Meta et Tesla : deux modèles très différents, un même pari sur l’IA
Points clés :
Les revenus publicitaires de Meta financent ses ambitions dans l'IA, mais la hausse des coûts met sa rentabilité à l'épreuve.
Les robotaxis et les robots de Tesla ouvrent de nouvelles perspectives de croissance, alors que son activité automobile est sous pression et que les dépenses s'accélèrent.
Les résultats des deux entreprises permettront de vérifier si leurs investissements ambitieux dans l'IA peuvent, à terme, se traduire par des bénéfices durables.
Meta a récemment lancé un assistant d'intelligence artificielle (IA) capable de vous aider à organiser votre quotidien. De son côté, Tesla a dévoilé un Roadster capable de bondir dans les airs. Deux produits très différents, mais des stratégies d'investissement étonnamment similaires.
Le 21 octobre, les deux entreprises publieront leurs résultats du troisième trimestre, alors que les investisseurs s'interrogent de plus en plus sur les sommes colossales consacrées à l'IA.
Meta veut transformer la manière dont des milliards de personnes interagissent avec la technologie grâce à l'IA. Tesla entend, elle, révolutionner les transports et la robotique. Toutes deux affichent des ambitions considérables, mais la question n'est plus seulement de savoir ce que l'IA peut faire : il s'agit désormais de déterminer combien elle peut rapporter.
Meta : la publicité finance l'activité, l'IA dessine l'avenir
Meta, maison mère de Facebook, Instagram et WhatsApp, dispose d'un atout majeur : une activité publicitaire très rentable et des milliards d'utilisateurs potentiels.
Mais ses ambitions vont désormais bien au-delà de la publicité.
En septembre, Meta a lancé Muse, un assistant IA capable de prendre en charge des tâches du quotidien, comme gérer un agenda ou réserver un voyage. Plus récemment, l'entreprise a présenté Muse Wonder, un modèle d'IA plus avancé, ainsi que de nouvelles lunettes connectées et une plateforme destinée aux entreprises.
Ces lancements pourraient ouvrir de nouvelles sources de revenus, grâce aux abonnements, aux services professionnels et aux appareils connectés. Meta peut également proposer ces nouveautés à son immense base d'utilisateurs existante.
Parallèlement, l'IA améliore déjà l'efficacité des publicités, contribuant ainsi à la croissance de l'activité historique de Meta.
Mais il y a un revers à la médaille : les coûts augmentent encore plus vite.
Au deuxième trimestre, le chiffre d'affaires a progressé de 28 %, à 60,8 milliards de dollars, tandis que les dépenses ont bondi de 55 %. La marge opérationnelle est passée de 43 % à 31 %, et le flux de trésorerie disponible — autrement dit, l'argent qui reste après les dépenses d'exploitation et d'investissement — a chuté à 784 millions de dollars.
Alors que les dépenses d'investissement devraient atteindre entre 130 et 145 milliards de dollars en 2026, les investisseurs examineront de près la croissance des revenus publicitaires, les prévisions de dépenses pour 2027 et les premiers signes d'adoption de Muse.
Pour Meta, l'enjeu est de bâtir de nouvelles activités sur les fondations d'une entreprise déjà rentable. Toute la difficulté consiste à éviter que ces nouvelles ambitions ne grignotent excessivement les bénéfices de son activité historique.
Tesla : les voitures aujourd'hui, les robots demain
Tesla fait face à un défi presque inverse.
Le constructeur de véhicules électriques cherche de plus en plus à se réinventer en entreprise spécialisée dans l'IA et la robotique, en accordant une place croissante aux robotaxis, aux robots humanoïdes et au stockage de l'énergie.
La récente présentation du Roadster a démontré les prouesses technologiques de Tesla. Mais les développements les plus importants concernent le Cybercab, son taxi autonome conçu spécifiquement pour cet usage, et Optimus, son robot humanoïde.
Ces deux projets pourraient à terme ouvrir l'accès à des marchés considérables. Toutefois, passer des démonstrations à une exploitation commerciale à grande échelle reste un défi majeur.
Dans le même temps, l'activité automobile historique de Tesla subit une concurrence accrue et une pression croissante sur sa rentabilité.
Au troisième trimestre, les livraisons ont atteint environ 487 000 véhicules, dépassant les attentes malgré un recul d'environ 2 % sur un an. La question essentielle est de savoir si Tesla parviendra à préserver ses marges, notamment sans dépendre des crédits réglementaires obtenus grâce à la vente de quotas d'émissions.
Le stockage de l'énergie représente une autre piste de croissance. Tesla a déployé 13,7 gigawattheures de batteries au cours du trimestre, renforçant une activité déjà bien établie qui profite de la hausse de la demande d'électricité.
Les investissements nécessaires restent néanmoins considérables. Selon les estimations d'analystes compilées par Bloomberg, les dépenses d'investissement de Tesla devraient dépasser 25 milliards de dollars en 2026, ce qui pèserait sur sa capacité à générer de la trésorerie.
Contrairement à Meta, qui s'appuie principalement sur l'IA pour renforcer une activité existante, Tesla investit en partie pour devenir une entreprise d'une tout autre nature.
Les risques : quand les ambitions se heurtent à la réalité
Pour Meta, les principaux risques sont la hausse des coûts d'infrastructure, une concurrence féroce dans l'IA et les questions de confidentialité liées aux assistants personnels.
Tesla doit, de son côté, composer avec des retards dans la mise en œuvre de ses projets, les obstacles réglementaires à la conduite autonome et la concurrence sur le marché des véhicules électriques. Les deux entreprises sont également exposées au risque de surévaluation si les investisseurs ont déjà intégré dans les cours plusieurs années de réussite future.
Le signal d'alerte est le même dans les deux cas : les dépenses continuent d'augmenter sans amélioration proportionnelle de la rentabilité ni avancées commerciales concrètes.
Les réflexes à adopter en tant qu'investisseur
- Suivre les flux financiers : comparer la croissance du chiffre d'affaires à l'évolution des dépenses, des marges bénéficiaires et du flux de trésorerie disponible.
- Distinguer les lancements des résultats financiers : les nouveaux produits prennent toute leur importance lorsque les clients commencent réellement à payer pour les utiliser.
- Surveiller le prochain cycle d'investissement : des prévisions de dépenses plus élevées pour 2027 pourraient modifier les attentes en matière de rendement futur.
- Tenir compte de la valorisation : même de bons résultats peuvent décevoir lorsque le cours de l'action intègre déjà des attentes très ambitieuses.
Les grandes ambitions ne dispensent pas de dégager des bénéfices
Meta et Tesla poursuivent le même objectif autour de l'IA, mais partent de situations très différentes. Meta s'appuie sur les bénéfices de la publicité pour financer de nouveaux produits, tandis que Tesla cherche à dépasser le cadre de l'automobile en se développant dans la robotique et la conduite autonome.
Les résultats publiés mercredi permettront de voir si ces ambitions commencent à se traduire par des activités plus solides. Après tout, le Roadster de Tesla est peut-être capable de bondir dans les airs, et Muse, l'assistant de Meta, pourrait nous aider à mieux organiser notre quotidien. Mais pour les investisseurs, l'essentiel reste de savoir où les bénéfices seront au rendez-vous.