Jackson Hole : le discours de Kevin Warsh a changé la donne pour les marchés
Points clés :
- Kevin Warsh a envoyé son signal le plus ferme depuis son arrivée à la tête de la Fed, en affirmant que l'inflation restait la priorité absolue de la banque centrale.
- Les marchés ont fortement revu leurs anticipations : la probabilité d'une hausse des taux en septembre est passée d'environ 40 % avant Jackson Hole à 66 % après le discours.
- Mais une hausse n'est pas encore acquise : les prochaines données sur l'emploi et l'inflation seront déterminantes avant la réunion de la Fed des 15 et 16 septembre.
Le discours que les marchés attendaient a bien changé la donne
Vendredi dernier, tous les regards étaient tournés vers Jackson Hole.
Dans notre précédent article, nous expliquions pourquoi le premier grand discours de Kevin Warsh en tant que président de la Réserve fédérale serait particulièrement surveillé. Les investisseurs voulaient surtout comprendre comment le nouveau président de la Fed envisageait la prochaine étape de la politique monétaire américaine.
Ils n'ont pas obtenu de réponse directe. Mais ils ont reçu un signal suffisamment clair pour revoir leurs anticipations.
Kevin Warsh n'a pas annoncé de hausse des taux et n'a donné aucun calendrier précis. Pourtant, son message sur l'inflation a été interprété comme nettement plus restrictif que ce que les marchés attendaient.
Avant Jackson Hole, une hausse des taux en septembre était une possibilité. Après le discours, elle est devenue le scénario auquel les investisseurs accordent la plus grande probabilité.
« Nous avons encore du travail à faire »
Le cœur du discours de Kevin Warsh était consacré à l'inflation.
Le président de la Fed a reconnu que certains chiffres publiés récemment avaient montré des signes d'amélioration. Mais, selon lui, cela ne suffit pas encore à démontrer que l'inflation est durablement engagée sur la voie d'un retour vers l'objectif de 2 %.
Son message était donc clair : la bataille contre l'inflation n'est pas terminée.
Warsh a insisté sur la nécessité de regarder au-delà des fluctuations ponctuelles et de se concentrer sur la tendance sous-jacente des prix. La Fed doit, selon lui, être convaincue que l'inflation revient vers son objectif de manière suffisamment claire et suffisamment rapide.
Dans le cas contraire, a-t-il averti, il restera « du travail à faire ». Cette phrase a été au cœur de l'interprétation des marchés.
Ce n'était pas une annonce de hausse des taux. Mais ce n'était clairement pas non plus le langage d'une banque centrale qui prépare les investisseurs à un assouplissement.
Le marché a entendu un message hawkish
La réaction a été presque immédiate.
Avant le discours, les investisseurs considéraient encore la décision de septembre comme très incertaine. La probabilité d'une hausse de 25 points de base évoluait autour de 35 à 40 %.
Après Jackson Hole, les anticipations ont rapidement changé.
Dans la réaction immédiate au discours, les marchés ont fait monter la probabilité d'une hausse vers 60 %. Dans les jours suivants, cette probabilité a continué à progresser pour atteindre environ 66 %.
C'est probablement le meilleur résumé de l'impact de Jackson Hole.
Kevin Warsh n'a pas dit aux investisseurs ce que la Fed ferait. Mais les investisseurs ont clairement changé leur scénario central après avoir entendu ce qu'il avait à dire.
Les taux, le dollar et les actions réagissent
La réaction des marchés a été cohérente avec cette interprétation plus restrictive.
Les rendements des obligations américaines à court terme ont progressé, les investisseurs intégrant une probabilité plus importante de taux directeurs plus élevés. Le dollar a également trouvé du soutien.
Pour les actions, le message est plus compliqué.
Des taux plus élevés représentent généralement un obstacle pour les valorisations, en particulier pour les entreprises de croissance et de technologie. Plus les taux restent élevés longtemps, plus la valeur actuelle des bénéfices attendus dans le futur diminue.
C'est pourquoi la montée des anticipations de hausse des taux constitue un élément particulièrement important pour les investisseurs exposés aux valeurs technologiques.
Mais septembre n'est pas encore joué
La forte réaction des marchés ne signifie pas qu'une hausse des taux est désormais acquise.
Les économistes et les grandes institutions financières restent partagés sur la décision que prendra réellement la Fed en septembre.
Certaines considèrent que le ton employé par Kevin Warsh rend désormais une hausse difficile à éviter si les prochaines données ne montrent pas une amélioration convaincante de l'inflation.
D'autres restent plus prudentes et soulignent que le ralentissement du marché du travail pourrait encore justifier un statu quo.
C'est toute la nuance.
Le discours de Warsh a fait monter la probabilité d'une hausse. Il n'a pas transformé cette hausse en certitude.
Les prochaines données sur l'emploi, les salaires et l'inflation seront donc particulièrement importantes.
Elles permettront de déterminer si Jackson Hole a réellement préparé le terrain pour une hausse des taux…
…ou si Warsh voulait avant tout rappeler aux marchés que la Fed ne considérerait pas la victoire contre l'inflation comme acquise.
Quel impact pour votre portefeuille ?
Pour les investisseurs, le principal changement est donc une réévaluation du risque autour de la prochaine décision de la Fed.
Si les prochaines données renforcent le scénario d'une hausse des taux, les conséquences pourraient être différentes selon les marchés.
Les valeurs de croissance pourraient rester sous pression, car elles sont généralement les plus sensibles à une hausse des taux d'intérêt.
Le dollar pourrait être soutenu si les marchés anticipent une politique monétaire américaine plus restrictive.
Le marché obligataire pourrait également rester volatil, notamment sur les maturités les plus sensibles aux anticipations de politique monétaire.
À l'inverse, si les prochaines données économiques rassurent sur l'inflation et que la Fed décide finalement de maintenir ses taux inchangés, une partie du mouvement observé après Jackson Hole pourrait être remise en question.