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Les investisseurs en dividendes suscitent parfois des regards sceptiques. Pourquoi se réjouir d’un argent qui sort d’abord de l’entreprise avant d’atterrir sur leur compte, après déduction du précompte mobilier belge ? Le jour où une action détache son dividende, son cours baisse généralement d’un montant à peu près équivalent. À cet instant, le dividende ne crée donc pas de nouvelle valeur. Pourtant, conclure qu’il n’apporte rien serait une simplification excessive.
Le dividende correspond à la part du bénéfice qu’une entreprise distribue à ses actionnaires. Le rendement du dividende exprime cette distribution sous la forme d’un pourcentage du cours de l’action.
Imaginons qu’une entreprise réalise un bénéfice d’un million d’euros et compte un million d’actions en circulation. Le bénéfice s’élève alors à un euro par action. Si l’entreprise distribue l’intégralité de ce bénéfice et que l’action cote 100 euros, le rendement du dividende est de 1 %.
Il ne s’agit pas d’argent gratuit. Comme cet euro quitte l’entreprise, le cours de l’action devrait théoriquement passer de 100 à 99 euros à la date ex-dividende. L’investisseur détient alors une action de 99 euros et reçoit un euro en espèces. Avant impôts, sa richesse totale reste inchangée.
En Belgique, il faut encore tenir compte du précompte mobilier. Cela signifie que le dividende n’est pas toujours la manière la plus efficiente, sur le plan fiscal, de restituer du capital aux actionnaires. Mais cette simple équation ne raconte qu’une partie de l’histoire.
Pour bien comprendre le dividende, il faut d’abord s’intéresser à l’allocation du capital. Une entreprise vend des produits ou des services et en déduit les salaires, les matières premières, les impôts et les autres coûts. Ce qui reste au final, c’est le bénéfice net.
Le bénéfice n’est toutefois pas synonyme de trésorerie librement disponible. Une entreprise doit continuer à investir pour maintenir ses activités. Les machines doivent être remplacées, les magasins rénovés et les logiciels entretenus. Une fois ces investissements nécessaires réalisés, il reste, si tout se passe bien, le flux de trésorerie disponible.
À partir de ce moment-là, la décision appartient à la direction. Elle peut investir, réduire la dette, racheter ses propres actions ou distribuer du capital sous forme de dividende.
Il n’existe pas de politique d’allocation du capital adaptée à toutes les entreprises. Le bon choix dépend du stade de développement de la société et du rendement qu’elle peut obtenir sur ses nouveaux investissements.
Les start-ups sont souvent déficitaires et dépendent des capitaux apportés par les actionnaires et les prêteurs. Lorsqu’elles deviennent rentables, elles réinvestissent généralement leurs bénéfices afin de poursuivre leur croissance. Plus tard, l’accent peut se déplacer vers la réduction de l’endettement. Ce n’est que lorsque l’entreprise arrive à maturité et trouve moins d’opportunités de croissance rentables que la distribution de capital devient une option plus évidente.
Amazon, par exemple, ne verse toujours pas de dividende. L’entreprise a longtemps utilisé ses ressources financières pour développer de nouvelles activités. Une librairie en ligne est ainsi devenue à la fois une place de marché mondiale et un acteur dominant dans l’infrastructure cloud.
Ce modèle n’est pertinent que tant que les nouveaux investissements génèrent des rendements suffisants. Chaque euro conservé par le management doit, à terme, créer davantage de valeur que ce que l’actionnaire aurait pu obtenir ailleurs avec ce même euro. Dans le cas contraire, le réinvestissement se transforme en destruction de valeur. Avec le recul, le versement d’un dividende aurait alors pu constituer un meilleur choix.
D’autres entreprises combinent plusieurs formes d’allocation du capital. C’est le cas d’ASML, qui investit massivement dans la recherche, la technologie et les capacités de production, tout en rachetant ses propres actions et en versant un dividende. Le rendement actuel du dividende reste modeste, mais le dividende par action a fortement progressé au fil des années. Il est passé de 1,05 euro par action en 2015 à 15,20 euros aujourd’hui.
Lotus Bakeries continue également d’investir dans de nouvelles capacités de production afin de répondre à la demande internationale pour ses biscuits, tout en distribuant une partie de ses bénéfices à ses actionnaires. Son dividende est passé de 8,80 euros en 2010 à 90 euros en 2026.
Un dividende en croissance peut en dire davantage qu’un rendement élevé. Il reflète non seulement la relation actuelle entre le dividende et le cours de l’action, mais aussi l’évolution de l’entreprise elle-même.
Les investisseurs qui conservent leurs actions sur une longue période peuvent voir le montant annuel des dividendes augmenter fortement par rapport à leur prix d’achat initial. Ce rendement sur coût d’acquisition ne devient réellement visible qu’au fil des années.
Une croissance régulière du dividende peut constituer un signal de confiance, mais uniquement lorsqu’elle s’accompagne d’une progression des bénéfices, de flux de trésorerie solides et d’un niveau d’endettement maîtrisé.
Pour les entreprises matures, les perspectives de croissance sont souvent plus limitées. Le marché arrive à saturation, les grandes acquisitions deviennent plus difficiles et les nouveaux produits ont un impact plus réduit en raison de la taille de l’entreprise. Dans ce contexte, il peut être logique de redistribuer une plus grande part des bénéfices.
Coca-Cola en est un exemple classique. Grâce à la force de ses marques et à son pouvoir de fixation des prix, l’entreprise peut augmenter progressivement ses bénéfices et son dividende au rythme de l’inflation, sans avoir besoin d’une croissance spectaculaire.
La situation devient plus problématique lorsqu’une entreprise ne parvient plus à financer son dividende à partir de ses bénéfices et de son flux de trésorerie disponible. Cela peut se justifier temporairement, mais ne peut pas durer indéfiniment. La conséquence peut être une réduction du dividende.
Si l’entreprise doit même s’endetter pour maintenir son dividende, elle risque d’entrer dans une spirale dangereuse de surendettement. Le management repousse alors une décision difficile, mais au risque de rendre l’ajustement futur plus douloureux. Une baisse du dividende n’affecte pas seulement le revenu de l’actionnaire. Elle peut aussi pousser à la vente les investisseurs qui détenaient l’action principalement pour ce revenu, accentuant ainsi la pression sur le cours.
Le dividende n’est qu’un élément d’une politique plus large d’allocation du capital. Ne vous limitez donc pas au rendement du dividende. Analysez la manière dont l’entreprise gère sa dette, les rendements qu’elle obtient de ses investissements et acquisitions, les valorisations auxquelles elle rachète ses propres actions et la capacité du dividende à croître en parallèle des bénéfices et du flux de trésorerie disponible.
Une entreprise en forte croissance qui fait progresser durablement son dividende peut s’avérer intéressante à long terme. Une société mature disposant d’un fort pouvoir de fixation des prix peut offrir une source de revenus complémentaire grâce à une distribution progressivement croissante. En revanche, une entreprise qui doit emprunter pour payer son dividende envoie un tout autre signal.
Le dividende est donc bien plus qu’un simple transfert d’argent d’un compte à un autre. Il révèle la discipline avec laquelle le management gère votre capital et l’orientation qu’il souhaite donner à l’entreprise.
| Action | Croissance structurelle et dividende |
|---|---|
| Schneider Electric | Profite des tendances liées à l’électrification, à l’automatisation et à la croissance des centres de données, tout en appliquant une politique de dividende progressive. |
| Wolters Kluwer | Bénéficie de la digitalisation de l’information professionnelle et des logiciels et vise à augmenter son dividende chaque année. |
| Halma | S’appuie sur la demande croissante de technologies liées à la sécurité, à la santé et à l’environnement et fait progresser son dividende depuis de nombreuses années. |
| Mastercard | Profite du passage mondial des paiements en espèces vers les paiements numériques et utilise la hausse de ses bénéfices et de ses flux de trésorerie pour augmenter son dividende. |
| L’Oréal | Trouve des relais de croissance dans les marques premium, l’e-commerce et la demande croissante de produits de beauté, tout en augmentant généralement son dividende chaque année. |