Point de marché - Les marchés sous pression : les bons du Trésor américain, valeur refuge ? - 15 octobre 2026
Principaux facteurs de marché et catalyseurs
- Macroéconomie : Le sentiment de marché se dégrade avec la réaccélération de l'inflation américaine, provoquant de fortes fluctuations sur le marché des bons du Trésor.
- Actions : La déroute des fabricants de semi-conducteurs à Wall Street s'est propagée pendant la nuit à la Corée du Sud et au Japon.
- Volatilité : La volatilité des indices à court terme a fortement augmenté, tandis que les échéances les plus longues ont à peine évolué.
- Actifs numériques : Les actions des sociétés de minage ont été particulièrement pénalisées par la hausse des taux et leur lourd endettement.
- Matières premières : Le pétrole se stabilise malgré les inquiétudes sur la demande ; l'or rebondit tandis que l'argent peine à suivre.
- Marché obligataire : Séance extrêmement volatile pour les bons du Trésor américain : après une forte baisse des cours provoquée par une inflation supérieure aux attentes, une demande soutenue a complètement inversé le mouvement, entraînant une nette détente des rendements.
- Devises : Le dollar américain a suivi les rendements des bons du Trésor, effaçant le rebond qui l'avait porté à un nouveau sommet du cycle après la publication de l'inflation.
Macroéconomie
- L'inflation américaine a de nouveau accéléré en septembre. L'indice global des prix à la consommation (CPI) a progressé de 3,7 % sur un an, contre 3,4 % précédemment et une prévision de 3,6 %. La hausse mensuelle a atteint 0,6 %. L'énergie a été le principal moteur de cette accélération : l'essence a augmenté de 34,2 % sur un an et de 9,1 % sur un mois, tandis que le fioul a bondi de 74,2 %. L'inflation liée au logement est montée à 3,2 %, tandis que celle des produits alimentaires a ralenti à 2,5 %. L'inflation sous-jacente a atteint 2,6 %, avec une progression mensuelle stable à 0,3 %.
- La probabilité implicite d'une hausse des taux de la Réserve fédérale lors de la réunion du FOMC du 28 octobre a légèrement reculé en fin de séance mercredi, après les mouvements extrêmement brusques des rendements des bons du Trésor américain consécutifs à la publication du CPI de septembre. Cette probabilité a brièvement dépassé 50 % en séance avant de retomber sous 30 %, légèrement en dessous de son niveau de la veille. Mary Daly, présidente de la Fed de San Francisco, a indiqué que de nouvelles hausses de taux seraient probablement nécessaires, tout en précisant qu'il n'était pas urgent de prendre une décision ce mois-ci.
- Les prix de gros allemands ont augmenté de 8,7 % sur un an en septembre, contre 6,8 % précédemment, soit leur progression la plus rapide depuis février 2023. Les produits pétroliers ont renchéri de 48,8 % et les métaux de 24,9 %. La hausse mensuelle de 1,9 % a dépassé les 0,7 % attendus. Au Japon, les commandes de machines-outils hors éléments volatils ont progressé de 5,2 % sur un mois en août, effaçant leur recul de juillet. L'Australie a perdu 39 300 emplois en septembre, alors que 20 000 créations étaient attendues. Le taux de chômage est resté à 4,7 %, son plus haut niveau depuis octobre 2021.
- Les risques pesant sur l'approvisionnement au Moyen-Orient restent d'actualité. Un porte-conteneurs a coulé dans le détroit d'Ormuz après avoir été touché par des projectiles non identifiés. Parallèlement, les Houthis ont mené des frappes contre l'Arabie saoudite, dont l'une aurait atteint le siège de Saudi Aramco. La Russie a accusé l'Ukraine d'avoir frappé deux raffineries, notamment celle de Riazan, d'une capacité de 400 000 barils par jour.
Principaux rendez-vous du calendrier macroéconomique (heures GMT)
- 12h30 – États-Unis : prix à la production (PPI) de septembre
- 12h30 – États-Unis : ventes au détail de septembre
- 12h30 – États-Unis : inscriptions hebdomadaires au chômage
Interventions de responsables de la Fed : Goolsbee (14h00) et Hammack (20h30).
Publications de résultats
- Jeudi : TSMC, Charles Schwab, Interactive Brokers, Prologis
Actions
- États-Unis : Wall Street a connu mercredi sa pire séance depuis fin juillet. Le S&P 500 a reculé de 1,11 % à 7 718,94 points, mettant fin à sa plus longue série de séances sans baisse d'au moins 1 % depuis plus de six ans. Le Nasdaq 100 a perdu 2,02 % à 29 950,82 points, tandis que le Dow Jones est resté quasiment inchangé à 51 626,17 points. Le Russell 2000 a cédé 1,93 %, entrant en territoire de correction, à plus de 10 % sous son sommet d'août. L'indice Philadelphia Semiconductor a plongé de 4,5 %, avec AMD en baisse de 5,73 %, Nvidia de 3,16 % et CoreWeave de plus de 15 %, sur fond d'inquiétudes concernant l'endettement lié à ses investissements dans l'IA. Bank of America a chuté de 4,8 %, pénalisée par des revenus de trading décevants et une amende réglementaire de 1,2 milliard USD. Morgan Stanley a perdu 2,75 % malgré des revenus record liés aux introductions en Bourse dans sa division de gestion de patrimoine. BlackRock a dépassé les attentes, avec des actifs sous gestion atteignant 15 490 milliards USD. La santé a été le seul secteur à afficher une réelle résistance, son ETF progressant de 2,53 %.
- Europe : Les actions européennes ont évolué à contre-courant des marchés mondiaux mercredi. Le Stoxx Europe 600 a gagné 0,43 % à 637,76 points, son plus haut niveau de clôture depuis le 29 septembre, tandis que l'Euro Stoxx 50 a progressé de 0,38 % à 6 190,38 points. Le DAX a avancé de 0,15 % à 25 298,61 points, porté notamment par Rheinmetall (+3,1 %). Le FTSE 100 a gagné 0,7 %, avec AstraZeneca et Barratt Redrow parmi les principales contributions positives. Le SMI suisse a progressé de 1,45 %, sa meilleure séance depuis juillet, soutenu par Roche et Lonza. La rotation vers les valeurs défensives de la santé et de l'agroalimentaire a coïncidé avec la publication des chiffres de l'inflation américaine. ASML a relevé ses prévisions de chiffre d'affaires annuel, mais le titre a ensuite effacé son avance initiale.
- Asie : La déroute des fabricants de semi-conducteurs s'est nettement aggravée ce matin. Le Kospi a chuté de 8,02 % à 5 527,12 points, enregistrant une quatrième séance consécutive de baisse. Samsung Electronics et SK Hynix ont chacun perdu plus de 10 %, sur fond de doutes concernant les perspectives des investissements liés à l'IA. Le Nikkei 225 recule de 5,13 % à 64 267,09 points, après avoir terminé mercredi près de 67 744 points. Le Hang Seng perd 1,47 % à 23 955,59 points, tandis que son sous-indice technologique cède 2,94 %. Le CSI 300 a reculé de 2,00 %. HSBC a abaissé de 9 % à 15 % ses objectifs de fin 2026 pour les indices de Chine continentale, invoquant un resserrement de la liquidité mondiale. Selon les données du desk de Singapour, le Kospi reculait de 5,7 % vers 03h00 CET.
Volatilité
VIX : 16,87 | FUTURES VIX : 18,550 | STRUCTURE PAR TERME : CONTANGO | SKEW : ÉLEVÉ (157,30) | RÉGIME DE MARCHÉ : EN TRANSITION | DONNÉES VERS 06H00 CET
- Le VIX au comptant a progressé de 10,48 % à 16,87 après la publication d'une inflation américaine supérieure aux attentes. Les échéances les plus courtes ont enregistré les mouvements les plus marqués : le VIX1D a bondi de 31,62 % à 14,11 et le VIX9D de 21,68 % à 14,59, tous deux restant néanmoins inférieurs au VIX au comptant. La courbe des indices de volatilité au comptant conserve une structure clairement en contango, du VIX1D à 14,11 jusqu'au VIX1Y à 21,94. La demande s'est concentrée sur les options éloignées de la monnaie plutôt que sur celles à la monnaie : le SKEW s'établit à 157,30 et le VVIX a gagné 10,62 % à 94,45.
- La volatilité des taux a évolué dans le sens inverse, l'indice MOVE reculant de 2,01 % à 99,07. Les marchés d'options sur actions et sur bons du Trésor intègrent ainsi des interprétations différentes d'un même chiffre d'inflation. Les options SPXW impliquent un mouvement de 47,65 points pour l'échéance d'aujourd'hui, soit 0,62 %, et de 65,05 points d'ici vendredi. Les prix à la production seront publiés à 14h30 CET.
Actifs numériques
BITCOIN ~80 833 -0,95 % | ETHEREUM ~2 356 -2,62 % | IBIT 46,24 -1,89 % | ETHA 54,89 -3,16 % | DONNÉES VERS 06H00 CET
- Le bitcoin s'échange autour de 81 560 USD, en baisse de 2 % et environ 35 % sous son sommet d'octobre 2025. L'ether affiche une performance encore plus faible, à 2 372 USD après un recul de 5,27 %. La publication de l'inflation a provoqué 220 millions USD de liquidations au cours de la séance, alors que l'encours des positions ouvertes sur les contrats perpétuels atteignait 67,7 milliards USD et que les volumes représentaient 19,2 fois ceux du marché au comptant. La volatilité implicite s'est néanmoins détendue, l'indice DVOL reculant de 0,95 % à 38,75.
- Les sociétés cotées du secteur ont subi des pertes plus importantes : Cipher a chuté de 12,35 % et IREN de 12,18 %, pénalisées par le coût du financement de leurs projets d'expansion par endettement. Coinbase a cédé 4,90 % et Strategy 5,87 %. Strategy a acheté 250 bitcoins à un prix moyen de 86 194 USD au cours de la semaine se terminant le 11 octobre, tout en consacrant 192,4 millions USD au rachat de ses actions préférentielles STRC. La zone des 85 000 USD a repoussé les cours à trois reprises. Le niveau de 81 000 USD correspond au coût de revient structurel, avec un seuil inférieur à 77 200 USD.
Matières premières
- Pétrole : Le Brent évolue autour de 105 USD après avoir reculé mercredi, les inquiétudes concernant les perturbations de l'approvisionnement au Moyen-Orient s'étant atténuées. Parallèlement, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) a revu à la hausse sa prévision de contraction de la demande mondiale de pétrole cette année, désormais estimée à 2,6 millions de barils par jour, tout en abaissant ses attentes de rebond pour l'année prochaine. Après plusieurs jours d'attaques menées par les Houthis, il reste difficile de déterminer si les infrastructures pétrolières saoudiennes et les flux d'approvisionnement ont subi des perturbations significatives. Le marché des produits raffinés demeure toutefois tendu et pourrait se resserrer davantage après que l'Ukraine a indiqué au Financial Times prévoir de reprendre ses frappes contre les raffineries russes. Avant la publication aujourd'hui du rapport hebdomadaire de l'EIA, reporté par rapport à son calendrier habituel, les données de l'API ont fait état d'une baisse de 11 millions de barils des stocks américains de brut. Si elle est confirmée, il s'agirait de la plus forte diminution depuis juin 2025.
- Or : Le métal jaune évolue autour de 4 135 USD, après avoir récupéré l'essentiel des lourdes pertes enregistrées mercredi à la suite de la publication du CPI. Les cours s'étaient brièvement rapprochés, sans le franchir, du récent point bas à 4 066 USD. Cette séance volatile a été alimentée par les fortes fluctuations des rendements des bons du Trésor américain. Ceux-ci ont d'abord bondi après la publication d'une inflation supérieure aux attentes, avant de se retourner brutalement lorsque les opérateurs ont commencé à racheter leurs positions vendeuses devenues particulièrement importantes sur les obligations du Trésor, dans un contexte de repli des valeurs technologiques. La principale résistance reste située autour de 4 235 USD, un niveau franchi lors de la vague de ventes de fin septembre.
- Argent : Le métal continue de peiner à retrouver une dynamique haussière, notamment en raison de la faiblesse générale des métaux industriels, alors que le cuivre se dirige vers une troisième séance consécutive de baisse. Le ratio or/argent a franchi à la hausse une résistance majeure autour de 72,60, devenue désormais un support. Ce mouvement traduit un nouvel affaiblissement relatif de l'argent et accroît le risque d'une sous-performance prolongée face à l'or.
Marché obligataire
- Les rendements des bons du Trésor américain ont connu des fluctuations spectaculaires après la publication d'une inflation américaine de septembre supérieure aux attentes. Ils ont d'abord fortement augmenté, entraînant un aplatissement de la courbe des taux. Le rendement de référence à deux ans a ainsi gagné jusqu'à 16 points de base, avant de chuter brutalement. La dégradation généralisée du sentiment de marché a en effet déclenché une forte demande pour les bons du Trésor, ramenant les rendements à leur niveau de départ, puis encore plus bas jeudi matin. Le rendement à deux ans se situe désormais près de 4,73 %, soit cinq points de base de moins qu'en début de séance mercredi. Sur la partie longue de la courbe, le rendement du bon du Trésor à dix ans avait gagné 12 points de base après la publication du CPI américain, avant d'effacer intégralement cette hausse, puis de poursuivre son repli jeudi matin. Il évolue sous 5,11 %, en baisse de plus de dix points de base par rapport à son niveau d'ouverture de la veille, atteignant soudainement son plus bas niveau depuis trois semaines.
- Les rendements obligataires japonais ont fortement reculé jeudi, dans le sillage de la détente des rendements américains. La partie courte de la courbe est restée relativement stable, autour de 1,91 % en fin de séance jeudi à Tokyo, soit une baisse limitée à deux points de base. En revanche, les obligations d'État japonaises (JGB) de maturité plus longue ont bénéficié d'une forte demande. Le rendement de référence à dix ans a notamment reculé de près de huit points de base, passant sous 2,93 %, son plus bas niveau depuis plus d'un mois.
Devises
- Le dollar américain a bondi vers de nouveaux sommets du cycle après la publication de chiffres d'inflation américaine supérieurs aux attentes, mais ce mouvement a été entièrement effacé en fin de séance mercredi et dans les premiers échanges de jeudi. La paire EUR/USD, par exemple, a touché un point bas à 1,1113 mercredi avant de remonter jusqu'à 1,1240 pendant la séance asiatique de jeudi, puis de revenir vers 1,1215.
- La faiblesse des chiffres de l'emploi australien, conjuguée à la dégradation du sentiment de marché mondial, a fortement pénalisé le dollar australien jeudi. La paire AUD/USD a testé ses plus bas niveaux de la semaine, autour de 0,6950, malgré la faiblesse du dollar américain. Dans le même temps, la paire AUD/NZD est retombée sous 1,2400, contre un sommet de 1,2494 atteint avant la publication des données.
- Le yen japonais s'est renforcé face au dollar américain en fin de séance mercredi et tôt jeudi, avant de s'éloigner nettement de ses meilleurs niveaux intrajournaliers atteints jeudi matin. Cette appréciation initiale semble avoir été favorisée par de nouvelles mises en garde verbales de la ministre des Finances Katayama, qui s'est déclarée prête à intervenir sur le marché des changes si nécessaire. Après avoir atteint mercredi un sommet intrajournalier local proche de 158,90 à la suite de la publication de l'inflation américaine, la paire USD/JPY est redescendue jusqu'à 157,60 tôt jeudi, avant de rebondir vers 157,95. La paire EUR/JPY a touché un point bas à 176,51 jeudi matin, avant de repasser au-dessus de 177,00.