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Près de 16 % de baisse en une seule séance. Argenx a subi un sérieux revers le 8 octobre après avoir interrompu une étude importante évaluant Vyvgart dans la maladie de Sjögren. Un comité indépendant a conclu que le traitement n’atteindrait pas l’objectif fixé pour l’étude. Aucun nouveau problème de sécurité n’a été relevé. L’efficacité attendue était insuffisante.
Ces revers font partie des risques du secteur des biotechnologies, mais la déception n’en est pas moins grande. Avec la maladie de Sjögren, un marché potentiel disparaît pour le moment des perspectives de croissance. Argenx reste toutefois une entreprise dotée d’un médicament en forte croissance, de ressources financières importantes et de plusieurs nouvelles études en cours. Les résultats trimestriels permettent aux investisseurs de réexaminer cette vue d’ensemble.
Les ventes de Vyvgart ont atteint environ 1,7 milliard de dollars au troisième trimestre, contre un peu plus de 1,1 milliard un an auparavant. Elles ont également progressé par rapport au trimestre précédent. Le bénéfice net est passé de 344 à 506 millions de dollars. La croissance d’argenx ne se limite donc pas au chiffre d’affaires : elle se traduit aussi par davantage de bénéfices.
Cette croissance nécessite toutefois des moyens. Les dépenses de recherche et développement ont augmenté, tout comme les frais commerciaux et généraux. Ceux-ci comprennent également, ce trimestre, environ 150 millions de dollars de coûts liés à l’acquisition de Forte. Malgré ces investissements importants dans de nouveaux traitements et le développement commercial, le bénéfice continue donc de progresser.
Argenx dispose aussi des moyens nécessaires pour poursuivre ses investissements. Fin septembre, l’entreprise détenait 3,7 milliards de dollars de trésorerie et de placements à court terme. C’est moins qu’à la fin de l’année dernière, mais environ 2,1 milliards de dollars ont entre-temps été consacrés à l’acquisition de Forte, après déduction de la trésorerie acquise. Même après cette opération, la réserve financière reste importante.
En parallèle, les charges de financement restent limitées. Le dernier bilan complet publié, arrêté à fin juin, ne faisait apparaître aucun emprunt bancaire ou obligataire. Argenx avait toutefois des dettes locatives et d’autres dettes, notamment des factures fournisseurs à payer.
La trésorerie génère par ailleurs des revenus. Ce trimestre, argenx a enregistré 45 millions de dollars de produits financiers, contre 1 million de dollars de charges financières. Ces revenus complètent le bénéfice, même si la vente de médicaments reste de loin la principale source de profits. La solidité du bilan constitue ainsi un atout supplémentaire dans un environnement de taux élevés, grâce aux revenus d’intérêts et à des charges d’intérêts limitées.
Vyvgart réduit les taux de certains anticorps, notamment ceux qui s’attaquent à l’organisme. Il est notamment utilisé dans la myasthénie, une maladie qui provoque une faiblesse musculaire, et dans la PIDC, une affection des nerfs périphériques. La stratégie de croissance est claire : toucher davantage de patients et obtenir l’autorisation d’utiliser le médicament dans d’autres maladies.
Une prochaine étape importante concerne les maladies musculaires inflammatoires. Après des résultats d’étude positifs, argenx souhaite déposer cette année encore une demande d’autorisation aux États-Unis pour la myopathie nécrosante à médiation immunitaire (IMNM), une maladie dans laquelle le système immunitaire endommage les muscles. Pour une autre forme, la dermatomyosite, l’entreprise prévoit des recherches supplémentaires. Des résultats positifs ne signifient donc pas automatiquement que chaque indication étudiée peut immédiatement être commercialisée.
Une demande a également été déposée pour une forme de myasthénie qui touche les muscles oculaires. Argenx étudie aussi l’utilisation du traitement chez les enfants. Un stylo auto-injecteur, attendu au second semestre 2027, doit encore simplifier son administration. L’entreprise cherche ainsi à soutenir sa croissance en élargissant les groupes de patients et en facilitant l’utilisation du traitement.
Le prochain rendez-vous important est fixé à décembre. Argenx attend alors les résultats d’une étude sur l’empasiprubart dans la neuropathie motrice multifocale (MMN), une maladie rare des nerfs. Ce traitement est également étudié dans la PIDC et en association avec Vyvgart. En cas de succès, il pourrait à terme devenir une source de revenus supplémentaire.
L’acquisition de Forte a également permis à argenx de mettre la main sur FB102. Ce traitement a obtenu des résultats positifs lors d’une phase intermédiaire de recherche dans la maladie cœliaque, une maladie auto-immune déclenchée par le gluten. Argenx souhaite désormais lancer une étude de confirmation de plus grande ampleur. Une piste prometteuse, mais pas encore un produit approuvé.
Argenx n’est pas seul sur ce marché. UCB commercialise Rystiggo pour certains patients atteints de myasthénie. Avec Imaavy, Johnson & Johnson dispose également d’un traitement approuvé qui cible le même mécanisme biologique que Vyvgart. La concurrence est donc déjà une réalité.
La Chine mérite elle aussi l’attention. Les groupes pharmaceutiques internationaux concluent de plus en plus d’accords autour de candidats-médicaments chinois, notamment dans les maladies du système immunitaire. La Chine devient ainsi une source plus importante d’innovation et de concurrence potentielle. Cela ne prouve toutefois pas qu’un traitement chinois supplantera Vyvgart.
La thèse d’investissement repose sur un médicament au succès commercial établi, des bénéfices en hausse et une marge de manœuvre financière permettant de poursuivre les investissements. De nouvelles indications pour Vyvgart et des traitements comme l’empasiprubart et FB102 pourraient apporter une croissance supplémentaire.
En contrepartie, il faut tenir compte de la dépendance à Vyvgart, des traitements concurrents et des incertitudes liées à la recherche. La chute du cours après l’arrêt de l’étude sur la maladie de Sjögren l’illustre concrètement : une entreprise solide peut rester une action vulnérable lorsque les attentes de croissance future sont revues à la baisse. Mais argenx a déjà démontré sa capacité à commercialiser un médicament avec succès et à faire progresser son chiffre d’affaires et ses bénéfices. Grâce à une trésorerie abondante et à un bilan sain, l’entreprise dispose en outre des moyens financiers nécessaires pour poursuivre son développement sur la base de cette réussite commerciale.