Au-delà de l’IA : 5 rotations de marché à surveiller
Points clés :
- Les dépenses liées à l’IA deviennent une arme à double tranchant : Meta a été sanctionnée en Bourse pour avoir augmenté ses dépenses, tandis que Tesla a reculé malgré la réduction de ses plans d’investissement.
- La rotation sectorielle s’élargit : Les logiciels et la cybersécurité ont surperformé les semi-conducteurs, tandis que les petites capitalisations, la santé et l’énergie ont offert des alternatives aux géants technologiques.
- Les revenus méritent un regain d’attention : Les obligations ont progressé grâce au recul des rendements des bons du Trésor américain, tandis que les actions de qualité versant des dividendes offrent une autre source de rendement aux investisseurs.
Une semaine calme pour les indices, mais de profonds changements en coulisses
De retour après une semaine d’absence, je me replonge dans les marchés. Un élément ressort clairement : la demande liée à l’IA reste soutenue, mais Wall Street se montre de moins en moins patiente face au coût de son développement.
Les résultats publiés la semaine dernière par Meta et Tesla illustrent particulièrement bien cette contradiction.
Meta a enregistré une solide croissance de son chiffre d’affaires de 26 %, portée par la vigueur de son activité publicitaire. Le nombre d’impressions publicitaires a augmenté de 10 %, tandis que le prix moyen des publicités a progressé de 14 %. Ces chiffres montrent que l’IA aide déjà l’entreprise à générer davantage de revenus à partir de ses activités existantes.
Pourtant, l’action Meta a reculé d’environ 7 %. Pourquoi ? Parce que l’entreprise a relevé ses prévisions de dépenses d’investissement pour 2026, désormais attendues entre 135 et 145 milliards de dollars, alors que son flux de trésorerie disponible est devenu négatif sur le trimestre.
Les investisseurs constatent déjà les bénéfices de l’IA dans l’activité publicitaire de Meta. En revanche, il est plus difficile d’évaluer les retombées des investissements colossaux consacrés aux nouveaux modèles d’IA et aux infrastructures, dont les rendements futurs restent incertains.
Tesla a rencontré un problème presque inverse.
Son flux de trésorerie disponible a dépassé les attentes et l’entreprise a réduit ses dépenses d’investissement prévues pour 2026. Pourtant, son action a également reculé, les investisseurs se demandant si cette baisse des dépenses risquait de ralentir les avancées dans la conduite autonome, la robotique et les autres ambitions de l’entreprise en matière d’IA.
Meta est sanctionnée parce qu’elle dépense davantage, tandis que Tesla est sanctionnée parce qu’elle dépense moins.
La situation peut sembler contradictoire, mais le message de fond est cohérent : les investisseurs veulent que les dépenses soient proportionnelles aux rendements crédibles qu’elles peuvent générer. Ils ne récompensent plus automatiquement des ambitions toujours plus grandes dans l’IA et exigent désormais des réponses plus précises sur les flux de trésorerie, la rentabilité et la capacité d’exécution.
Le marché dans son ensemble a également montré des signes d’évolution. Le Nasdaq a perdu environ 0,7 % la semaine dernière, tandis que le Russell 2000 a gagné près de 2 %. Derrière les grands indices, plusieurs secteurs ont nettement surperformé les leaders technologiques qui ont dominé les performances boursières.
La semaine en un coup d’œil : où les capitaux se sont-ils dirigés ?
Performances hebdomadaires | 19–23 octobre 2026 | USD
Marché / Secteur | Instrument | Variation hebdomadaire |
Marchés dans leur ensemble | ||
S&P 500 | Indice | −0,5 % |
Nasdaq Composite | Indice | −0,7 % |
Russell 2000 | Indice | +2,0 % |
Dow Jones | Indice | +0,4 % |
Rotation au sein de la technologie | ||
Cybersécurité | ETF HACK | +9,2 % |
Logiciels | ETF IGV | +6,0 % |
Semi-conducteurs | ETF SMH | −2,3 % |
Autres secteurs | ||
Biotechnologies | ETF IBB | +2,9 % |
Énergie | ETF XLE | +1,6 % |
Santé | ETF XLV | +1,5 % |
Immobilier | ETF XLRE | +1,0 % |
Biens de consommation courante | ETF XLP | +0,7 % |
Obligations | ||
Bons du Trésor américain à longue duration | ETF TLT | +1,6 % |
Bons du Trésor américain à 7–10 ans | ETF IEF | +0,7 % |
Obligations d’entreprises de catégorie investissement | ETF LQD | +0,4 % |
Sources : Bloomberg, Saxo
Pour les investisseurs, cinq rotations méritent d’être surveillées :
1. Des semi-conducteurs vers les logiciels et la cybersécurité
L’un des mouvements les plus marquants de la semaine dernière s’est produit au sein même du secteur technologique.
L’ETF SOXX, consacré aux semi-conducteurs, a reculé d’environ 3 %, tandis que l’ETF IGV, spécialisé dans les logiciels, a gagné près de 6 % et que l’ETF HACK, axé sur la cybersécurité, a bondi d’environ 9 %.
Cela ne signifie pas que l’essor des infrastructures d’IA est terminé. La demande en puissance de calcul et en mémoire reste forte. Mais le marché s’interroge de plus en plus sur la capacité des investissements massifs dans les infrastructures à générer des rendements tout aussi importants.
La prochaine opportunité pourrait se trouver chez les entreprises qui aident concrètement les organisations à utiliser l’IA.
Des éditeurs de logiciels comme Microsoft, Salesforce et ServiceNow pourraient profiter de l’utilisation de l’IA par les entreprises pour automatiser les tâches quotidiennes, améliorer la productivité et réduire les coûts. Les spécialistes de la cybersécurité, comme Palo Alto Networks, CrowdStrike et Fortinet, pourraient bénéficier du besoin croissant de protéger les infrastructures numériques et des systèmes d’IA de plus en plus autonomes.
Pour les investisseurs, l’accent doit être mis sur les entreprises qui démontrent une adoption réelle par leurs clients, des revenus récurrents et une amélioration de leurs marges, plutôt que sur celles qui se contentent d’annoncer de nouveaux produits d’IA.
Pour les traders, la performance relative des ETF logiciels comme IGV par rapport aux ETF de semi-conducteurs comme SOXX pourrait donner des indications sur l’accélération de cette rotation.
Le risque : Les valorisations des éditeurs de logiciels peuvent elles aussi être élevées, et l’IA pourrait bouleverser certains modèles économiques existants. De solides résultats des grands acteurs du cloud pourraient rapidement relancer les semi-conducteurs.
2. Des géants technologiques vers la santé, l’énergie et les secteurs défensifs
Les performances du marché la semaine dernière ont également montré que la faiblesse des grandes valeurs technologiques ne signifie pas nécessairement que tous les secteurs sont en baisse.
Les actions du secteur de la santé ont progressé d’environ 1,5 %, les biotechnologies ont gagné près de 3 % et l’énergie a avancé, les prix du pétrole restant élevés.
Ces secteurs reposent sur des moteurs de bénéfices et de rendement différents.
Des entreprises de santé comme Johnson & Johnson, AbbVie et Eli Lilly permettent de s’exposer à une demande relativement résiliente, à l’innovation médicale et aux tendances de long terme, comme le vieillissement de la population. L’ETF XLV offre une exposition plus large au secteur.
Des groupes énergétiques comme Exxon Mobil et Chevron peuvent profiter de prix du pétrole élevés, même si la hausse des coûts de l’énergie peut également accentuer les pressions inflationnistes et peser sur la croissance économique.
Les biens de consommation courante et les services aux collectivités constituent une autre option pour les investisseurs qui recherchent une demande et des flux de trésorerie plus prévisibles. Les ETF XLP et XLU offrent une exposition diversifiée à ces secteurs.
Pour les investisseurs, l’enjeu consiste à réduire leur dépendance à un petit groupe de géants technologiques et à suivre l’évolution du leadership boursier.
Le risque : Les secteurs défensifs ne sont pas à l’abri d’un recul des marchés, tandis que les performances de l’énergie restent étroitement liées aux prix du pétrole. Un ralentissement économique plus généralisé pourrait également peser sur les bénéfices.
3. Des grandes capitalisations vers les petites capitalisations
Autre évolution intéressante de la semaine dernière : la surperformance des petites entreprises. Le Russell 2000 a gagné environ 2 %, alors que le S&P 500 reculait de 0,5 % et le Nasdaq de 0,7 %.
Cela suggère que les investisseurs pourraient commencer à regarder au-delà des géants technologiques qui ont dominé les performances boursières.
Les petites capitalisations permettent de s’exposer à un éventail plus large d’entreprises tournées vers le marché intérieur, dont beaucoup ont été délaissées pendant le rallye porté par l’IA. Elles pourraient bénéficier d’une croissance économique qui reste résiliente et d’un leadership boursier qui continue de s’élargir.
Pour les investisseurs, des ETF comme IWM (Russell 2000) et IJR (S&P SmallCap 600) offrent une exposition diversifiée. Ce dernier impose un critère de rentabilité pour intégrer l’indice, ce qui peut séduire les investisseurs recherchant davantage de qualité parmi les petites capitalisations.
La performance relative d’IWM par rapport à SPY mérite d’être suivie. Une surperformance durable des petites capitalisations pourrait signaler que la rotation du marché s’installe plus solidement.
Le risque : Les petites capitalisations sont généralement plus sensibles au coût de l’emprunt, aux conditions de crédit et à la croissance économique intérieure. Les rendements des bons du Trésor restant élevés et la Fed conservant une orientation restrictive, une hausse durable devra être soutenue par les bénéfices et les conditions financières, et non par un simple mouvement temporaire de désengagement des valeurs technologiques.
4. Des plus-values aux revenus de dividendes
Lorsque les valeurs technologiques progressent fortement, les dividendes peuvent sembler relativement peu attrayants. Mais lorsque les valorisations deviennent plus difficiles à justifier et que les cours se montrent volatils, les revenus distribués gagnent en intérêt.
Les actions de sociétés de qualité versant des dividendes offrent des rendements qui ne dépendent pas entièrement de la hausse des cours.
Les investisseurs peuvent s’intéresser à des entreprises qui augmentent régulièrement leurs dividendes, comme Procter & Gamble, Coca-Cola et Johnson & Johnson, à des sociétés financières dotées de bilans solides, ainsi qu’à certaines entreprises de services aux collectivités ou à des sociétés d’investissement immobilier (REIT).
Des ETF axés sur les dividendes, comme SCHD, VIG et DGRO, offrent différentes approches diversifiées de cette stratégie.
Il est essentiel de distinguer un rendement du dividende élevé d’un dividende durable. Les entreprises qui disposent d’un flux de trésorerie disponible solide, d’un endettement maîtrisé et d’une capacité à augmenter leurs distributions pourraient être mieux positionnées que celles qui affichent des rendements élevés simplement parce que leur cours de Bourse a chuté.
Le risque : Les dividendes peuvent être réduits, et les actions qui en versent restent exposées au risque de perte en capital. Les obligations d’État offrant des rendements compétitifs, les revenus issus des actions doivent rémunérer les investisseurs pour le risque supplémentaire qu’ils prennent.
5. Des valeurs de croissance chères vers les obligations
Les obligations ont également joué un rôle intéressant dans les mouvements de marché de la semaine dernière.
Le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans a baissé d’environ 10 points de base pour terminer la semaine autour de 5 %, tandis que les obligations du Trésor à longue duration ont progressé, les investisseurs recherchant des actifs plus sûrs pendant le repli des valeurs technologiques.
Cela rappelle l’importance des différents rôles que les obligations peuvent jouer dans un portefeuille.
Premièrement, elles procurent des revenus. Avec des rendements des bons du Trésor toujours proches de 5 %, les investisseurs peuvent générer des revenus significatifs sans dépendre entièrement des gains des marchés actions.
Deuxièmement, elles peuvent contribuer à la diversification. Les obligations d’État peuvent progresser lorsque les actions baissent, sous l’effet des inquiétudes des investisseurs concernant la croissance ou les valorisations.
Troisièmement, elles peuvent générer des plus-values si les rendements continuent de baisser, en particulier pour les obligations à longue duration.
Pour les investisseurs, les bons du Trésor américain à courte et moyenne duration peuvent offrir des revenus tout en étant moins sensibles aux variations des taux d’intérêt que les obligations à longue duration. Les ETF SGOV et IEF en sont des exemples, tandis que TLT offre une exposition plus importante aux variations des rendements à long terme.
Le risque : L’inflation reste élevée et les prix du pétrole ont augmenté. Si la Fed laisse entrevoir un nouveau resserrement monétaire ou si les anticipations d’inflation remontent, les rendements des bons du Trésor pourraient repartir à la hausse, ce qui ferait baisser les prix des obligations.
Qu’est-ce qui pourrait changer la donne cette semaine ?
Les prochains jours pourraient déterminer si les rotations observées la semaine dernière ont encore un potentiel de progression.
Microsoft et Alphabet publieront leurs résultats mercredi, puis Amazon jeudi. Les investisseurs surveilleront la croissance du cloud, les dépenses liées à l’IA, les marges et les flux de trésorerie disponibles afin d’évaluer si ces entreprises peuvent justifier leurs engagements colossaux en matière d’infrastructures.
La Réserve fédérale annoncera également sa décision de politique monétaire mercredi. Les taux devraient rester inchangés, mais les investisseurs chercheront à savoir si les responsables monétaires envisagent une nouvelle hausse potentielle face à la persistance des risques inflationnistes.
Évolution du marché | Opportunités à surveiller |
Les résultats liés à l’IA dépassent les attentes et les dépenses génèrent des retombées tangibles | Rebond des semi-conducteurs et des infrastructures d’IA |
L’adoption de l’IA s’accélère, mais les inquiétudes concernant les dépenses d’investissement persistent | Logiciels et cybersécurité |
Les hausses du marché s’étendent au-delà des géants technologiques | Santé, énergie et secteurs défensifs |
Les rendements obligataires continuent de baisser | Bons du Trésor, sociétés d’investissement immobilier (REIT) et actions à dividendes |
L’inflation persiste et les rendements remontent | Obligations à courte duration et entreprises générant des flux de trésorerie solides |
En conclusion
Après une semaine d’absence, le principal changement que je constate n’est pas une perte de confiance des investisseurs dans l’IA. Le marché exige plutôt des preuves encore plus convaincantes des rendements générés et se montre davantage disposé à explorer d’autres opportunités.
Le champ des possibilités d’investissement s’élargit ainsi.
Les semi-conducteurs restent un élément important de la thématique de l’IA, mais les logiciels et la cybersécurité pourraient attirer davantage l’attention à mesure que l’adoption progresse. La santé et l’énergie offrent d’autres moteurs de croissance des bénéfices. Les actions à dividendes et les obligations constituent des sources alternatives de revenus et des outils potentiels de diversification.
Le thème de l’IA n’a peut-être pas dit son dernier mot. Mais le marché nous rappelle qu’il existe bien d’autres façons de gagner de l’argent.