Prévisions chocs
Prévisions "chocs" 2026
Saxo Group
Investment Strategist
La demande dans la défense reste structurelle, mais les cours des actions intègrent déjà beaucoup d’optimisme.
L’Europe apprend que dépendre des États-Unis s’accompagne de brusques revirements politiques.
Le thème s’étend des chars et des munitions aux satellites, aux données et aux infrastructures spatiales.
Investir dans la défense paraissait autrefois simple. Mauvaise nouvelle géopolitique, les actions de défense montaient. Nouvelle de paix, elles baissaient. Ce vieux raccourci devient de moins en moins pertinent. La défense n’est plus seulement un pari de panique sur des nouvelles inquiétantes. Elle devient un cycle industriel de long terme, façonné par la politique, les budgets, les usines, les chaînes d’approvisionnement et la technologie.
L’histoire iranienne montre pourquoi les marchés ont du mal à valoriser la défense et le risque géopolitique. Les discussions entre les États-Unis et l’Iran semblaient progresser, mais les désaccords autour du stock d’uranium iranien et d’éventuels droits de passage dans le détroit d’Ormuz ont rapidement assombri l’ambiance. Ce détroit est crucial car il s’agit de l’une des routes énergétiques les plus importantes au monde. Lorsqu’il devient une monnaie d’échange, les prix du pétrole ont tendance à prendre leur propre caractère.
Cela compte pour les investisseurs dans la défense, car pétrole, inflation et sécurité sont désormais liés. Des coûts énergétiques plus élevés peuvent peser sur les consommateurs et les entreprises, mais ils rappellent aussi aux gouvernements pourquoi les dépenses de sécurité restent politiquement populaires.
Dans le même temps, les discussions diplomatiques peuvent refroidir le secteur de la défense. Selon le Financial Times, les gouvernements de l’Union européenne discutent de la possibilité qu’une personnalité de premier plan, comme Mario Draghi ou Angela Merkel, représente l’Europe lors de potentielles discussions avec la Russie. C’est important, mais ce n’est pas un accord de paix. C’est un possible canal diplomatique.
Même un cessez-le-feu en Ukraine ne ferait pas automatiquement reculer le renforcement militaire européen. Des années de sous-investissement, de stocks vidés et de dépendance au soutien américain ne se réparent pas avec une seule signature. La paix peut réduire l’urgence. Elle ne remplit pas les dépôts de munitions du jour au lendemain.
Les dernières annonces concernant les troupes américaines montrent pourquoi l’Europe réévalue sa dépendance envers Washington. Bloomberg a rapporté le 22 mai 2026 que le président Donald Trump s’était engagé à envoyer 5 000 soldats américains supplémentaires en Pologne, après des incertitudes précédentes liées à des déploiements retardés ou annulés. Cette promesse a été bien accueillie par l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), mais la séquence a aussi rappelé aux alliés à quelle vitesse la politique de sécurité américaine peut changer. Pour l’Europe, le message reste le même. Le parapluie sécuritaire américain demeure important, mais il est moins prévisible. Cela renforce l’argument en faveur d’une hausse des dépenses européennes pour sa propre défense, non seulement dans les équipements les plus visibles, mais aussi dans la logistique, la défense aérienne, les satellites, les drones, les systèmes cyber et les capacités industrielles. Pour les investisseurs de long terme, c’est le point essentiel. Les dépenses de défense ne concernent pas uniquement une guerre ou une élection. Elles reflètent la volonté de l’Europe de reconstruire son autonomie stratégique. Cette expression semble sortie d’une conférence politique, mais sa signification est simple : l’Europe veut disposer davantage des outils nécessaires pour se protéger, même lorsque l’humeur de Washington change.
Rheinmetall reste l’un des moyens les plus connus pour les investisseurs de suivre le thème de la défense européenne. Le groupe allemand fabrique des véhicules blindés, des munitions, des systèmes de défense aérienne et des équipements associés. Pourtant, son cours de Bourse montre le risque de payer trop cher une belle histoire. Rheinmetall a clôturé à 1 209,40 EUR le 21 mai 2026, soit 40% en dessous de son plus haut sur 52 semaines à 2 008,00 EUR.
Cela ne signifie pas que le thème de la défense est fini. Cela signifie que les attentes étaient devenues très élevées. Les investisseurs ne récompensent plus uniquement les annonces de commandes. Ils veulent des preuves que les commandes peuvent devenir du chiffre d’affaires, que le chiffre d’affaires peut devenir du cash-flow, et que les usines peuvent monter en puissance sans retards.
C’est là que la défense ressemble moins à un trade rapide et davantage à une industrie lourde. Les lignes de production de munitions ont besoin d’ouvriers, d’autorisations, de matières premières et de machines. Les véhicules nécessitent des composants. Les satellites nécessitent des créneaux de lancement, des capteurs et des communications sécurisées. Les gouvernements peuvent annoncer des dépenses rapidement. Les entreprises ne peuvent pas créer de nouvelles capacités en envoyant simplement un e-mail ferme à une usine.
OHB est une entreprise intéressante à surveiller car elle se situe à l’intersection de l’espace et de la défense. Le groupe allemand construit des satellites et des systèmes spatiaux, devenus de plus en plus importants pour la surveillance, la navigation et les communications.
Les actions OHB ont fortement progressé lors des dernières séances, aidées par l’enthousiasme plus large autour des valeurs spatiales européennes. Mais l’histoire la plus importante est stratégique. Helsing, une entreprise allemande spécialisée dans l’intelligence artificielle appliquée à la défense, et OHB ont créé une coentreprise destinée à développer des systèmes spatiaux de surveillance, de reconnaissance et de ciblage.
Concrètement, cela signifie utiliser les satellites et les données pour voir, suivre et comprendre ce qui se passe au sol. La défense moderne repose moins sur une grande plateforme unique que sur des systèmes connectés. Celui qui voit en premier, communique mieux et agit plus vite dispose souvent de l’avantage.
Cela rend les entreprises spatiales plus pertinentes dans le thème de la défense. Cela rend aussi ce thème plus large, plus complexe et plus difficile à valoriser.
Le premier risque est celui des annonces de paix. Si les discussions entre la Russie et l’Ukraine avancent ou si les tensions avec l’Iran s’apaisent, les actions de défense peuvent baisser même si les dépenses de long terme restent intactes. Les premiers signes d’alerte sont une baisse des prix du pétrole, des spreads de crédit plus serrés et une sous-performance des valeurs de défense lors de journées pourtant positives pour les marchés.
Le deuxième risque est l’exécution. Les carnets de commandes ne sont utiles que si les entreprises peuvent livrer. Il faut surveiller les retards, la pression sur les marges, les pénuries de main-d’œuvre et une faible conversion du cash-flow.
Le troisième risque est la valorisation. Certaines actions de défense et de l’espace intègrent déjà un avenir radieux. Un avenir radieux acheté à un prix trop élevé peut tout de même produire un rendement décevant. Les marchés apprécient ce genre de blague davantage que les investisseurs.
L’investissement dans la défense est passé d’un simple trade de la peur à une histoire industrielle de long terme. Les gros titres restent importants, d’Ormuz à Varsovie en passant par Bruxelles. Mais la vraie question est de savoir quelles entreprises peuvent transformer les promesses gouvernementales en systèmes opérationnels, livrés à temps et avec des rendements raisonnables.
Rheinmetall rappelle aux investisseurs que même les thèmes solides peuvent surchauffer. OHB montre que la prochaine couche de la défense pourrait se situer en orbite, et pas seulement au sol. La meilleure façon d’analyser ce thème n’est pas de se demander si le monde est dangereux aujourd’hui. Il faut plutôt se demander quelles entreprises aident les gouvernements à se préparer à un monde qui restera incertain demain.
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