Berkshire dévoile ses nouveaux paris : ce que révèle son dernier 13F
Points clés :
- Alphabet devient la troisième plus grosse position de Berkshire, après une hausse de 83 % au deuxième trimestre.
- Berkshire renforce son pari sur le logement américain.
- Delta Air Lines continue de gagner du poids dans le portefeuille, tandis que Berkshire réduit plusieurs positions.
- Attention : le 13F révèle les mouvements de Berkshire, mais pas leurs motivations.
Dans notre précédent article, nous revenions sur le retour de Berkshire Hathaway sur le marché des actions après quatorze trimestres consécutifs de ventes nettes (lire l'article). Le 13F publié le 14 août permet désormais de regarder plus précisément où le groupe a déployé son capital.
Le plus gros mouvement : Alphabet
Alphabet est le mouvement phare du trimestre. Berkshire a ajouté 48 millions d’actions, portant sa participation à près de 106 millions de titres, pour une valeur de 37,8 milliards de dollars. Alphabet devient ainsi la troisième plus grosse position du portefeuille, derrière Apple et American Express.
Le symbole est intéressant : Buffett a confirmé que l’idée venait de lui, mais l’accélération de la position intervient désormais sous Greg Abel. Une conviction de Buffett, exécutée dans une Berkshire nouvelle génération.
Et Alphabet n’est peut-être pas une rupture avec la philosophie maison. Comme Apple, l’entreprise combine une position dominante, des cash-flows considérables et un bilan qui lui permet d’investir massivement dans l’IA. La nouveauté tient moins à la méthode qu’à l’entreprise choisie.
Berkshire mise sur le logement américain : Lennar, D.R. Horton, Taylor Morrison
Pris ensemble, les mouvements de Berkshire dessinent une exposition de plus en plus claire à l’immobilier résidentiel américain. Le groupe a renforcé Lennar d’environ 30 % et ouvert une petite position dans D.R. Horton, pour environ 580 millions de dollars. Mais le mouvement le plus significatif est ailleurs : Berkshire a finalisé en juillet le rachat de Taylor Morrison pour 6,8 milliards de dollars.
Trois opérations, trois niveaux d’engagement : une petite ligne, un renforcement et une acquisition complète. Difficile d’y voir une simple coïncidence. Berkshire semble surtout profiter d’un secteur pénalisé par les taux élevés, tout en misant sur le besoin structurel de logements aux États-Unis.
Reste à savoir si ce pari repose sur un rebond prochain du marché ou sur une conviction beaucoup plus longue : le logement américain reste un besoin structurel, même lorsque le financement devient plus difficile.
Delta Air Lines : la cohérence plutôt que la nostalgie
Berkshire a encore renforcé Delta Air Lines, ajoutant 17,5 millions d’actions au deuxième trimestre, soit une hausse de 44 %. La position atteint désormais 57,3 millions de titres, pour environ 5,4 milliards de dollars. C’est le deuxième trimestre consécutif de renforcement.
Le mouvement est d’autant plus intéressant que Berkshire avait vendu toutes ses compagnies aériennes en 2020, en pleine crise du Covid. Cinq ans plus tard, elle revient dans le secteur et de façon particulièrement marquée sur Delta.
Ce retour ne signifie pas nécessairement que Berkshire a changé d’avis sur les compagnies aériennes. Il suggère plutôt qu’elle voit aujourd’hui chez Delta des caractéristiques suffisamment attractives : une activité premium importante, un programme de fidélité puissant et une contribution significative du partenariat avec American Express.
Le secteur reste cyclique. Mais Berkshire semble désormais parier davantage sur la qualité de l’opérateur que sur celle du secteur dans son ensemble.
Les ventes, un signal tout aussi intéressant
Un 13F qui ne s'intéresserait qu'aux achats manquerait la moitié de l'histoire. Les ventes montrent surtout que Berkshire ne se contente pas de remettre du capital au travail : elle arbitre.
Bank of America a été réduite pour la huitième fois consécutive, mais de seulement 6 %. Capital One, en revanche, a vu sa position amputée de 58 %, tandis que Nucor et Kroger ont également été fortement réduites. Berkshire a par ailleurs soldé ses 632 890 actions de Constellation Brands.
Impossible toutefois d’y voir une grande thèse unique.
C’est précisément la limite d’un 13F : il montre ce que Berkshire fait, mais pas pourquoi elle le fait. Une vente peut traduire une conviction en baisse, un arbitrage, une prise de bénéfices ou simplement une contrainte technique. Pour l’investisseur, mieux vaut donc regarder les mouvements dans leur ensemble plutôt que chercher une explication unique à chaque ligne.
Ce qu’il faut retenir
Notre précédent article posait une question : Berkshire recommence à acheter, faut-il y voir un signal ?
Le 13F apporte une réponse plus intéressante. Berkshire n’a pas acheté « le marché » : elle a ciblé quelques entreprises, renforcé certaines convictions et réduit d’autres positions.
La transition Buffett-Abel semble ainsi davantage marquer un changement de rythme qu’un changement de philosophie. Buffett continue d’influencer certaines grandes convictions tandis qu’Abel dispose désormais de la main sur leur mise en œuvre.
Pour un particulier, le véritable enseignement de ce 13F n'est donc pas une liste de tickers à reproduire. C'est une méthode à observer : des paris peu nombreux mais significatifs, construits patiemment, rarement expliqués publiquement dans le détail, et jugés sur plusieurs années plutôt que sur un trimestre.
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