Les résultats de Pernod Ricard en 1 chiffre
Résumé: Pernod Ricard publie une année décevante, sans véritable signal de redressement à court terme. Le groupe parvient à protéger sa rentabilité et sa génération de cash, tandis que l'Inde apporte une dynamique encourageante. Mais les États-Unis et la Chine restent sous pression, et la direction reconnaît désormais que la reprise sera plus lente qu'espéré. Le marché sanctionne surtout ce manque de visibilité sur la croissance future, avec une action en baisse de plus de 6%.
-14%
C'est la chute des ventes de Pernod Ricard aux États-Unis sur l'exercice 2026. Et ce chiffre résume probablement mieux le problème du groupe que la baisse de 3,9% de son chiffre d'affaires global.
Les États-Unis sont le premier marché du groupe, mais surtout, Pernod Ricard ne s'attend pas à y retrouver la croissance avant 2029. Ce qui ressemblait hier à un passage difficile devient donc un problème qui pourrait peser sur le groupe pendant plusieurs années.
Le marché semble justement retenir cette perspective : malgré une forte amélioration du cash et du deuxième semestre, l'action perd plus de 6% en séance après la publication.
Les résultats en 30 secondes
- Chiffre d'affaires : 9,40 Md€, en baisse de 3,9% en organique (vs -3,7% attendus) et de 14,2% en publié.
- Résultat opérationnel courant : 2,42 Md€, en baisse de 5,2% en organique, mais légèrement meilleur que les attentes (-5,9%).
- Le deuxième semestre s'améliore nettement : les ventes organiques passent de -5,9% au S1 à -1,3% au S2. Mais elles restent négatives.
- Free cash-flow : 1,20 Md€, en hausse de 6%, avec une conversion du cash qui bondit à 91% contre 74% un an plus tôt.
- États-Unis -14%, Chine -19% : les deux principaux freins restent donc très importants.
- Pour 2027, Pernod Ricard prévoit un chiffre d'affaires organique globalement stable et vise désormais, à moyen terme, une croissance proche du bas de sa fourchette de 3% à 6%.
Les bonnes nouvelles
Le cash-flow est meilleur
Le Free cash-flow atteint 1,20 Md€, en hausse de 6%, tandis que la conversion du cash atteint 91%. En clair, Pernod Ricard transforme beaucoup mieux son résultat en trésorerie réellement disponible.
C'est particulièrement utile pour un groupe dont la dette nette reste élevée.
Le programme d'économies fonctionne
Pernod Ricard a déjà réalisé 500 M€ sur son programme de 1 Md€ d'économies et prévoit désormais de le terminer en 2028.
Les économies viennent notamment des achats, de la production, des dépenses publicitaires et des coûts de structure, ces derniers ayant diminué de 8% cette année.
C'est important pour protéger les marges dans une période où les ventes reculent.
L'Inde apporte enfin un vrai relais
Les ventes progressent de 7% en Inde, avec des gains de parts de marché et une bonne dynamique aussi bien sur les marques locales que sur les marques internationales. Pernod Ricard compte également accélérer l'innovation sur ce marché.
L'Inde est donc probablement l'un des rares marchés où le groupe peut réellement parler de croissance structurelle aujourd'hui.
Le dividende est maintenu
Pernod Ricard propose de maintenir son dividende à 4,70 € par action, malgré la baisse du bénéfice. Ce choix devrait rassurer les actionnaires à court terme et montre que le groupe entend continuer à leur restituer du capital tout en poursuivant son désendettement.
Les points de vigilance
Les États-Unis ne sont plus un problème temporaire
C'est le principal changement dans la lecture du dossier. Les ventes américaines chutent de 14%.
Surtout, Alexandre Ricard a été très clair pendant le Q&A : le groupe n'anticipe pas de retour à la croissance aux États-Unis avant 2029. Cela explique pourquoi Pernod Ricard a abaissé ses ambitions à moyen terme vers le bas de sa fourchette de 3% à 6%.
La Chine ne redémarre toujours pas
Les ventes chinoises reculent de 19%, avec une forte pression sur les catégories premium, notamment le cognac Martell.
Le groupe entrevoit une amélioration des tendances sous-jacentes, mais la consommation reste fragile. Pour Pernod Ricard, le retour de la Chine constitue donc toujours une pièce essentielle du scénario de reprise.
Défendre les marges ne sera pas gratuit
Pernod Ricard veut maintenir ses dépenses publicitaires autour de 16% du chiffre d'affaires tout en continuant à réduire ses coûts.
Le problème est que plusieurs pressions persistent : inflation des coûts des spiritueux vieillissants, tarifs douaniers, effets du conflit au Moyen-Orient et environnement de prix moins favorable. La marge opérationnelle a déjà reculé de 35 points de base cette année, à 25,8%.
Les économies permettent donc de tenir la rentabilité, mais les investisseurs devront vérifier qu'elles ne deviennent pas un substitut permanent à la croissance.
Le chiffre à surveiller
3%
C'est le niveau de croissance organique que Pernod Ricard vise désormais en moyenne sur 2027-2029, contre une fourchette initiale de 3% à 6%.
Ce chiffre est intéressant précisément parce qu'il pose une question.
Si 2027 est une année quasiment stable, il faudra ensuite une accélération sensible en 2028 et 2029 pour atteindre environ 3% de croissance moyenne.
Les investisseurs devront donc vérifier où cette accélération apparaît réellement.
Les États-Unis doivent progressivement se stabiliser, la Chine doit retrouver une demande plus saine et les relais comme l'Inde doivent continuer à croître. Si ces trois conditions ne se matérialisent pas, le scénario des 3% deviendra beaucoup plus difficile à atteindre.
Ce qu'il faut retenir
Pernod Ricard publie des résultats moins mauvais qu'ils n'en ont l'air sur certains indicateurs, mais la réaction du marché montre que ce n'est pas ce qui préoccupe le plus les investisseurs.
Le cash-flow progresse fortement, les coûts sont mieux maîtrisés, le deuxième semestre est nettement meilleur et l'Inde constitue un vrai relais de croissance.
Mais derrière ces bonnes nouvelles, le problème principal reste entier : les États-Unis reculent de 14% et ne devraient pas retrouver la croissance avant 2029. La Chine, elle, recule encore de 19%.
Le véritable défi est donc désormais de comprendre comment Pernod Ricard peut passer d'une croissance de 0% en 2027 à environ 3% en moyenne sur les trois prochaines années.