Les résultats de Sanofi en 1 chiffre
Résumé: Sanofi confirme sa forte dynamique en 2026, portée par Dupixent, les nouveaux traitements et l’amélioration des marges. Mais les échanges avec les analystes soulignent un enjeu majeur : préparer l’après-Dupixent tout en renforçant la productivité de la R&D. Entre normalisation attendue de la croissance et vents contraires en 2027, la capacité du groupe à renouveler son portefeuille sera déterminante pour prolonger sa performance.
85 à 90 %
C'est la part de la croissance du chiffre d'affaires du troisième trimestre qui provient d'une activité récurrente, principalement tirée par la demande des patients, selon la direction.
Derrière la croissance spectaculaire de 14,3 % publiée par Sanofi, il y a donc une réalité importante : le moteur commercial du groupe tourne toujours très bien, et la performance ne repose pas uniquement sur des éléments exceptionnels. C'est particulièrement rassurant alors que Sanofi prépare déjà l'après-Dupixent, son médicament phare, dont les brevets arriveront à expiration au début des années 2030.
Les résultats en 30 secondes
- Chiffre d'affaires : 14,44 Md€, en hausse de 14,3 % à taux de change constants. La croissance reste particulièrement soutenue aux États-Unis (+23,9 %).
- Dupixent : 5,69 Md€ de ventes, en progression de 34,8 %. Le médicament représente désormais près de 40 % du chiffre d'affaires trimestriel du groupe.
- Rentabilité : le résultat opérationnel progresse de 19,7 %, plus rapidement que les ventes. La marge opérationnelle gagne 1,7 point à 37,4 %.
- Bénéfice par action : 3,55 €, en hausse de 19,6 % à taux de change constants.
- Objectifs 2026 relevés : Sanofi vise désormais une croissance du chiffre d'affaires de 13 à 15 % et du bénéfice par action de 15 à 17 %.
- Pipeline et stratégie : nouvelle alliance avec Regeneron pour quatre anticorps de nouvelle génération, tandis que Sanofi poursuit le recentrage de sa recherche et développement.
Les bonnes nouvelles
Dupixent continue d'impressionner
Avec 5,69 Md€ de ventes trimestrielles (+34,8 %), Dupixent reste le principal moteur de croissance de Sanofi. Plus de 1,5 million de patients sont désormais traités dans le monde et la demande progresse dans les neuf indications du médicament.
Un point intéressant ressort du Q&A : les analystes s'interrogeaient sur la concurrence, notamment celle d'Ebglyss, et sur le risque de perdre des parts de marché. La direction estime au contraire que la pénétration des traitements biologiques reste faible dans certaines maladies, notamment la dermatite atopique (environ 20 %). L'arrivée de concurrents pourrait donc aussi agrandir le marché et attirer davantage de patients vers ces traitements.
Sanofi confirme par ailleurs son objectif de 25 Md$ de ventes annuelles pour Dupixent à horizon 2030.
La rentabilité progresse encore plus vite que les ventes
C'est l'autre bonne surprise de ce trimestre. Le résultat opérationnel progresse de 19,7 %, contre 14,3 % pour le chiffre d'affaires.
Comment l'expliquer ? Sanofi parvient à maîtriser ses dépenses tout en bénéficiant d'une amélioration de sa marge brute. Les charges opérationnelles restent globalement stables, alors que les ventes augmentent fortement.
Le CFO a même confirmé un objectif particulièrement intéressant pour les investisseurs : améliorer chaque année le résultat opérationnel et sa marge entre 2026 et 2030, y compris en 2027 malgré plusieurs vents contraires.
Les nouveaux médicaments prennent progressivement le relais
Les lancements récents progressent de 31,4 %, à 1,39 Md€ au troisième trimestre. ALTUVIIIO, Ayvakit et Rezurock sont notamment très bien orientés.
Au total, le portefeuille de nouveaux médicaments et vaccins représente environ 15 % du chiffre d'affaires du groupe. C'est essentiel : Sanofi doit progressivement réduire sa dépendance à Dupixent et construire plusieurs relais de croissance avant son arrivée à maturité.
Sanofi prépare déjà l'après-Dupixent avec Regeneron
Le groupe a élargi son partenariat avec Regeneron pour développer quatre nouveaux anticorps de longue durée d'action dans l'immunologie.
Le premier, un anti-IL-13 destiné notamment à la dermatite atopique, pourrait être administré tous les trois à six mois. L'objectif est de proposer une alternative innovante avant l'arrivée des biosimilaires de Dupixent.
C'est une avancée stratégique importante. Mais il faut garder les pieds sur terre : les études de phase III ne devraient commencer qu'à partir de fin 2027 ou début 2028. Ce partenariat contribue donc à préparer la prochaine décennie, pas à résoudre les enjeux de demain.
Les points de vigilance
Le véritable défi reste l'après-Dupixent
C'est de loin le sujet qui a le plus préoccupé les analystes pendant le Q&A.
Dupixent est aujourd'hui une formidable machine à générer du chiffre d'affaires et des bénéfices. Mais sa perte d'exclusivité au début des années 2030 représente un risque majeur pour Sanofi.
La direction estime que l'impact sur le chiffre d'affaires total sera modéré. Elle reconnaît toutefois que sa priorité sera d'abord de préserver les bénéfices et les flux de trésorerie, avant de chercher à accélérer à nouveau leur croissance.
La recherche et développement doit faire ses preuves
Sanofi a décidé d'arrêter deux programmes importants : amlitelimab et itepekimab. Le groupe a notamment comptabilisé une dépréciation de 952 M€ sur amlitelimab.
Ce choix traduit une volonté de ne plus disperser les ressources sur des projets dont les perspectives sont jugées insuffisantes. Mais il révèle aussi une faiblesse : Sanofi reconnaît être en retard sur certains concurrents en matière de taille et de productivité de son pipeline.
Le nouveau responsable de la R&D veut notamment renforcer l'utilisation de l'intelligence artificielle, améliorer les décisions scientifiques et augmenter le nombre de projets prometteurs. L'ambition est de lancer 12 à 15 études de première administration chez l'humain chaque année.
2027 sera une année de comparaison plus difficile
Plusieurs éléments vont compliquer la croissance l'année prochaine.
D'abord, les effets exceptionnels liés à l'amélioration de la gestion des remboursements et provisions commerciales aux États-Unis (notamment le dispositif 340B) ne devraient pas se reproduire au même niveau. La direction estime que ces éléments ont apporté environ 2 points de croissance supplémentaires au troisième trimestre.
Ensuite, les prix devraient retrouver leur tendance historique, avec une contribution légèrement négative à la croissance. Enfin, les cessions d'activités matures, notamment les opérations avec Cheplapharm et la vente de Medley au Brésil, réduiront les ventes d'environ 1,3 Md€ en 2027.
Le chiffre à surveiller : 25 milliards
C'est l'objectif de ventes annuelles que Sanofi maintient pour Dupixent à horizon 2030.
Pourquoi est-ce si important ? Parce que Dupixent doit continuer à générer une croissance importante pendant les prochaines années pour donner au groupe le temps de construire ses futurs relais de croissance.
Pendant le Q&A, les analystes ont notamment interrogé la direction sur la concurrence, l'évolution des remboursements américains et la progression des prescriptions en 2027. Sanofi a confirmé que la demande resterait forte, mais que le rythme de croissance devrait ralentir mécaniquement avec une base de comparaison plus élevée.
Il faudra donc surveiller deux choses : la capacité de Dupixent à se rapprocher des 25 Md€ de ventes et la vitesse à laquelle les nouveaux médicaments prennent le relais.
Ce qu'il faut retenir
Sanofi réalise un excellent troisième trimestre : les ventes accélèrent, Dupixent continue de dominer et la rentabilité progresse encore plus vite que le chiffre d'affaires.
Mais derrière cette belle publication, les investisseurs regardent déjà beaucoup plus loin que 2026. Le véritable enjeu est de préparer l'arrivée à maturité de Dupixent sans provoquer de rupture dans la croissance des bénéfices.
Le partenariat avec Regeneron constitue une première réponse, mais les nouveaux médicaments ne sont pas encore suffisamment avancés pour garantir cette transition. C'est également pour cette raison que Sanofi veut accélérer les acquisitions de médicaments en phase avancée de développement ou déjà commercialisés.
La thèse d'investissement reste donc positive à court terme, mais elle est encore en construction pour la prochaine décennie. La publication renforce la confiance dans la capacité commerciale et financière du groupe.
Le prochain rendez-vous stratégique, annoncé pour décembre, sera particulièrement important : Sanofi doit y préciser ses priorités thérapeutiques, sa stratégie d'acquisitions et surtout sa feuille de route pour compenser progressivement la perte d'exclusivité de son médicament phare.