Et si Wall Street préférait un congrès paralysé ?
Points clés :
- Les démocrates pourraient reprendre le Congrès, mais l'issue du Sénat reste incertaine et déterminera l'ampleur du blocage politique.
- Wall Street peut voir d'un bon œil un Congrès divisé, susceptible de limiter les changements fiscaux et réglementaires, sans que cela garantisse une hausse des marchés.
- Les tensions budgétaires restent un risque majeur, avec une échéance de financement le 11 décembre 2026 et de nouvelles négociations sur le plafond de la dette en 2027.
- Les fondamentaux pèseront davantage que le scrutin à long terme : politique de la Fed, taux obligataires, prix de l'énergie et bénéfices des entreprises resteront déterminants.
Le 3 novembre, les Américains renouvellent la Chambre des représentants et environ un tiers du Sénat. Une idée circule : les marchés aimeraient la paralysie politique. Elle est séduisante, mais plus nuancée qu’il n’y paraît, et ce scrutin n’est probablement pas le facteur le plus important pour votre portefeuille.
Ce qui se joue le 3 novembre
Le 3 novembre 2026, les Américains renouvelleront les 435 sièges de la Chambre des représentants et 35 sièges du Sénat. L'enjeu : déterminer la capacité de Donald Trump à faire adopter son programme durant les deux dernières années de son mandat.Aujourd'hui, les républicains contrôlent les deux chambres, avec 53 sièges contre 47 au Sénat et une majorité très étroite à la Chambre. Si les démocrates reprennent cette dernière, ils pourront bloquer une grande partie des initiatives législatives du président.
Le Congrès vote les lois, le budget et la fiscalité. La perte d'une seule chambre par les républicains suffirait donc à compliquer la mise en œuvre du programme présidentiel, sans priver Donald Trump de ses pouvoirs exécutifs, notamment en matière commerciale.
Pour les marchés, cette perspective soulève une question : un Congrès moins capable d'agir pourrait-il finalement rassurer Wall Street, en limitant les changements de politique économique ?
Les scénarios et leurs probabilités
Le scénario central a évolué : les démocrates sont désormais favoris pour reprendre les deux chambres, même si l'issue du Sénat reste incertaine. Au 22 octobre, Decision Desk HQ estime à 78 % leurs chances de reprendre la Chambre et à 57 % celles de conquérir le Sénat. Sur Kalshi, les probabilités atteignent respectivement 91 % et 69 %.Ces probabilités restent des estimations, et non des certitudes. Mais elles dessinent déjà un paysage politique dans lequel les démocrates pourraient reprendre le Congrès, ouvrant la voie à davantage de blocages législatifs.
Pourquoi les marchés sont réputés aimer la paralysie
Un Congrès divisé peut rassurer les marchés en limitant les changements de fiscalité et de réglementation. Dans un contexte de forte polarisation politique, le blocage des grandes réformes pourrait ainsi préserver un statu quo favorable aux entreprises, notamment grâce à des taux d'impôt sur les sociétés historiquement bas.Les données historiques semblent conforter cette idée. Depuis 1950, le S&P 500 a progressé au cours des douze mois suivants chacune des élections de mi-mandat, avec un gain moyen de 15,4 %, selon Capital Group. Mais cette régularité ne démontre pas que la paralysie politique en est la cause.
L'explication tient peut-être davantage à la dissipation de l'incertitude électorale. Une fois le résultat connu, les investisseurs peuvent réévaluer les perspectives économiques et les bénéfices des entreprises avec davantage de visibilité. Russell Investments observe ainsi une hausse d'environ 8 % du S&P 500 dans les six mois suivant les midterms, parallèlement à une baisse de l'aversion au risque.
Les nuances : le blocage politique ne garantit pas le calme budgétaire
Un Congrès paralysé sur les grandes réformes peut aussi devenir une source d'incertitude budgétaire. Trois risques méritent l'attention des investisseurs.Le financement de l'État. Un accord provisoire maintient le financement fédéral jusqu'au 11 décembre 2026, soit après les midterms. Le Congrès devra alors trouver un compromis pendant la session dite lame duck, entre l'élection et l'entrée en fonction du nouveau Congrès, ou prolonger le dispositif. Un shutdown reste possible, même si son impact historique sur les actions a généralement été limité : Goldman Sachs relevait un rendement médian du S&P 500 de seulement +0,1 % pendant les shutdown étudiées depuis 1980.
Le plafond de la dette. C’est le vrai sujet. Fixé à 41 100 milliards de dollars après un relèvement de 5 000 milliards en juillet 2025, il devrait être atteint entre la fin de l’hiver et le milieu de l’été 2027 selon le Bipartisan Policy Center. Des élus républicains envisageraient de le relever dès la session de transition, pour priver les démocrates d’un levier de négociation si une chambre change de main.11 Une fois ce délai passé, le risque est d’un autre ordre qu’un « shutdown » : en 2011, le S&P 500 a chuté de près de 20 % pendant l’impasse sur le plafond, même si la correction boursière de l'époque s'expliquait aussi par d'autres facteurs économiques et financiers.
Le pouvoir exécutif conserve des leviers. Un Congrès divisé ne neutralise pas Donald Trump. Le président conserve notamment des marges de manœuvre en matière de politique commerciale, tandis qu'une Chambre démocrate pourrait renforcer les enquêtes et le contrôle de l'administration. Le blocage législatif ne signifie donc pas la disparition des risques politiques pour les entreprises.
Le risque que le marché ne price pas
Selon Russell Investments, le principal risque est une surprise républicaine : un Congrès resté entièrement républicain pourrait financer des dispositifs de soutien (chèques aux ménages, suspension de la taxe sur l’essence, aides sectorielles), avec à la clé une inflation tenace et des taux durablement élevés.6 Autrement dit, le résultat « calme » est déjà dans les cours ; c’est l’inverse qui ferait bouger les prix.
Le précédent de 2018-2019, et ses limites
En 2018, les démocrates reprennent la Chambre et les républicains gardent le Sénat. Le 22 décembre commence alors le plus long « shutdown » de l’époque (35 jours). Le S&P 500 gagne pourtant plus de 10 % pendant cette période, d’après Stifel. Les replis de 2018 et de 2022 ont d’ailleurs été attribués aux hausses de taux de la Fed plutôt qu’aux élections.La comparaison a ses limites, car 2026 est une autre configuration. La Fed a relevé ses taux en septembre pour la première fois depuis 2023, le rendement du Trésor à 10 ans a dépassé 5 %, un plus haut depuis plus de vingt ans, et le Brent oscille autour de 100 dollars dans le contexte de la guerre en Iran. Dans ce décor, Goldman Sachs estime que les mouvements du marché de l’énergie compteront davantage que les sondages d’ici au scrutin.
Enfin, l’essentiel est déjà intégré. Les options valorisent un mouvement d’environ 0,8 % du S&P 500 au lendemain du vote. Alpine Macro note que l’indice a pris 11 % en neuf mois, contre 1,6 % en moyenne avant les mi-mandats passés, et évoque un scénario « vendre la rumeur, acheter l’info ».
Ce qu'il faut retenir
- Le Congrès pourrait changer de configuration. Les démocrates sont favoris pour reprendre la Chambre, tandis que l'issue du Sénat reste incertaine.
- Un Congrès divisé ne signifie pas une absence de risques. Les négociations budgétaires de décembre et le plafond de la dette en 2027 pourraient raviver les tensions.
- La réaction des marchés dépendra de la surprise. Un résultat déjà anticipé peut avoir un effet limité ; un écart marqué avec les attentes pourrait provoquer des ajustements de cours.
- Les statistiques historiques ne sont pas des garanties. La hausse des actions après les midterms ne prouve pas que la paralysie politique en soit la cause.
- Les fondamentaux restent déterminants. Taux de la Fed, rendements obligataires, prix de l'énergie et bénéfices des entreprises pèseront sur les marchés en 2027. Pour les investisseurs en euros, l'évolution du dollar compte également.
Pour l'investisseur, les midterms constituent donc un risque politique à surveiller, mais pas nécessairement un motif pour modifier précipitamment son portefeuille. La diversification, l'horizon de placement et la capacité à supporter les fluctuations restent essentiels, quel que soit le résultat du scrutin.