Les résultats de FDJ en 1 chiffre
Résumé: FDJ United publie un trimestre décevant, marqué par une nouvelle dégradation de l'activité et une deuxième révision à la baisse de ses objectifs en trois mois. La loterie souffre du manque de gros jackpots EuroMillions, tandis que la hausse des taxes et le recul du trafic en points de vente accentuent la pression sur les revenus. Les paris en ligne résistent en France et en Scandinavie, mais le Royaume-Uni reste en difficulté. La direction maintient son objectif de marge autour de 23 %, mais le redressement dépendra de sa capacité à maîtriser les coûts, relancer l'attractivité de ses jeux et retrouver une croissance durable.
-10 %
C'est la baisse du trafic dans les points de vente au deuxième trimestre, puis à nouveau au troisième trimestre 2026.
Le problème dépasse le seul manque de gros jackpots EuroMillions. La direction explique désormais que le contexte économique pèse aussi sur la fréquentation des points de vente, même si le nombre de joueurs reste stable. Pour FDJ, l'enjeu est donc double : traverser une année défavorable pour les jeux de tirage et vérifier que les habitudes de consommation ne se dégradent pas durablement.
Les résultats en 30 secondes
- Le troisième trimestre marque une nouvelle dégradation : le chiffre d'affaires recule de 8,1 % à 794 M€, tandis que le PBJ (produit brut des jeux) baisse de 6,1 % à 1,95 Md€. La détérioration est plus nette que sur les neuf premiers mois pris dans leur ensemble.
- La guidance 2026 est abaissée pour la deuxième fois en trois mois : FDJ vise désormais un recul de faible ampleur du PBJ et une baisse de milieu de fourchette à un chiffre du chiffre d'affaires. En juillet, le groupe anticipait encore un PBJ stable.
- La fiscalité n'explique pas tout : les taxes supplémentaires atteignent 62 M€ à fin septembre, mais la baisse du PBJ montre que l'activité de jeu elle-même recule également.
- Les difficultés sont concentrées, mais importantes : la loterie française souffre du manque de jackpots et le Royaume-Uni reste en forte baisse. À l'inverse, les paris en ligne hors Royaume-Uni et Pays-Bas progressent de 5,7 % en PBJ.
- La rentabilité est le principal engagement de la direction : l'objectif de marge d'EBITDA courant autour de 23 % est maintenu, avec 150 M€ d'économies visées d'ici 2028.
- Le prochain rendez-vous stratégique est en 2027 : refonte d'EuroMillions en mars, refonte du Loto en octobre et conclusions de la revue des actifs attendues au plus tard début 2027.
Les bonnes nouvelles
Le problème n'est pas généralisé à toutes les activités
Hors Royaume-Uni et Pays-Bas, le PBJ des paris et jeux en ligne progresse de 5,7 %, porté par la France et la Scandinavie. Les jeux instantanés affichent aussi une hausse de 1,9 % malgré la baisse du trafic en points de vente.
C'est important : FDJ conserve des moteurs de croissance. Le groupe ne fait pas face à un effondrement uniforme de la demande, même si ces activités ne suffisent pas encore à compenser les segments en difficulté.
La direction privilégie la rentabilité plutôt que la croissance à tout prix
Au Royaume-Uni, le CFO confirme que l'activité reste rentable malgré la chute du PBJ. Le groupe cherche à équilibrer ses investissements marketing et la protection des marges, plutôt que de dépenser massivement pour reconquérir des joueurs.
Pourquoi c'est important : dans un marché où la fiscalité et la concurrence pèsent sur les opérateurs, préserver les bénéfices peut être préférable à acheter de la croissance peu rentable. Le revers est que ce choix peut ralentir le redressement commercial.
Les jeux numériques exclusifs constituent un relais intéressant
Les jeux instantanés exclusivement disponibles sur le Web progressent d'environ 30 % en organique. La direction veut poursuivre les investissements dans cette offre, qui pourrait mieux correspondre à certaines évolutions des habitudes des joueurs.
Pourquoi c'est important : ce segment pourrait contribuer à réduire la dépendance aux points de vente et aux grands jackpots. Il faudra cependant vérifier son poids dans les revenus et sa contribution réelle aux bénéfices.
Le groupe prépare des leviers de redressement concrets
La refonte d'EuroMillions doit notamment permettre des jackpots pouvant atteindre 300 M€ et ajouter un second tirage offrant 1 M€. Le groupe prévoit également une nouvelle formule du Loto et poursuit le déploiement d'une plateforme de paris sportifs propriétaire.
Les points de vigilance
La deuxième révision des objectifs est le signal le plus négatif
Le groupe est passé d'un objectif de PBJ stable en juillet à une baisse désormais attendue sur l'année. La direction attribue cette dégradation aux jackpots, aux gains élevés des parieurs et au contexte économique. Même si plusieurs facteurs sont temporaires, leur accumulation a rendu les prévisions précédentes trop optimistes.
Le recul du trafic pourrait être plus durable qu'un simple effet météo
Lors du Q&A, le CFO a reconnu que la baisse d'environ 10 % du trafic en points de vente observée au deuxième trimestre s'est répétée au troisième. Si les fortes chaleurs avaient joué un rôle au printemps et en été, la direction considère maintenant que le contexte macroéconomique contribue aussi au phénomène.
La visibilité sur les bénéfices à moyen terme reste limitée
La direction maintient la marge d'EBITDA courant autour de 23 %, mais ne fournit pas de nouvelle guidance à moyen terme lors de cette publication. Elle prévoit de mettre à jour ses objectifs lors des résultats annuels, en février 2027.
Le chiffre à surveiller
23 % : la marge d'EBITDA courant à préserver
C'est la marge d'EBITDA courant que FDJ veut préserver en 2026, malgré la baisse de son activité.
Pour un analyste, c'est probablement le test le plus important à court terme. Le groupe ne contrôle ni le calendrier des gros jackpots ni les résultats des rencontres sportives. En revanche, il peut agir sur ses coûts, ses dépenses marketing et l'organisation de ses activités.
Le point clé sera de savoir si les 23 % sont maintenus grâce à de véritables gains d'efficacité ou simplement au report d'investissements nécessaires à la croissance.
Il faudra également surveiller deux indicateurs complémentaires :
- Le trafic en points de vente : un redressement permettrait de rassurer sur la demande physique, au-delà des fluctuations des jackpots.
- Le PBJ d'OBG au Royaume-Uni et aux Pays-Bas : une amélioration confirmerait que les plans de redressement commencent à produire des effets.
Ce qu'il faut retenir
La thèse d'investissement de FDJ est fragilisée, même si tous ses moteurs de croissance ne sont pas en panne.
Le point le plus négatif est la deuxième révision des objectifs en trois mois, après une nouvelle dégradation au troisième trimestre. Les hausses de taxes réduisent les revenus, les jackpots moins attractifs pénalisent la loterie et le trafic en points de vente soulève une interrogation sur la demande.
Le Q&A révèle surtout que la direction doit désormais gérer plusieurs problèmes en parallèle : protéger les marges, redresser le Royaume-Uni et les Pays-Bas, et relancer l'attractivité des jeux. Le maintien de l'objectif de marge autour de 23 % est rassurant, mais reste à confirmer dans les prochains résultats.
Les relais de croissance existent, notamment les jeux numériques exclusifs et les nouvelles formules prévues en 2027. Cependant, ils ne compensent pas encore les difficultés actuelles.
Le véritable enjeu est donc la capacité de FDJ à préserver ses bénéfices dans un environnement fiscal moins favorable, puis à retrouver une croissance durable. Février 2027 sera un rendez-vous déterminant pour mieux comprendre cette trajectoire.