Outrageous Predictions
La Belgique constitue une réserve stratégique de cacao avec sa Réserve Nationale de Chocolat
Ole Hansen
Responsable de la stratégie des matières premières
EVS avait des comptes à rendre. Après la publication de son point d’activité trimestriel du 21 mai, l’action a subi une lourde correction. L’entreprise a maintenu ses prévisions annuelles, mais les a fortement conditionnées aux nouvelles commandes, aux décisions d’investissement et à la situation au Moyen-Orient. Le marché y a vu un avertissement sur résultats à peine voilé.
Les résultats semestriels rassurent en partie. EVS a réalisé un chiffre d’affaires semestriel record de 107,2 millions d’euros. La croissance de près de 17 % a toutefois été largement soutenue par T-Motion et par des revenus locatifs exceptionnels liés aux grands événements sportifs. Sans ces contributions et les effets de change, l’activité de base n’a progressé que de 3,7 %.
Le point sensible reste la prise de commandes, en recul de 18 %. Les contrats sportifs enregistrés précédemment ont été exécutés et ont donc généré du chiffre d’affaires, mais pas de nouvelles commandes. Les projets reportés au Moyen-Orient ont également pesé sur les entrées de commandes. Le pipeline commercial progresse de plus de 20 %, mais doit encore être converti en commandes fermes. Fin juin, 161,5 millions d’euros étaient déjà sécurisés sur l’objectif annuel de chiffre d’affaires compris entre 220 et 240 millions d’euros. EVS compte donc toujours sur un second semestre solide.
Les marges méritent également une attention particulière. La marge brute est passée de 72,6 % à 68,5 %, alors qu’une part plus importante de logiciels devrait à terme permettre d’améliorer la rentabilité. EVS vise une marge EBIT de 22 à 23 % d’ici 2030, mais les investissements dans les nouvelles activités pèsent encore aujourd’hui sur les bénéfices.
EVS doit désormais démontrer que ces nouvelles activités pourront bientôt générer davantage de profits. L’entreprise resserre donc le contrôle de ses coûts. L’objectif est de préserver les ambitions bénéficiaires pour 2026 et de tirer pleinement parti de ces investissements à partir de 2027.
Au-delà des chiffres, EVS doit également restaurer la confiance dans sa gouvernance. Selon L’Echo et De Tijd, des dirigeants ont vendu pour environ 1,9 million d’euros d’actions au cours des cinq semaines précédant la publication trimestrielle. La FSMA analyse ces transactions. Une société liée au CEO Serge Van Herck a ainsi vendu, le 15 avril 2026, des actions pour 241.486 euros issues d’un plan de warrants.
Il n’est pour l’instant pas question de délit d’initié, mais le timing apparaît à tout le moins malheureux. Des ventes d’actions réalisées juste avant une communication entraînant une chute historique du cours donnent au minimum l’apparence d’un avantage informationnel. EVS devra restaurer la confiance par une communication plus transparente et en apportant davantage de clarté sur l’enquête menée par la FSMA.
EVS ne veut plus seulement fournir la technologie derrière les ralentis, mais servir l’ensemble de la chaîne vidéo : de la capture et la production à la gestion, la distribution et la monétisation des contenus. Avec VIA MAP, MediaCeption, des applications d’IA et la robotique de caméras via T-Motion, l’entreprise construit un écosystème intégré unique. EVS ne communique pas le chiffre d’affaires exact actuellement généré par les logiciels et l’IA. En 2025, 16,7 % du chiffre d’affaires provenait toutefois de contrats récurrents et de licences. La transformation est donc bien engagée, même si EVS n’est pas encore un acteur purement logiciel et IA.
EVS vise un chiffre d’affaires d’au moins 350 millions d’euros d’ici 2030 et compte clairement sur T-Motion pour y parvenir. L’activité robotique, issue de Telemetrics et XD Motion, a contribué à hauteur de 5,9 millions d’euros au premier semestre et ouvre, selon EVS, un marché de 125 millions de dollars. L’opportunité réside dans l’intégration de cette robotique de caméras avec les logiciels, l’IA et le réseau commercial existants. Le défi sera de convertir ce chiffre d’affaires supplémentaire en une marge opérationnelle proche de 22 %.
Pour les investisseurs, l’enjeu central réside dans la transformation d’EVS : d’un fournisseur dont l’activité suit le rythme des grands événements sportifs à une entreprise technologique plus diversifiée qui s’ancre davantage chez ses clients grâce aux logiciels, à l’IA et à la robotique.