, d’une technologie impressionnante lors d’une démonstration, en un outil réellement utile au quotidien. Cela correspond bien davantage à la stratégie traditionnelle d’Apple que le lancement d’un énième chatbot.
Le risque, c’est que le tableau de bord lui-même change. Si les consommateurs commencent de plus en plus souvent par un assistant IA plutôt que par une application ou un système d’exploitation, Apple pourrait perdre une partie de son contrôle sur la relation client. Ternus devra déterminer ce qu’Apple doit absolument maîtriser elle-même et dans quels domaines des partenariats suffisent.
Le prochain iPhone n’a pas besoin d’être un nouvel iPhone
Le matériel reste essentiel, en particulier maintenant qu’un ingénieur spécialisé dans le matériel est aux commandes.
Apple prépare des produits allant d’un iPhone pliable à des appareils domestiques plus intelligents et à des AirPods aux capacités renforcées. Aucun d’entre eux n’a besoin de devenir le prochain iPhone pour créer de la valeur.
Un téléphone pliable peut encourager les utilisateurs à renouveler leur appareil. Un appareil pour la maison peut étendre l’écosystème Apple à une nouvelle pièce du foyer. Des AirPods plus intelligents peuvent rendre l’iPhone encore plus utile sans avoir vocation à le remplacer.
C’est peut-être le véritable test de l’innovation pour l’ère Ternus. Apple n’a pas nécessairement besoin de créer une nouvelle catégorie révolutionnaire. Elle a besoin d’un flux régulier de produits et de fonctionnalités qui rendent son écosystème plus utile et le fait de le quitter un peu moins attrayant.
Là où la machine pourrait ralentir
Le principal risque est que l’IA transforme les habitudes des consommateurs plus rapidement qu’Apple ne parvient à s’adapter. Les investisseurs devraient surveiller si Siri devient réellement utile, et pas simplement plus impressionnante sur scène.
L’innovation produit compte également. Vision Pro a montré qu’une prouesse technologique ne suffit pas automatiquement à créer un marché de masse. Les pressions liées à la chaîne d’approvisionnement, à la réglementation et à la géopolitique ajoutent une difficulté supplémentaire.
Les premiers signaux d’alerte pourraient être un ralentissement de la croissance de la base installée, une dynamique moins soutenue dans les Services ou une hausse des investissements sans amélioration de l’engagement des clients.
Guide de l’investisseur
- Suivez l’écosystème : la croissance conjointe du nombre d’appareils installés et des Services compte davantage qu’un seul trimestre de ventes d’iPhone.
- Faites la distinction entre les démonstrations d’IA et les usages réels : surveillez l’utilisation, les renouvellements d’appareils et l’adoption par les développeurs.
- Évaluez le matériel à l’aune de sa valeur pour l’écosystème : des produits plus modestes peuvent avoir leur importance s’ils renforcent la fidélisation des clients.
- Gardez un œil sur les liquidités : les rachats d’actions, les acquisitions et les dépenses d’investissement montrent où la direction estime pouvoir générer les meilleurs rendements à l’avenir.
La machine change de pilote
Jobs a créé les produits. Cook les a transformés en une machine de croissance cumulative extraordinairement efficace.
Ternus hérite de quelque chose de différent : une machine qui fonctionne déjà.
Son défi ne consiste pas simplement à inventer la prochaine grande innovation. Il doit décider des domaines dans lesquels Apple doit prendre les devants, de ceux où elle peut suivre, et de ceux où la retenue constitue le meilleur choix. L’IA, les appareils pliables et la maison connectée mettront ces décisions à l’épreuve. Pour les investisseurs, la question la plus importante n’est pas de savoir si Ternus transformera rapidement Apple. Elle est de savoir s’il comprend quelles parties de cette machine ont réellement besoin d’être changées.